‹ Poésies complètesChapitre 77 sur 115 · SCÈNE IV Ï7I · texte numérisé non relu

SCÈNE IV Ï7I

URGANDE

Va! Ne pensons plus à ces choses :

Mes maux sont terminés; tes chagrins sont finis,

Puisque nous sommes réunis.

Soûlas d'aimer! Douceur des ceintures décloses 1

C'est la nuit des métamorphoses :

Il pleut des corolles de roses;

La mer est lisse comme un pré,

Et là-bas, où sont les carènes.

On entend chanter les Sirènes,

Blanches parmi le flot pourpré.

L'une dérive la gabare; L'autre lève aux plats-bords son jeune front barbare

Et, riant à l'homme de barre, La plus belle des trois se suspend au beaupré.

Glitonéa, Tironée, Oronoles Sont leurs noms. Quand l'ivoire épand leurs crins soyeux, Une avalanche d'or croule sur leurs épaules; Leurs seins blancs sont taillés dans la neige des pôles; La langueur des nuits d'aoiit se pâme dans leurs yeux. Matelots, matelots, suivez ces amoureuses Sous les porches d'argent de la glauque cité.

Croisez vos bras sur vos vareuses, Et laissez-les guider vos paresses heureuses Au pays de la Mort et de la Volupté.

/~2 L'ILE DES SEPT-SOMMEILS

Bien d'autres avant vous ont tenté l'aventure : Un vent mystérieux chantait dans leur mâture; Les cloches de la mer tintaient si doucement Que, pour mieux écouter leur magique langage, Les hommes se couchaient le long du bastingage Et qu'ils pensaient ouïr des voix de diamant. Ecoutez-les aussi, ces cloches de promesses. Leur carillon léger sonne d'étranges messes, Telles qu'aucun de vous jamais n'en entendit. Ahès est là, près de l'évêque qui les dit. Et tout à coup, selon le rite guibélique,

Elle arque son corps immortel Et, dans la monstrueuse et sombre basilique, On voit s'ouvrir le lotus symbolique, Et c'est Ahès le ciboire et l'autel!... Nous cependant, couchés sur le sable des grèves. Nous n'imiterons pas le farouche pluvier Et nous suivrons, d'un œil ami, sans l'envier,

L'appareillage de vos rêves.

L'hiver chasse l'oiseau : plus fidèles que lui, Jamais nous ne fuirons cette île hospitalière. Et nos coeurs accouplés, demain comme aujourd'hui,

Ne voudront plus d'autre volière.

C'est ici leur dernier retrait,

La rive douce et familière.

Le nid caché, le nid secret.

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