MARIVAUX A LA BARRIERE
(oRsau'iL flillut dîner dans cette auberge atroce, Le front de mon ami se rembrunit soudain. On mit notre couvert dans le fond du jardin, Près d'un jeu de tonneau disloqué. Quelle noce !
Le potage manqua complètement d'attrait :
Un lac d'une blondeur terne. — Rempli d'alarmes,
Mon ami s'écria : u duel bouillon ! il faudrait.
Pour lui percer les yeux, un fameux maître d'armes ! »
Je ne l'écoutais pas ; mon caprice suivait La fillette au jupon rayé qui nous servait; Opulente beauté, — seize ans, et du corsage ! —
164 MARIVAUX A LA BARRIHRE
Et j'allais, répétant : « Vois donc quels yeux, mon cher! »
Lui, tout à son idée, et d'un accent amer :
« Que n'a-t-elle jeté ses 3^eux dans le potage! »
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POÈTE FAMELIQUE
u gai roman de ma jeunesse ^ J'ai fait une corne ce soir.
Je te ferme, car il fliit noir, Petit livre si plein d'ivresse !
Adieu chansons ! tout est fini ; Faisons place à la politique.
Qu'importe à la chose publique Où nous suspendions notre nid ?
l66 POÈTE FAMÉLIQ.UE
Nos phrases ne sont que sornettes.
L'heure est venue où les poètes Ne seront pas mieux regardés Que bretteurs ou pipeurs de dés.
Le monde, saturé de fables, Délaisse, à l'égal du sanscrit, Les feuillets où ces pauvres diables Mettent leur cœur et leur esprit.
Secs comme d'anciens télégraphes.
Sous les balcons errants et bas, On vide sur eux des... carafes.
Comme aux soupirants dans Gil Bhs.
POÈTE lAMÉLiaUE 167
Que le ciel ne m'a-t-il lait naître Comme ce bourgeois gras et blond, Si bien mis et si content d'être Qu'il n'en demande pas plus long !
Qu'ai-je fait à la Providence Pour n'être pas tout simplement Homme de peine et de silence, Pêcheur breton, meunier normand?
Surnuméraire à la marine, Propre et luisant comme un sou neuf, Avec des manches en lustrine, Pour ne pas user mon elbeuf?
l68 POÈTE rAMÉLIQ.'«-'l:-
Officier de cavalerie, Jouant au billard chaque soir, Et faisant une cour fleurie Aux demoiselles de comptoir?
Ou boutiquier dans ma boutique, Marié, courtois, matinal.
Attendant venir la pratique, Tout en dégustant mon journal?
POÈTE 1-AMLLIQ.Uli 169
Vivre, eli ! Dieu ! la belle merveille ! Morne chanson, morne refrain !
Ce qu'on m'a vu faire la veille, Je le ferai le lendemain ;
Et sans relâche, ombre légère.
J'arpenterai les boulevards.
Et la même cité Bergère, Avec le même pont des Arts.
Au matin, la même paresse Chaque jour me réveillera ; Et, le soir, la même maîtresse
Sur sa gorge me vieillira.
lyO POKTE FAMÉLiaUE
Mon cœur, triste petite bête, Ne battra plus que quelquefois, Et dans dix ans ma pauvre tête.... Mais où sont les nymphes des bois?
Car, grâce au public insensible, Pour nous, vainement révoltés, La lutte se fait impossible Avec les faiseurs effrontés.
Ah 1 race de marchands du temple, Mais du Temple abject de Paris, Qu'un de vous se lève et contemple Notre légion d'appauvris !
Nos poèmes, qui trop tard régnent, Veulent un rude enfantement.
Car nos flancs sont des flancs qui saignent. Toute ode suppose un tourment.
Eh bien ! donc, tombons sans murmure, Tombons comme des orgueilleux !
La conscience, c'est l'armure Des poètes, ces derniers preux !
POÈTE FAMÉLiaUE I71
Et vers la rivière voisine, La cravate un peu de côté, Le rimeur maigre s'achemine Pour prendre un bain d'éternité;
Léguant, entre autres paperasses, Son poème à'Omiphriiis, Écrit pour les futurs Pâmasses, A l'éditeur Sartorius.