‹ Poésies complètesChapitre 4 sur 44 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

A vous ces vers, madame ; C'est bien frivole, dame !

Mais je les fis pour vous.

Les chansons et les roses, Ce sont là de ces choses Qu'on accepte de tous.

C'est un conte d'Espagne, Qu'à travers la campagne.

Un soir du mois de mai.

Près de votre charmille, En strophes de Castille J'ai doucement rimé.

Vous trouverez sans doute, Si votre esprit l'écoute,

Ce poème bien vieux.

Mais je m'en vais vous dire, C'est un dernier sourire A des jours plus heureux.

Ce sont des bagatelles, De poudreuses dentelles, Des haillons éclatants, Des rimes espagnoles, Enfin des choses folles, Des choses de vingt ans !

Mais c'est notre jeunesse, C'est notre heure d'ivresse ; Et, dans son nom moqueur.

Ce Don Juan résume Tous nos rêves de plume, Tous nos rêves de cœur.

Ali ! comme je regrette Ce beau temps du poète.

Où je crois voir encor,

TUi: POUR UXE ROSE 5I

Comme un conte d'Asie,

Passer la Fantaisie

En manteau brodé d'or !

On avait des alcades Alors, — des sérénades, Des perles et du fard, De belles nuits de joie, Et des pourpoints de soie Crevés par le poignard !

On avait des gambades.

Des sauts, des pasquinades, Des lazzis de tréteau, Mainte et mainte fadaise A faire pâmer d'aise Le Bambocciato !

Autre temps, autre mode ; Hélas ! le conte et l'ode N'ont plus rien que d'urbain.

Pleurons! Adieu, moustaches!

Éperons et panaches, Retournez chez Babin!

Voilà pourquoi, madame, Vous me surprîtes, l'âme Rêveuse, l'autre soir, Devant des castagnettes Sur ma table muettes.

Auprès d'un masque noir.

E matin, penché, seul à ma fenêtre, L'ombre autour de moi pleine de rumeurs.

Triste, j'attendais le jour à paraître,

L'œil vers l'orient aux roses lueurs.

La nuit s'enfuyait, honteuse et surprise ; Le ciel éteignait ses pâles regards ; Et, des noirs buissons qu'agitait la brise, Pensif, j'écoutais les souffles épars.

54 ML»EZZIN

Mais quand je sentis, ployé sous l'extase, De lumière et d'or mon front inondé, Tandis que, partout, comme l'eau d'un vase, Le jour ruisselait du ciel débordé;

Quand les peupliers et quand la prairie Avec le ruisseau chantèrent en chœur, Quand je vis briller les fils de Marie, Je sentis la paix monter à mon cœur.

Mille oiseaux jasaient, je me sentais vivre ; D'un chaste bonheur mon cœur se berçait; Et c'était pour moi, qui d'un rien m'enivre, Comme un frais bonjour que Dieu m'adressait.

Et voyant ainsi le ciel me sourire, Pour que votre esprit ne fût pas jaloux, A mon tour aussi j'ai voulu vous dire Que le ciel s'était levé bleu sur vous.

Car peut-être alors, belle paresseuse, Les volets fermés à l'éclat des cieux, Vous pensiez — souvent l'aurore est berceuse A tout ce qui fait le front soucieux.

Vous pensiez aux jours de courte durée, Qui laissent en nous si longs souvenirs, A l'espoir qui passe en robe dorée, Haillons rattachés avec des saphirs !

Vous pensiez sans doute à tout ce qu'emporte L'ombre qui décroît, voile replié, Au rayon qui vient quand la fleur est morte, Au malheur qui fuit sans être oublié.

Vous pensiez, tendant l'oreille aux mensonges Qu'à votre chevet souffle le sommeil, Qij'il valait bien mieux poursuivre des songes, Que de tant hâter l'heure du réveil ;

Que, peut-être, hélas ! le jour qui va luire Sera triste et noir, et plein de courroux ; Et voilà pourquoi j'ai voulu vous dire Que le ciel s'était levé bleu sur vous.

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