‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 20 sur 74 · LA FLEURI · texte numérisé non relu

LA FLEURI

Qui t'a fait la douleur t'a laissé les remèdes. Théophile de Viaud.

J'ai vécu. Ce n'est pas que la mort m'épouvante.

Mais en sondant mon cœur j'ai vu qu'à ses parois

La fleur de poésie était toujours vivante,

Dieu bon ! et que jamais sur sa tige mouvante

N'avaient autant germé de boutons à la fois.

Elle avait pris racine au milieu des décombres.

Ce n'était autour d'elle et près d'elle affaissés

Que spectres, revenants, esprits, fantômes, ombres,

Tumultueux chaos d'apparitions sombres,

Où je reconnaissais tous mes rêves passés.

Chacun d'eux m'appelait ; chacun d'eux sous son aile

6o AMOURBRETON

Montrait le trou béant de quelque trahison.

Vains efforts ! Ils n'ont pu détacher ma prunelle

De la rose d'Eden, de la rose éternelle,

Qui poussait en mon cœur sa libre floraison !

Et je n'ai pas eu tort, n'est-il pas vrai, mon frère,

De comprimer en moi tout élan téméraire,

De planter mes deux poings au fond de mes deuxyeux,

De fermer mon oreille aux voix du suicide

Et d'invoquer si haut la Muse au front placide .

Qu'elle ait à mon appel abandonné les cieux !

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