‹ Poésies complètesChapitre 83 sur 115 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

T'ont menti. C'était bon pour les dieux de la fable, Cette attitude. Lui, c'est un être ineffable, Qui ne sait que des. mots de pardon et d'amour, Le plus charmant, le plus exquis de tous les êtres. Accueillant aux petits, dur seulement aux maîtres. Une âme blanche, avec l'immense azur autour!...

GWION

Je veux te croire, Urgande, et cependant j'ai peine A dire oui. L'effroi m'étreint Nouveau venu, J'hésite sur le seuil et, la main sur le pêne, Je n'ose ouvrir par peur de l'inconnu... Que faire ?

URGANDE

M'obéir, Gwion.

GWION

Chère amoureuse.

Du moins si j'étais sûr que tu serais heureuse. Si, par quelque présage inouï, j'apprenais...

(Un couple d'oiseaux traverse en ce moment le ciel et vient s'abattre auprès d'eux. Gwion ne les remarque pas, mais Urgande tressaille et saisit Gwion par la main.)

URGANDE

Vois donc, ami, dans les genêts

i«4 L'ILE DES SEPT-SOMMEILS

Ces deux blancheurs surnaturelles :

Roucoulements, douces querelles, Baisers de-ci, baisers de-là.

Ne sont-ce point deux tourterelles?

GWiON, s' approchant pour écarter les branches. Oui. L'on croirait vraiment qu'il a neigé sur elles.

URGANDE, s'approchant à son tour.

Eh bien! mais le présage attendu, le voilà! Regarde encor... Plus près!... De leur bec adorable. Elles tressent un nid, ce me semble...

QWION

En effet!...

URGANDE

Un nid, Gwion! Ah! c'est parfait!

L'augure jusqu'au bout s'est montré favorable Et tu n'as plus qu'à t'incliner.

QWION, qui se résigne.

Ainsi fais-je sans chicaner, Mon Urgande. Les Sorts sont pour toi. Je l'avoue. Et donc, quand il est temps, retournons notre proue.

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