SCÈNE IV
GWION
Chère amoureuse, Du moins si j'étais sûr que tu serais heureuse. Si, par quelque présage inouï, j'apprenais...
(Un couple d oiseaux traverse en ce moment le ciel et vient s'abattre auprès d'eux. Gwion ne les remarque pas, mais Urgande tressaille et saisit Gwion par la main,)
URGANDE
Vois donc, ami, dans les genêts.
Ces deux blancheurs surnaturelles :
Roucoulements, douces querelles.
Baisers de-ci, baisers de-là.
Ne sont-ce point deux tourterelles ?
GWION, s'' approchant pour écarter les branches. Oui. L'on croirait vraiment qu'il a neigé sur elles.
URGANDE, s' approchant à son tour.
Eh bien ! mais le présage attendu, le voilà ! Regarde encor. . . Plus près !... De leur bec adorable, Elles tressent un nid, ce me semble...
l86 L ILE DES SEPT-SOMMEILS
GWION
En effet!...
URGANDE
Un nid, Gwion ! Ah ! c'est parfait !
L'augure jusqu'au bout s'est montré favorable Et tu n'as plus qu'à t'incliner.
GWION, qui se résigne.
Ainsi fais-je sans chicaner, Mon Urgande . Les Sorts sont pour toi . Je l'avoue . Et donc, quand il est temps, retournons notre proue. Rentrons au port. Faisons comme ces beaux oiseaux De lumière : dans les genêts et les roseaux, Bâtissons notre nid de branchage flexible ; Comme eux, sans regretter un ciel inaccessible. Laissons s'épanouir nos deux cœurs triomphants.
URGANDE
Et comme eux,mon amour, ayonsbeaucoup d'enfants!
LE
Poème dit par M^'* Delvair, de la Comédie-Française