‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 34 sur 110 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

t>ivous , race des dieux , pjbalan^^ incorruptible,

Électeurs bKvetés des morts et des vivants;

Porte-clefs éternels du mont inaccessible ,

Guindés , guédés , bridés , confortables pédants I

Pharmaciens du bon goût , distillateurs sublimes ,

Seuls -vraiment immortels, et seuls autorisés;

Qui , ji'nn bras dédaigneux, sur vçs seins magnanimes j

Secouant le tabac de vos jabots tisés ,

Avez toussé , — soufflé , — passé sur vos lunettes *

Un parement brossé pour'les rendre plus nettes ,

Et , d^une main soigneuse ouvrant Tin-octaTO ,

Saas^artialilé , sans malveillance aucune ,

Sans vouloir faire cas ni des ha ! ni des ho !

Avez lu posément *- la ballade à la lune ! ! !

Maîtres , inaitres ditins , on trouve^ai-je , hélas ! Un fleuve où' me noyer, une corde où me pendre, Pour. avoir oublié de faire écrire au bas :

Le public est prié de ne pas se méprendre...

ChoBe si peu coûteuse et sV simple à présent, Et qu'à tous les piliers on voit à chq^uue instant ! - Ahl povero^ Qhimé ! — Qu'a pensé le beau sexe? On dit, maîtres , on dit qu'alors votre sourcil. En voyant cette lune, et ce point sur cet i , Prit Tefùroyable aspect d'un accent circonflexe!

Et TOUS, libres penseurs , dont le sombre dîner Est un conseil d'Ëtat , — immortels journalistes! Vous qui voyez encor sur vos antiques listes Errer de loin en loin le nom d^uu abonné !

Savez-vous le Pater ^ et les péchés des autres Ont-ils grâce à vos yeux , quand vous comptez les vôtres? — vieux sir John FalslafT! quel rire eût soulevé Ton large et joyeux corps , gonflé de vin d'Espagne , En voyant ces buveurs , troublés par le Champagne, Pour tuer une mouche apporter un pavé!

Salut , jçttnes champions d^une cause un peu vieille ^ Classiques bien rasés, a la face vermeille, Romantiques barbus , aux visages blêmis 1 Vous qui des Grecs défunts balayez le rivage , Ou d'un poignard sanglant fouillez le moyen âge, ' Salut! — J^ai combattu dans vos camps ennemis. Par oêfif coups meurtriers devenu respectable , Vétéran , je m'assois sur mon tambour crevé.

Racine, rencontrant Shakspeare sur ma table.

S'endort près de Boileau qui leur a pardonné. -

Mais toi , moral troupeau , dont la docte cervelle S'est séchée en silence aux levons de Thénard , Enfants régénérés d^une mère immortelle.

Qui savez parler vers , prose, et naifdans Vàrt, jeunesse du siècle ! intrépide jeunesse l Quitteras- tu pour moi le Globe et les Débats? Lisez un paresseux^ enfants de la paresse... . ,

Muse , reprends ta lyre , et roqvre-moi tes bras.

France , 6 mon beau p^ys! j^ai de plus d^un outrage' Offensé ton. céleste , harmonieux langage , Idioifie de l'amour, si doux qu'à le parler Tes femmes sur la lèvre en gardent un sourire ; Le miel le plus doré qui sur la triste lyre

De la bouche et du cœur ait pu jamais couler! Mère de mes aïeux , ma nourrice et ma mère , Me pardonneras-tu? Serai-je digue encor De faire sous mes doigts vibrer la harpe d'or? Ce ne sont phis les fils d'une terre étrangère Que je veux célébrer, 6 ma belle cilé !

Je ne sortira» pas de ce bord enchanté Où y près de ton palais , sur ton fleuve penchée , . Fille de Toccideut , uii soir tu t'es couchée. ..

Lecteur, puisqu'il faut bien qu^à ce mot redouté

Tôt ou tard , à présent, tout honnête homme en vienne,

C'est , après le diuer, une faiblesse humaine

Que de dormir pne heure en attendant le thé.

Vous le savez , hélas l alors que les gazettes

Ressemblent aus greniers dans les temps de disettes,

Ou lorsque , par malheur, on a , sans y penser,

Ouvert quelque pamphlet fatal à l'insomnie,

Quelques mémoires sur ♦**— Essai de poésie.,.

