‹ Poésies complètesChapitre 110 sur 115 · FEUX D'ECO BUE · texte numérisé non relu

FEUX D'ECO BUE

A Maurice Denis.

Quand je mourrai, que ce soit chez vous, ma Bretagne Que ce soit à l'automne, un soir comme ce soir, Où vos feux d'écobue étoilent la campagne Et font d'elle un immense et mystique encensoir!

Leur fumée un moment hésite sur la plaine, Puis se ramasse, oscille et, soudain s'allongeant, Des tristes Costankous à la blanche Molène, Effile vers le ciel ses quenouilles d'argent.

De quel nouveau Baal sont-ils la redevance? S'évadent-ils sans but à l'horizon vermeil Ou faut-il voir en eux l'antique survivance Du culte qu'autrefois vous rendiez au soleil?

Quand la Tradition, du monde entier proscrite, Errante, n'avait plus un abri sous les cieux, Vous aviez conservé pieusement son rite : L'Occident, grâce à vous, gardait encor des dieux.

Mieux que sur un Thabor ou sur un Janicule^ Ils rayonnaient du haut de vos caps. Et voici Que, sombrant à leur tour au fond du crépuscule, Nos dieux, nos derniers dieux vont nous quitter aussi!

Le geste machinal qui vers eux vous incline Pour vaincre le destin n'est plus assez fervent Et bientôt, par la lande à jamais orpheline. Sur leurs nefs de granit ils cingleront au vent...

Ah ! souffrez qu'oublieux de ces tristes oracles Je garde jusqu'au bout la foi qui m'a bercé! Que ce miracle encor s'ajoute à vos miracles, G Bretagne, mystique épouse du Passé \

Page 1