‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 24 sur 110 · VENISE · texte numérisé non relu

VENISE

Dans Yenise la rou^e , Pas un bateau qui bouge , pas un pêcheur dans l'eau Pas un falot.

Seul, assis à la GrèTe, Le grand lion soulève , Sur rfaorizon serein , Son pied d'airain.

Autour de lui , par groupes , Navires et eha loupes y Pareils à dçs hérons Couchés en ronds ,

Dorment sur Teau qui fume , Et croisent dans la brume , En légers tourbillons , Leurs pavillons.

La lune qui s'efface Couvre son front , qui passe , D'un nuage étoile Demi-voilé.

Ainsi la dame abbesse De Sainté-Croi\ rabaisse

Sa cape aux larges ptis - Sur son surplis. '

Et les palak antiques , Et les graves portiques , Et les bla ncs escaliers *

Des chevaliers ,

Et les ponls, et les rues , Et les mornes statues , Et le golfe mouvant Qui tremble au vent,

Tout se tait , fors les gardes Aui longues hallebardes , Qui veillent aux créneaux

Des arsenaux.

• — Ah ! maintenant plus' d'une Attend , au clair de Lune', Quelque jeune muf^t ,

L'oreille au guet.

Pour le bal qu'on prépare , ' Plus d'ime qui se pare , Met devant son miroir Le masque noir.

Sur sa couche embaumée, La Vanina pâmée Presse encor son amant, En s'endormant;

. Et Narcissa,'la folle , Au fond de sa gondole^ S'oublie en un festin Jusqu'au matin.

fOO

Et qui, dans ritalie, N'a son graîn de folie?

Qui né garde aui amours Ses .plus beaui jours?

Laissons la vieille horloge , Au palais du vieux doge, Lui compter de ses nuits

Les longs ennws.

Comptons plutôt, ma belle, Sur ta bouche rebelle Tant de baisers donnés...

' Ou pardonnes.

Comptons plutôt tes charmes, Comptons les douces larmes Qu'à nos yeu\ a coûté La volupté !

STANCFS.

Que j'aime à voir dans la vallée

Désolée Se lever comme an mausolée Les quatre ailes d'uu noir moutier!

Qi\p j^aime à voir , près de Faustère »

Monastère , Au seuil du baron feudataire^ La croix blanche et le bénitier*

Vous, des antiques Pyrénées

Les aînées, Yieilles églises décharnées.

Maigres et tristes monuments, Vous que le temps n'a pu dissoudre,

Ni la foudre, De quelques grands monts mis en poudre N'êtes-vous pas les ossements?

J'aime ^os tours à tête grise.

Où se brise L'éclair qui passe avec la brise.

J'aime vos profonds escaliers Qui, tournoyant dans les entrailles

Des murailles, A l'hymne éclatant des ouailles Font répondre tous les piliers !

Oh! lorsque l'ouragan, ^qui gagne La campagne ,

Prend par tes cheveux la montagne Que le temps d^automne jaunit , Que j'aime , dans le bois qui crie

Et se plie, Les vieux clochers de Tabbaye , Gomme deux arbres de granit !

Que j'aime à voir , dans les vesprée& Empourprées,

Jaillir en reines diaprées . Les rosaces d'or des couvents f

Oh I que j'aime , aux voûtes gothique»

w Des portiques ,

Les vieux saints de pierre athlétiques

Priant tout bas pour les vivants!

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