‹ Poésies complètesChapitre 111 sur 115 · FEUX D'ÉCOBUE · texte numérisé non relu

FEUX D'ÉCOBUE

Je ne veux point vous voir, comme on vous représente, Prête à vous détourner de son dernier autel, Mais fidèle à son culte et pâle et frémissante Pressant sur votre cœur son fantôme immortel.

Et qu'importe s'il n'est qu'une vaine apparence? Le songe de vos soirs en serait-il moins beau, Ce songe où palpitait une obscure souffrance, Faite de nostalgie et d'effroi du tombeau?...

Je me suis, comme vous, laissé prendre à son leurre, Par dégoût du réel tout au rêve épuisant. Et, captif du Passé, je n'ai pas cru que l'heure Valiit d'être cueillie aux branches du Présent

Et les jours au pied vif, changeants fils de l'année, Ont fui. L'été qui meurt fait les soleils plus courts, Et celle dont les mains filent ma destinée Avant l'hiver peut-être en suspendra le cours.

Je ne me plaindrai pas des rigueurs de la Parque, Ni du néant des dieux qu'avait créés ma foi, Si, quand le noir Passeur me prendra dans sa barque. Un peu de vous, Bretagne, y descend avec moi.

Le mal m'aura doué peut-être dans ma chambre Et je ne pourrai plus m'accouder devant vous Au balcon de bois clair d'où j'aimais, en septembre, Voir monter dans le soir vos feux pâles et doux.

C'est assez que mes yeux vous devinent encore, Bretagne, et que je puisse, à travers les volets, Eterniser en eux, au moment de les clore, Un coin de lande jaune et des rocs violets.

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