SCÈNE m
HÉNORA
Que fais-tu ?
HERVE, jetant l'anneau à la mer.
Longtemps je me suis débattu
Contre une injuste méfiance.
Je rejette à la mer la maudite alliance, L'émeraude sertie en un chaton d'or fin...
HÉNORA, avec joie.
O mon Hervé, je te retrouve enfin !... {Elle passe les bras autour du cou d'J-lervé.
Les barques dorment à l'ancrage ; Les vents mauvais se sont calmés.
Chers yeux, pareils aux nuits d'orage, Apaisez-vous, chers yeux aimés !...
HERVÉ, tendrement.
Mon Hénora !...
HÉNORA, se dégageant.
Rentrons. Sous le chaume qui fume La soupe bout, le cidre écume, Et, si nous tardons trop, Naïc se fâchera...
HERVÉ, la suivant.
Mon Hénora !...
SCÈ^E IV
Les Mêmes, GAB
GAB, sur le seuil de r auberge.
Holà ! camarade, compère,
On t'espère Depuis une heure par ici.
Le temps passe, la soif est grande
Dans la bande, Et plus d'un fronce le sourcil .
(Par la porte restée ouverte, on entend gronder V appel des dragueurs.)
LES DRAGUEURS, avec accompagnement de couteaux contre leurs chopines.
Bing ! Bang! D'g-a-dig! En route, Hervé, Hervé Kermadec !
Nous avons le gosier sec.
Bing ! Bang ! Dig-a-dig! En route !
Et viens nous payer la goutte !...
Bing-Bang !
SCKNH V 293
HF.RVK
Tu vois, Hénora, je ne puis Manquer de parole à ces braves...
(A Gah.)
Marche devant, Gab, je te suis...
[A Hénora.)
Et toi, dont les chers bras sont mes douces entraves,
Tandis que je te reconduis, Hénora, sur mes yeux lève tes yeux suaves !...
{Gah rentre dans }■ auberge, qui se ferme. Hervé conduit Hénora jusqu'à sa porte d'oii^en le quittant, elle lui envoie un long baiser.)
SCEC^E V
HERVE, seul.
(Au moment oii il traverse la scène pour gagner ï auberge^ un chant d'une infinie douceur se fait
entendre au loin sur la mer. Il danse comme une lumière à la pointe des vagues.)
HERVÉ'
Mon Dieu !... Qif ai-je entendu ?...
Cet air délicieux sur la mer qui se fane !... C'est la voix de Mary-Morgane, La voix qui m'a perdu...
(// s'arrête.)
Je me souviens. . . Sept ans. . . Ah ! comme le temps passe Et cet air! Comme il tourne et comme il vous enlace !
Sur la vague, au soleil couchant, Les cheveux envolés, Mary-Morgane chante : La mort, hélas ! est au fond de ce chant dui nous enchante...
Assistez-moi, Seigneur ! Eloigne-toi. démon !
(Le chant se rapproche et devient plus expressif.)
Fille de l'algue amère et du noir goémon,
Princesse trois fois blonde, Je sais que tes yeux verts ensorcellent le monde : Mais j'ai vu, moi, frétiller le serpent.
1. Des coupures pourront être faites, à la représentation, dans ce monologue.