‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 22 sur 74 · PAPILLONS DE MER · texte numérisé non relu

PAPILLONS DE MER

O les dunes que Taube argenté !

Les genêts fleuris qu'un par un Frôle leur aile diligente !

Et, là-bas, couchés dans l'embrun, Sous leur fourrure d'algues lisses,

Les lourds rochers de granit brun !

C'est l'heure pleine de délices, L'heure où s'épanche en larmes d'or La rosée au fond des calices ;

Et c'est l'heure, plus douce encor, Où le premier flot monte et lèche Vos pieds blancs, grèves de l'Armor.

La brise du large est si fraîche ! 11 fait si doux, si bon, là-bas Où les courlis sont à la pêche !

Et voilà, sans autres débats, Nos lutins partis en maraude Du côté dErech ou de Batz,

Longtemps sur la mer d'émeraude,

Ainsi que des bleuets ailés,

Leur vol incertain tremble et rôde.

Mais ceux qu'une lame a frôlés Sentent bientôt l'éclaboussure Alourdir leurs corps fuselés.

Même au temps où juillet azuré

Ses remous et ses tourbillons,

La mer est changeante et peu sûre.

Déserteurs des calmes sillons, Vous êtes pareils à mes rêves, Papillons bleus, ô papillons !

Luise quelque aube aux clartés brèves Penchant ses yeux meurtris et doux Sur le glauque miroir des grèves,

C'est assez pour eux et pour vous :

Leur cavalcade trébuchante Coupe l'infini de bonds fous.

PAPILL.ONSDEMER 85

Ils vont ! Ils vont ! La vague chante Sous leur essor aventureux...

Papillons de la mer méchante,

J'ai peur pour vous, j'ai peur pour eux !

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LqA COMTLAINTE T>E L'AME "BRETONNE'

A Henry Mauger.

Sur la lande et dans les taillis, Cueillez l'ajonc et la bruyère, Doux compagnons à l'âme fière, O jeunes gens de mon pays !

Quand du sein de la mer profonde, Comme un alcyon dans son nid,

l. Vers écrits pour la Fête de charité àe$ é\hvçs du lycée de Brest,

LA COMPLAINTE DE l'aME BRETONNE 87

L'Ame Bretonne vint au monde Dans son dur berceau de granit, C'était un soir, un soir d'automne, Sous un ciel bas, cerclé de fer, Et sur la pauvre Ame Bretonne Pleurait le soir, chantait la mer.

Fût-ce mégarde chez les fées Ou qu'au baptême on ne pria, Blanches et de rayons coiffées, Urgande ni Titania ?

Il n'en vint, dit-on, qu'une seule, Aux airs bourrusde sauvageon, Qui froissait dans ses mains d'aïeule Des fleurs de bruyère et d'ajonc.

Misère (ainsi s'appelait-elle) Allait nu-tête et pieds déchaux ; Mais ce n'est pas sous la dentelle Que battent les cœurs les plus chauds Et, se penchant sur la pauvrette.

Qui grelottait, blême et sans voix.

Elle mit à sa collerette Trois brins de fleur, puis encor trois.

Et depuis lors nulle menace N'a prévalu contre l'enfant :

L'ajonc, c'est la Force tenace Qui dompte le roc étouffant ; Et la bruyère, dont s'embaume Le pur cristal des nuits d'été, C'est le mystique et tiède arôme De la divine Charité...

Doux compagnons à l'âme fière.

Debout au seuil des temps nouveaux, Dans vospensers, dans vos travaux, Mêlez l'ajonc à la bruyère.

V^iOÉL T>E mEN1)lQAVX^TS

A Léon Durocher.

Salut et joie à ceux d'ici!

Congédiez votre souci, Maîtres, serviteurs et servantes.

Femmes, c'est assez de travaux ; Pendez au mur leséclieveaux De laine et de chanvre nouveaux ; Arrêtez-vous, ô mains savantes.

Jésus est né ! Jésus est né !

O jour à jamais fortuné !

Chrétiens, en ce jour délectable,

Est-il quelqu'un, prince ou manant, Qui ne tressaille en apprenant Que l'Homme-Dieu, minuit sonnant, Est descendu dans une étable ?

Nous sommes pauvres comme lui ; Mais surnous son étoile a lui, Si douce qu'il n'en faut plus d'autres. Noshouseaux sont tout décousus.

Ah ! que de maux nous avons eus !

Mais c'est parmi nous que Jésus Elira demain ses apôtres.

Chrétiens de l'Arvor, bonnes gens,

11 faut aider les indigents.

Nous ne demandons pas grand'chose :

Un peu de viande, un peu de pain,

Trois noyaux avec un pépin

Et, pour fleurir notre aubépin,

Un bout de ruban vert ou rose.

Jésus en échange, chrétiens, Vous accordera pour soutiens Trois garçons à mine prospère ;

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