‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 106 sur 110 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

APnàs l'attentat de meunier.

Prince , les assassins consacrent ta puissance : Ils forcent Dieu lui-même à nous montrer sa main. Par droit d'élection tu ré||fnais«ur la France; La balle et le poignard te font un droit divio.

De ceux dont le hasard couronna la naissance , Hous en savons plusieurs qui sont sacrés en vain. Toi , tu Tes par le peuple et par la Providence; Souris au parricide , et poursuis ton chemin.

Mais sois prudent , Philippe , et songe à la patrie. Ta pensée est son bien , ton corps son bouclier. Sur toi , comme sur elle , il est temps de veiller.

Ferme un immense abîme , et conserve ta vie.

Défendons-nous ensemble , et laissons-nous le temps De vieillir, toi pour nous^ et nous pour tes enfants.

SDR LA NilSSANGË

DU COMTE DE PA|ilS,

De (an( de jmirg de deuif, de craiiUe et d'espérance , De tant dVfforts perdus, de tant de maui soufferts, Eu es-tu lasse enfin, pauvre terre de France , f!éi de tes vieui enfants l'éternelle inconstance Laissera-t-elle un jour le calnoe à l'univ^s?

Comprends-tu tes destin» et Sais-tu (on histoire ? Depuis un demi-siècle as-tu compté les pas?

Est-ce assez de grandeur , de misère et de gloire , Et, sinon par pitié pour ta propre mémoire, Par fatigue du moins rarrétcras-tu pas?

Ne te souviont-il plus de ces temps dVpouvante Où de quatre-vingt-neuf résonna le tocsin? . ' * . N'était-ce pas hier, et la source sanglante -

Où Paris baptisa sa liberté naissante , La sens-tu pas encor qui coule de ton sein ?

A-t-il rassasié ta fierté vagabonde ? ^

A-t-il pour les combats assouvi ton penchant , Cet homme audacieui qui traversa le monde, Pareil au laboureur qui traverse son champ, ^ Armé du soc de fer qui déchire et fécande?

S'il te fallait alors des spectacles çiierriers. Est-ce assez d'avoir vu l'Europe dévifttcc , "Jf^

De Memphis à Moscou, la terre disputée , Et l^étranger deux fois assis à nos foyers , Secouant de se» pted^la neige ensanglantée?

S'il te faut aujourd'hui xles éléments nouveaux , En est-ce assez pour toi d'avoir mis ea lambeaux Tout ce qui porte un nom , gloire , philosophie , Religion, amour, liberté, tyrannie, D'avoir fouillé partout, jusque dans les tombeaux?

En est-ce assez pour toi des vaines théories , Sophismes monstrueux dont on nous a bercés, Spectres républicains sortis dos temps passés , Abus de tous les droits, honteuses rêveries - D'assassins en délire ou d'enfants insensés?

En est-ce assez pour toi d'avoir, en cinquante ans , Vu tomber Robespierre et passer Bonaparte, Charles dix pour l'exil partir en cheveux blancs: D'avoir imité Londre, Athènes , Rome et Sparte? Et d*étre enfin Français n'est-il pas bientôt temps?

Si ce n'est pas assez , prends ton glaive et ta lance. Réveille tes soldats, dresse tes échafauds; En guerre ! et que demain le siècle recommence , AQn qu'un jour du moins le meurtre et la licence , Repus de notre sang ,»uous laissent le repos !

Mais si Dieu n'a pas fait la souffrance inutile , Si des maux dlci-bas quelque bien peut venir; Si l'orage apaisé rend le ciel plus tranquille; S'il est vrai qu'en tombant sur un terrain fertile , Les larmes du passé fécootlent l'avenir;

Sache donc profiter de ton expérience,

Toi qu'une] eune reine ,'eu ses touchants adieux ,

Appelait autivfois plaisant paysd^ France!

Coonaistoi donc toi-même, ose donc être heureux , Ose donc franchement bénir la Providence !

Laisse dire à qui veut que ton grand cœur s^abat , Que la paix f affaiblit, que tes forces s^épuisent.: Ceux qui le croient le moins sont ceux qui te le disent. Ils te savent debout, ferme, et prêt au combat, Et ne pouvant briser ta force , ils la divisant.

Laisse-les s^ajgfifer, ces g[ens à passion,

De nos vieux harangueurs modernes parodies;

I^aisse-les étaler leuts froides comédies,

Et , les deux bras croisés , te prêcher l'action ;

Leur seule vérité j c'est leur ambition.

Que t'importent des mots, des phrases ajustées? AMu vendu ton blé, ton bétail et ton vin?

Es-tu libre? Les lois sont-elles recelées?

Crains-tu de voir ton champ pillé par le voisin ? Le maître a-tpil son toit , et l'ouvrier son pain ?

Si nous avons cela , le reste est peu de chose, lien faut plus pourtant; à'travers nos remparts, De Fuiiivers jaloux pénètrent les regards.

Paris remplit le monde, et lorsqu'il se repose , Pour que sa gloire veille, il a besoin des arts. •

Où les vit-on fleurir mieux qu*au siècle où nous sommes ? Quand vit-on au travail plus de mains s^exercer? ' Quand fûmes-nous jamais plus libres de penser? On veut nier en vain les choses et les hommes; Nous aurons à nos fils une page à laisser.

Le bruit de nds canons retentit aujourd'hui ; Que l'Europe l'écoute » elle doit le connaître I

France, «lu milieu de noas un enfant vient de naître, El si ma faible voix se fait entendre ici , C'est devant son berceau que je te parle ainsi.

Son courageux aïeul est ce roi popjilaire

Qu'on voit depuis huitans^ sans crainte et sans colère,

En pilote hardi nchis montrer le chemin.

Son père est prés dutrône, une cpée à la main ;

Tous les infortunés savent quelle est,, sa mère.

Ce n'est qu'un Ois de plus que le ciel t'a donné , France : ouvre-lui tes bras sans peur, sans flatterie; Soulève doucement (a mamelle meurtrie.

Et verse en souriant, vieille mère-patrie.

Une goutte de kii à Tenfant nouveau-né.

39 août isss.

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