SCENE V
Prends pitié de l'enfant qui pleure, Des chères femmes qui, sans moi, mourraient demain.
[Le chant delà M ary-M organe, d'ironique devenu presque menaçant, prend peu à peu V expression la plus captivante,)
Entre la mer chantante et la verte montagne, J'avais, en pierres de Bretagne, Bravement bâti ma maison.
Voici venir le grand orage et tout s'écroule : Le flot qui roule Emporte ma raison.
J'agonise et je meurs. Ai-je bu du poison ?...
Ah ! cette voix qui méprend aux entrailles, Avec ses notes d'or dansant en plein azur. J'ai reconnu le chant des fiançailles... Puisque rien ne saurait laver le cœur impur Et qu'au seuil de l'enfer je reste sans défense, Je veux jeter au vent la foi de mon enfance
Et revoir le nid parfumé Qui languit et soupire après le bien-aimé.
Ouvrez-vous donc, grottes humides, Portes d'argent du château de la mer.
Apparaissez, esprits de l'air, Guidez-moi sur les flots sans rides.
Damné je suis. C'est bien. Damné je resterai...
Et toi, princesse au visage doré, Fille du vent moqueur et de la blanche écume,
11 est vrai, ton amour consume ; Mais sache que l'amour me pousse et non l'effroi. Je suis à toi, je viens à toi...
[Il marche vers la mer.)
SCÈC^QE VI
HERVÉ, HÉNORA
(Hénora paraît sur le seuil de sa maison . Elle aperçoit Hervé dont V exaltation Vinquiète. Elle descend, puis s'arrête pour l'observer .)
HÉNORA, à part.
Hervé ! Pourquoi n'est-il pas à la fête?. . . Dieu ! Cet air égaré ! ces yeux fous ! Qu'a-t-il donc? je tremble. . .
HERVÉ, comme en extase.
O toi qui ris dans la tempête, Splendeur des eaux, pardon, pardon!