SCÈNE IV
La nuit était douce Comme au temps d'avril :
Des flots de béryl Chantaient sur la mousse.
Et je sommeillais, Mollement couchée Sur une jonchée De lys et d'oeillets;
Quand, durant mon rêve, (Troublant souvenir!) e te vis venir, Gwion, sur la grève.
GWION
Chère fée, ô mon Urgande, Je mourrai, si je te perds.
C'est toi ! Ce sont tes yeux pers, C'est ta bouche de légende.
Et c'est ton rire auroral.
Ce sont tes mains : je les touche.
Ce sont tes yeux; c'est ta bouche; C'est toi, coupe d'amour, Urgande, pur graal 1...
I70 L'ILE DES SEPT-SOMMEILS
URQANDE
Voix qui réconforte, Chère, ô chère voix!
Sans elle, je crois Que je serais morte.
GWION
Rien ne m'était plus.
J'errais, le front hâve, Pareil à l'épave Que pousse le flux.
URQANDE
Étreintes liantes, Baisers, mon souci.
Je tendais ainsi Mes mains suppliantes !
QWION
J'appelais sans fin :
Urgande! criais-je.
O cher cou de neige !
O beaux yeux d'or fin !