‹ Poésies complètes, avec préface, notes et glossaireChapitre 49 sur 72 · A MONSIEUR DE PRÉ · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE PRÉ

Sur son portrait de Téloquence Françoise.

1 u faux, de Pré, de nous pour traire Ce que l'éloquence a d'appas ; (3uel besoin as-tu de le faire ?

Qui te voit ne la voit-il pas ?

l6o POésiES DE MALHERBE.

O beaux yeux, beaux objets de gloire et de grandeur, Vives sources de flamme, où j*ai pris ime ardeur

Qui toute autre surmonte,

Puis-je souf&ir assez Pour expier le crime et réparer la honte

De vous avoir laissés ?

Quelqu'un dira pour moi que je fais mon devoir. Et que les volontés d'un absolu pouvoir

Sont de justes contraintes ;

Mais à quelle autre loi Doit un parfait amant des respects et des craintes

Qu'à celle de sa foi ?

Quand le ciel offriroit à mes jeunes désirs Les plus rares trésors et les plus grands plaisirs

Dont sa richesse abonde ;

Que saurois-je espérer A quoi votre présence, ô merveille du monde,

Ne soit à préférer ?

On parle de l'enfer, et des maux éternels Baillés pour châtiment à ces grands criminels

Dont les fables sont pleines ;

Mais ce qu'ils souffrent tous.

Le souffré-je pas seul en la moindre des peines

D'être éloigné de vous ?

« J'ai beau par la raison exhorter mon amour De vouloir réserver à l'aise du retour

Quelque reste de larmes ;

Misérable qu'il est.

Contenter sa douleur et lui donner des armes.

C'est tout ce qui lui plaît.

POÉSIES DE MALHERBE. l6l

Non, non, laissons-nous vaincre après tant de com- Allons épouvanter les ombres de là-bas [bats ;

De mon visage blême ;

Et sans nous consoler Mettons fin à des jours que la Parque elle-même

A pitié de filer.

Je connois Charigène, et n'ose désirer Qu'elle ait un sentiment qui la fasse pleurer

Dessus ma sépulture;

Mais, cela m'arrivant , Quelle seroit ma gloire ! et pour quelle aventure

Voudrois-je être vivant ?

A RABEL, PEINTRE,

Sur un livre de fleurs.

SONNET

Vç^ELQUES louanges nonpareilles Qu'ait Appelle encore aujourd'hui.

Cet ouvrage plein de merveilles Met Rabel au-dessus de lui.

L'art y surmonte la nature, Et«i mon jugement n'est vain, Flore lui conduisoit la main Quand il faisoit cette peinture.

Certes il a privé mes yeux

De l'objet qu'ils aiment le mieux.

N'y mettant point de marguerite;

Malherbe. i i

Mais pouvoit-il être ignorant Qu'une fleur de tant de mérite Auroit terni le demeurant ?

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