FRAGMENT
t>ivous , race des dieux , pjbalan^^ incorruptible,
Électeurs bKvetés des morts et des vivants;
Porte-clefs éternels du mont inaccessible ,
Guindés , guédés , bridés , confortables pédants I
Pharmaciens du bon goût , distillateurs sublimes ,
Seuls -vraiment immortels, et seuls autorisés;
Qui , ji'nn bras dédaigneux, sur vçs seins magnanimes j
Secouant le tabac de vos jabots tisés ,
Avez toussé , — soufflé , — passé sur vos lunettes *
Un parement brossé pour'les rendre plus nettes ,
Et , d^une main soigneuse ouvrant Tin-octaTO ,
Saas^artialilé , sans malveillance aucune ,
Sans vouloir faire cas ni des ha ! ni des ho !
Avez lu posément *- la ballade à la lune ! ! !
Maîtres , inaitres ditins , on trouve^ai-je , hélas ! Un fleuve où' me noyer, une corde où me pendre, Pour. avoir oublié de faire écrire au bas :
Le public est prié de ne pas se méprendre...
ChoBe si peu coûteuse et sV simple à présent, Et qu'à tous les piliers on voit à chq^uue instant ! - Ahl povero^ Qhimé ! — Qu'a pensé le beau sexe? On dit, maîtres , on dit qu'alors votre sourcil. En voyant cette lune, et ce point sur cet i , Prit Tefùroyable aspect d'un accent circonflexe!
Et TOUS, libres penseurs , dont le sombre dîner Est un conseil d'Ëtat , — immortels journalistes! Vous qui voyez encor sur vos antiques listes Errer de loin en loin le nom d^uu abonné !
Savez-vous le Pater ^ et les péchés des autres Ont-ils grâce à vos yeux , quand vous comptez les vôtres? — vieux sir John FalslafT! quel rire eût soulevé Ton large et joyeux corps , gonflé de vin d'Espagne , En voyant ces buveurs , troublés par le Champagne, Pour tuer une mouche apporter un pavé!
Salut , jçttnes champions d^une cause un peu vieille ^ Classiques bien rasés, a la face vermeille, Romantiques barbus , aux visages blêmis 1 Vous qui des Grecs défunts balayez le rivage , Ou d'un poignard sanglant fouillez le moyen âge, ' Salut! — J^ai combattu dans vos camps ennemis. Par oêfif coups meurtriers devenu respectable , Vétéran , je m'assois sur mon tambour crevé.
Racine, rencontrant Shakspeare sur ma table.
S'endort près de Boileau qui leur a pardonné. -
Mais toi , moral troupeau , dont la docte cervelle S'est séchée en silence aux levons de Thénard , Enfants régénérés d^une mère immortelle.
Qui savez parler vers , prose, et naifdans Vàrt, jeunesse du siècle ! intrépide jeunesse l Quitteras- tu pour moi le Globe et les Débats? Lisez un paresseux^ enfants de la paresse... . ,
Muse , reprends ta lyre , et roqvre-moi tes bras.
France , 6 mon beau p^ys! j^ai de plus d^un outrage' Offensé ton. céleste , harmonieux langage , Idioifie de l'amour, si doux qu'à le parler Tes femmes sur la lèvre en gardent un sourire ; Le miel le plus doré qui sur la triste lyre
De la bouche et du cœur ait pu jamais couler! Mère de mes aïeux , ma nourrice et ma mère , Me pardonneras-tu? Serai-je digue encor De faire sous mes doigts vibrer la harpe d'or? Ce ne sont phis les fils d'une terre étrangère Que je veux célébrer, 6 ma belle cilé !
Je ne sortira» pas de ce bord enchanté Où y près de ton palais , sur ton fleuve penchée , . Fille de Toccideut , uii soir tu t'es couchée. ..
Lecteur, puisqu'il faut bien qu^à ce mot redouté
Tôt ou tard , à présent, tout honnête homme en vienne,
C'est , après le diuer, une faiblesse humaine
Que de dormir pne heure en attendant le thé.
Vous le savez , hélas l alors que les gazettes
Ressemblent aus greniers dans les temps de disettes,
Ou lorsque , par malheur, on a , sans y penser,
Ouvert quelque pamphlet fatal à l'insomnie,
Quelques mémoires sur ♦**— Essai de poésie.,.
— livres précieux ! serait-ce vous blesser
Que de poser son front sur vos célestes pages,
Tandis que'du calice embaumé de l'opium ,
Comme une goutte d'eau qu'apportent les orages, ^
Tombe ce fruit des cîeux appelé Somnium?
Depuis un grand quart d'heure, incliné sur sa chaise,
Rafaël { mon héros) sommeillait doucement.
Remarquez bien , lecteur, et ne vous en déplaise,
Que c'est tout l'opposé d'un héros de roman.
