‹ Poésies complètesChapitre 70 sur 115 · SCÈNE PREMIÈRE i6i · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE i6i

Tu ne le trouveras qu'en ta millième année, Quand la fleur de tes seins sera toute fanée

Et que, pareils aux tambourins

Fendant leur peau parcheminée, Tes séniles appas danseront sur tes reins ! » Et j'allai. Forme vide, argile pantelante. Ton souffle me chassait sur la route dolente : La route ne menait nulle pari. Et la nuit Tombait. Partout le deuil et l'horreur; aucun bruit Que celui de mes pas heurtant le grès sonore. Et la nuit refermait ses yeux noirs, et l'aurore Levait au bord du ciel ses prunelles d'or fin, Et je marchais toujours sur la route sans fin! Oh! l'angoisse d'errer ainsi, seule, perdue Irrémissiblement dans la morne étendue,

Vouée au silence éternel,

Sans une âme compatissante Qui consente A rafraîchir vos yeux d'un regard fraternel! Mais maintenant voilà que ma force défaille.

Autour de moi rien que les flots,

Et l'âpre bise qui les fouaille Mêle ses sifflements à leurs rauques sanglots. Où suis-je? La nuit vient. Je ne vois plus ma route. Prends pitié de mon mal, Myrdhynn : ne frappe plus Celle dont tout espoir a coulé goutte à goutte

»6a L'ILE DES SEPT-SOMM El LS

Et qu'un cœur moins cruel aurait peut-être absoute, Avant que les mille ans ne fussent révolus!...

(Elle tombe évanouie. U ombre s'épaissit autour d^elle et Gwion, qui vient à pas lents sur la grève, passe à côté de son amie sans la voir. Reclus tout le jour dans la grotte de Minconoc, il est sorti de sa retraite aa brun de nuit. Le gracieux lutin est méconnaissable : ses tempes ont blanchi et la douleur a creusé des ornières rougeâtres dans ses joues.)

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