‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 21 sur 74 · LE BOIS DORMANT · texte numérisé non relu

LE BOIS DORMANT

La mer ! Sous sa rauque haleine, Le bois chante sourdement.

— Mon cœur est ce Bois dormant Écoute chanter sa peine.

A Anatole France.

CH(yiC^(^SOC\^ T(iAI<£MTOLqAISE

A Maurice Barres.

Les marins ont dit aux oiseaux de mer : « Nous allons bientôt partir pour l'Islande, Quand le vent du Nord sera moins amer Et quand le printemps fleurira la lande. »

Et les bons oiseaux leur ont répondu : « Voici les muguets et les violettes.

Les vents sont plus doux ; là brume a fondu Partez, ô marins, sur vos goélettes.

» Vos femmes ici prieront à genoux.

Elles vous seront constamment fidèles.

Nous voudrions bien partir avec vous, S'il ne valait mieux rester auprès d'elles.

» Nous leur parlerons de votre retour; Nous dirons les gains d'une pêche heureuse, Et comment la nuit, et comment le jour, Comment votre cœur bat sous la vareuse.

»Et nous les ferons renaître à l'espoir, Tandis que, les yeux tournés vers le pôle, Elles s'en viendront, au tomber du soir, Pleurer deux à deux sur les bancs du môle. »

TlomA:^(lcE sA:^(ls tqai{oles

Fraîche et rieuse et virginale, Vous m'apparûtes à Coatmer, Blanche dans la pourpre automnale Du soleil couchant sur la mer.

Et la mer chantait à voix tendre Et, des terrasses du ciel gris, Le soir penchait ses yeux de cendre Sur les palus endoloris.

Et je crois que nous n'échangeâmes Ni baiser vain, ni vain serment.

Le soir descendait en nos âmes, Et nous pleurâmes seulement.

CAQOVEoAI'BliE

A Daniel de Venancoiiri.

Je suis revenu seul par Landrellec. Voici Qu'au soir tombant l'ajonc s'est encore épaissi Et qu'à force d'errer dans le vent et la brume, Si tard, sous ce ciel bas fouetté d'une âpre écume, Et d'entendre à mes pieds sur le varech amer Toujours, toujours ce râle obsédant de la mer, Et de voir, quand mes yeux retournaient vers la côte, Des peurs sourdes crisper la lande épaisse et haute Et la brume flotter partout comme un linceul, J'ai senti que mon mal n'était pas à moi seul Et que la lande avec ses peurs crépusculaires, Et qu'avec ses sanglots profonds et ses colères

La mer, et que la nuit et la brume et le vent, Tout cela s'agitait, souffrait, était vivant, Et roulait, sous la nue immobile et sans flam^me. Une peine pareille à la vôtre, mon âme.

LE TqASSqAUXJ

A Jean Psichari.

L'amour ne chante pas ; il ne sourit jamais, Ni le matin, quand Taube argenté les sommets, Ni quand l'ombre, le soir, s'épanche des collines, Ni quand le rouge été flamboie à son midi Et du brouillard qui dort dans l'éther attiédi Perce et dissipe au loin les pâles mousselines.

L'amour ne chante pas; l'amour ne sourit pas. 11 vient comme un voleur de nuit, à petits pas. Retenant son haleine et se cachant des mères.

Il connaît que nul cœur n'est ferme en son dessein Et qu'on ne dort jamais qu'une fois sur le sein Vêtu par nos désirs de grâces éphémères.

l.'amour ne chante pas, ne sourit pas. Ses yeux Vont traînant un regard chargé de longs adieux Sur les lits dévastés où son regret persiste. Nul ne sait quand il vient, ni comment, ni pourquoi, Et les cœurs ingénus qu'emplit son vague effroi L'attendent. Qu'il est loin déjà, le Passant triste !

ÉVOCATIOV^

Pour évoquer les jours défunts Il m'a suffi de quelques roses :

J'ai respiré dans leurs parfums Tes lèvres closes.

Je sais des jasmins d'occident Aussi veloutés que ta gorge ; Tes cheveux blonds sont cependant Moins blonds que Torge.

Les violiers ont pris tes yeux ; Ton rire a passé dans la brise, Ton joli rire insoucieux

Qu'un sanglot brise ;

Et les immortelles de mer,

Qui s'ouvrent dans les dunes blanches,

Ont la senteur de miel amer

Qu'avaient tes hanches...

Et c'est toi toute, gorge et front.

Vieillis, pâlis, languis, qu'importe?

L'aube a des lys qui me rendront Ta beauté morte.

IlOC^l'DFS

A Frédéric P/essis.

Tes pieds sont las de leurs courses Voici le temps des regrets.

L'automne a troublé les sources Et dévêtu les forêts.

Toutes les fleurs que tu cueilles Meurent dans tes doigts perclus. Comme elles tombent, les feuilles, Au bois où tu n'iras plus !

8o RONDES ET CHANSONS

L'automne, hélas ! c'est l'automne.

Songe aux longs soirs attristants.

Là-bas, en terre bretonne.

Les glas tintent tout le temps.

Ils tintent pour l'agonie Des fleurs que tu préférais.

Ah ! ta moisson est finie !

Voici le temps des regrets...

Couche-toi devant ta porte.

Voici le temps des adieux.

Ecoute au ras de l'eau morte Siffler les tristes courlieux.

Ils traînent leurs ailes brunes Et leur long corps efflanqué Sur la torpeur des lagunes Entre Perros et Saint-Ké.

RONDHS 8l

Mais demain, ce soir peut-être, Tous ces longs corps amaigris, Tu les verras disparaître Un par un dans le ciel gris.

O l'amère parabole !

Eteignez-vous, pauvres yeux ! Les courlis gagnent le pôle :

Voici le temps des adieux...

TATILLOC^S T>E mE1{

A Pierre Laurent.

On les voit s'en venir en bandes, A la prime aube, tout le long, Le long des palus et des landes,

Glissant de-ci, de-là, selon

Leur humeur folâtre et changeante,

Et tout bleus dans le matin blond.

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