NOËL A BORD
(récit du capitaine)
A Gustave Larroumel.
>Ious avions relâché la veille à Ploumanac'h. Ucun de nous n'avait consulté l'almanach :t nous ne savions pas que Noël était proche. 1 ventait doux. Le ciel était comme un jardin, fant il y fleurissait d'étoiles, quand soudain .a. Jeanne- Estève alla donner contre une roche.
^ais, au lieu de s'ouvrir en deux, notre bateau Demeura là comme pressé dans un étau, >ans pouvoir avancer ni reculer d'un pouce.
La brurne à ce moment couvrit tout II semblait Que nous étions cernés dans une mer de lait, D'oii montait une plainte douce...
Une plainte confuse et vague, un chant lointain Qui tremblait sur la mer du côté de Plestin, Comme exhalé de mille bouches clandestines. Il approchait avec la brume et le jusant, Si bien qu'on y pouvait distinguer à présent Des mots bretons, mêlés de syllabes latines.
Pour être franc, je n'étais pas très rassuré : Le vieil Eno criait déjà Miserere Et jurait de ne plus s'attarder aux auberges. Stanis, pauvre innocent, riait d'un rire amer, Et soudain le brouillard disparut, et la mer Fut pleine de clartés de cierges.
Il en naissait, il en surgissait de partout! Comme on voit sur les blés les abeilles en août, Leurs feux pâles dansaient à la pointe des lames. Ils rayaient l'ombre avec des vols brusques d'oiseaux. Et, tandis que leurs bonds se croisaient sur les eaux, On entendait grossir la prière des Ames.