Ses deux bras sont croisés ; — une ample redingote ,
Simplicité touchante , enferme sous ses plis
Son corps plus délicat qu'un menton de dévote.
Et ses membres vermeils par le bain assouplis.
Dans ses cheveux , huilés d'un baptême à la rose ,.
Le zéphyr mollement balance ses pieds nus,
Et son barbet grognon, qui près de lui replie , -^
Support^ fièrement ses deux pieds étendus ; '
Tandis qu^à ses côtés , soas le vase d^Oilbâtrè
Où dort daas les j^açons le bourçogpe mousseux ,
Le pudding entamé, de sa flamme bleufttM,
Salamandrç joyeuse , égaie encore les y#ux.
Son parfum , qui sè'mêle au tabac de Turquie ,
Croise autour des lambris son brouillard azuré ,
Qui s'enfuit comme un songe , et s'éteint par degré.
Trois cigares, le soir, quand le jeu tous ennuie ,
Sipnt un moyen diyin pour mettre à mort le temps.
Notre âme (si Dieu veut que nous ayons une ftme)
N'est^ias assurément uno^f^tus douce flamme,
Un feu plus vif, formé de rayons plus ardents ,
Que c9 sylphe léger qfli plonge et se balance
Dans le bol où le punch rit sur son trépied d'or.
Le grog est fashionable , et le vieux vin de France
Réveille au fond du cœur la gaité qui s'endort.
-r- Mais quel homme, fùt-il né dans la Sibérie
Des baisers engourdis de deux êtres glacés ;
Eût-oii sou^ un silice étouffé de sa vie ^
lia sève languissante et les germes usés;
Se fût-il dans la cendre abreuvé dès l'enfance
De vétégaux sans suc et d'herbes sans chaleur;
Quel homme, au triple aspect du puhch,du vin de France,
Et du ci^arero , ne sentirait son cœur.
Plein d'une joie ardente et d'une molle ivresse,
S'ouviir au paradis des rêves de jeunesse?...
Reine ^ reine des cieux , ô mère des amours , Noble , pâte beauté , douce Aristocratie 1 Fille de la richesse... ô loi , toi qu'on oublie, ' Que notre pauvre France aimait dans ses vieux joues! Toi que jadis , du haut de son paralounerre , Le roturier Franklin foudroya sur la terre Où le colon grillé gouverne en liberté Ses noirs, et sou tabac par les lois prohibé ;
Ue POÉSIES DIVERSES. . . ./
Toi qui tréat Farit^ tuas Athène et Sparte , Et , sous le daift^anglaDt de rioipérial pavois , GoQinie autrefois César, endormis Bonaparte , Âui Tnurnaiure9>'loinlaia8 drt peuples et des rois! — Toi qui , dans ton printemps, de roses couronnée , Et , coniine Iphigénie k l'autel^utfafnée , Jeune, tombas frappée au cœur d'un coup inprteL.. *- As-tu quitté la ter^e et rega^^né le cïel ? N«u8 te retrouverons , perle de CléopAre , Dans la source féconde , à la teinte rougeâtre , Qui dans ses flots profonds un jour te consuma...
« Hé I faé ! dit une voix , parbleu ! mais le voilà/ »
« Messieurs, dit Rafaël , entrei, j'ai fait un somme. »
Pâle éloiU du »bir , miissagère loinlaine , Dont le fron^sort brillant des voiles du couchaul , au sein teflrmMnent,
lu dans la plaine?
, el les venls s«nt cslméa. * pleure sur la bruyère ; is sa course légère, rés embaumés.
ir la terre endormie? -.
nls je te Vois l'abaisser; ■ mélancolique amie,
î Brt'cst pi4»de s'etTacer.
iirla verte colline , L^u manteau de la nuit, |in le pâtre qui chemine , «on long troupeau le siiit; i dans celte nuit immense?
Cherches-tu sur la rive un lit dans les roseaux? ' Où t'ep vas-tn si bel|fi , à rheuro du silence , lomber'lomme une perle au sein profond des eaui ' ÀR! si lu dois mourir, 1^ astr*, el si U tétc Ifa rfanjlavaste mer plonger ses blonds cbev.eui, ut de nous qui^, un Kul instant arrête: - I^J'amour , tte descends pas dei cieux I ^
TOÊsiEs mvERsi:s
J'ai dil à nioiicwur,li môli faible vttur ; N'6sl-ce point aaaez d'aimor sa maUrewcf Et ne vois-tu pas qui , C'est pei'dre«D désin
Il m'a répondu ; Ce i tfe-n'çsl point asses ij Et ne vato-tu pasqne Nout rend doux et el^
J'aiditi mobcivur,
. N'est-ce point assez i
Et ne ïois-tu'pas que
Cesl k <ikaqu« pas Ir
ILm'a répondu : Ce n'est point asseï, " Ce n'est point assez de lant an trislelé^ ,. Et ne Tois-tu pas que changer sans cesse Naus rend doai et cters les cliagrins passés?