‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 19 sur 74 · EN PARTANCE · texte numérisé non relu

EN PARTANCE

Ici j'ai le cœur rongé D'un mal indéfinissable:

Je ne sais pas ce que j'ai.

O chants des flots sur le sable, Vous m'aurez bientôt guéri, Si mon cœur est guérissable ;

Si mon cœur endolori

Trouve au bord des eaux calmantes,

Si mon cœur trouve un abri.

Et toi, la fleur des amantes, Flambeau de ma vie, ô toi.

Mon conseil dans les tourmentes,

A ce cœur en désarroi Donne un peu de ton courage Et donne un peu de ta foi !

Les vents mauvais ont fait rage.

Toutes mes amours, débris !

Et tous mes bonheurs, mirage !

i^O AMOUR BRETON

Mon cœur, des bourreaux l'ont pris,

Traîné, piétiné, de sorte

Qu'il n'est que haine et mépris.

O rêves morts, candeur morte !

Lui ne s'est pas débattu, Tant sa souffrance était forte !

Longtemps, longtemps, il s'est tu- Pas une plainte ; aucun geste.

Sois-lui fidèle : vois-tu,

C'est le seul bien qui lui reste.

LE T%EmiE1l SOIll

Belle nuit, ô nuit d'amour!.

{Contes d'Hoffmann.)

Ce premier soir, pourquoi, pourquoi M'avais-tu dit, tout abattue, Qu'avant de te donner à moi Un autre que moi t'avait eue ?

Et comment, comment, ce soir-là, Faut-il que seul je me souvienne Comment ma pitié te parla.

Te parla de la faute ancienne f

Ne nous revois-tu pas auprès, Assis auprès de ce vieux saule?

Ne sais-tu pas que tu pleurais Éperdument sur mon épaule ?

Moi je sais que je bus tes pleurs Et, t'emportant loin de la route, Quand je te couchai dans les fleurs, Je sais que tu défaillis toute.

C'était en Bretagne, voici

Trois ans passés depuis septembre,

Un soir pareil à celui-ci,

Dans les genêts aux gousses d'ambre.

A-t-on coupé les genêts verts?

Les amants suivent-ils encore Le sentier qui mène au travers, De Keriel à Roudarore ?

De Roudarore à Keriel,

O le bon sentier frais et sombre !

L'air était doux comme le miel ;

Des sources bruissaient dans l'ombre.

LEPRE MIERSOIR 53

Moi je n'évoque qu'en tremblant Ce coin de la terre bretonne Et ce beau soir, languide et blanc, Où mourait le soleil d'automne.

Ah I ce soir, ce soir adoré, Ce soir qu'emplissaient nos deux âmes, Ah ! pauvres enfants, c'est donc vrai, C'est vrai que nous nous abusâmes !

Tous ceux que j'aimais sont partis.

Je ne sais pas si j'en suis cause; Mais sur mes yeux appesantis Je sens qu'un nouveau deuil se pose.

J'ai peur... Rassure-moi... Ce bruit, Ces pas furtifs près de la porte...

Quelqu'un s'est levé dans la nuit.

Si ce n'est pas toi, que m'importe?

Et qui donc serait-ce, ô mon cœur?

Pour qui me tiendrais-je aux écoutes ?

Quel autre éveillerait le chœur De mes soupçons et de mes doutes ?

Toi qui fuis à pas inquiets, Je t'avais pardonné ta faute.

Pourquoi t'en vas-tu? Je croyais Qu'on devait vivre côte à côte.

O nuits, ô douces nuits d'antan, Où sont nos haltes et nos courses, Le vieux saule près de l'étang Et les genêts au bord des sources ?

C'est ici la chanson d'amour Qu'on chante au coin des cheminées, L'hiver, sur le déclin du jour, Dans les maisons abandonnées...

"BOUQJJET

Et nos deux cœurs battaient, comme battent les cœurs ; Et nos âmes étaient tristes, comme des âmes.

Jules Tellier. •

A Paimpol, un soir, tandis que la lune Éveillait au large un chant de marin, Nous avons tous deux cueilli sur la dune Ces touffes de menthe et de romarin.

Et ces œillets-ci, c'est un soir, à Gâvre, Pris à la douceur qui s'exhalait d'eux, C'est un soir d'amour, à l'angle d'un havre, Que nous les avons cueillis tous les deux.

Mais ce triste brin de pariétaire,

Je l'ai cueilli seul en pensant à toi,

Un soir plein de cris, d'ombre et de mystère,

Sur les rochers nus de Saint-Jean-du-Doigt.

LASSITUT>E

Mirabiliter me crucias!.

Job.

Puisque le hasard m'y ramène, Pour mon malheur ou pour mon bien, Je veux que tu saches combien Ma maîtresse fut inhumaine.

Pour l'oublier, j'ai tour à tour Tenté de noyer dans l'ivresse, Avec mon présent, ma détresse, Avec mon passé, mon amour.

Et depuis trois mois je suis ivre, Et ces trois mois d'indignité, Hélas ! je n*en ai rapporté Qu'un immense dégoût de vivre.

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