— livres précieux ! serait-ce vous blesser

Que de poser son front sur vos célestes pages,

Tandis que'du calice embaumé de l'opium ,

Comme une goutte d'eau qu'apportent les orages, ^

Tombe ce fruit des cîeux appelé Somnium?

Depuis un grand quart d'heure, incliné sur sa chaise,

Rafaël { mon héros) sommeillait doucement.

Remarquez bien , lecteur, et ne vous en déplaise,

Que c'est tout l'opposé d'un héros de roman.

Ses deux bras sont croisés ; — une ample redingote ,

Simplicité touchante , enferme sous ses plis

Son corps plus délicat qu'un menton de dévote.

Et ses membres vermeils par le bain assouplis.

Dans ses cheveux , huilés d'un baptême à la rose ,.

Le zéphyr mollement balance ses pieds nus,

Et son barbet grognon, qui près de lui replie , -^

Support^ fièrement ses deux pieds étendus ; '

Tandis qu^à ses côtés , soas le vase d^Oilbâtrè

Où dort daas les j^açons le bourçogpe mousseux ,

Le pudding entamé, de sa flamme bleufttM,

Salamandrç joyeuse , égaie encore les y#ux.

Son parfum , qui sè'mêle au tabac de Turquie ,

Croise autour des lambris son brouillard azuré ,

Qui s'enfuit comme un songe , et s'éteint par degré.

Trois cigares, le soir, quand le jeu tous ennuie ,

Sipnt un moyen diyin pour mettre à mort le temps.

Notre âme (si Dieu veut que nous ayons une ftme)

N'est^ias assurément uno^f^tus douce flamme,

Un feu plus vif, formé de rayons plus ardents ,

Que c9 sylphe léger qfli plonge et se balance

Dans le bol où le punch rit sur son trépied d'or.

Le grog est fashionable , et le vieux vin de France

Réveille au fond du cœur la gaité qui s'endort.

-r- Mais quel homme, fùt-il né dans la Sibérie

Des baisers engourdis de deux êtres glacés ;

Eût-oii sou^ un silice étouffé de sa vie ^

lia sève languissante et les germes usés;

Se fût-il dans la cendre abreuvé dès l'enfance

De vétégaux sans suc et d'herbes sans chaleur;

Quel homme, au triple aspect du puhch,du vin de France,

Et du ci^arero , ne sentirait son cœur.

Plein d'une joie ardente et d'une molle ivresse,

S'ouviir au paradis des rêves de jeunesse?...

Reine ^ reine des cieux , ô mère des amours , Noble , pâte beauté , douce Aristocratie 1 Fille de la richesse... ô loi , toi qu'on oublie, ' Que notre pauvre France aimait dans ses vieux joues! Toi que jadis , du haut de son paralounerre , Le roturier Franklin foudroya sur la terre Où le colon grillé gouverne en liberté Ses noirs, et sou tabac par les lois prohibé ;

Ue POÉSIES DIVERSES. . . ./

Toi qui tréat Farit^ tuas Athène et Sparte , Et , sous le daift^anglaDt de rioipérial pavois , GoQinie autrefois César, endormis Bonaparte , Âui Tnurnaiure9>'loinlaia8 drt peuples et des rois! — Toi qui , dans ton printemps, de roses couronnée , Et , coniine Iphigénie k l'autel^utfafnée , Jeune, tombas frappée au cœur d'un coup inprteL.. *- As-tu quitté la ter^e et rega^^né le cïel ? N«u8 te retrouverons , perle de CléopAre , Dans la source féconde , à la teinte rougeâtre , Qui dans ses flots profonds un jour te consuma...

« Hé I faé ! dit une voix , parbleu ! mais le voilà/ »

« Messieurs, dit Rafaël , entrei, j'ai fait un somme. »

Pâle éloiU du »bir , miissagère loinlaine , Dont le fron^sort brillant des voiles du couchaul , au sein teflrmMnent,

lu dans la plaine?

, el les venls s«nt cslméa. * pleure sur la bruyère ; is sa course légère, rés embaumés.

ir la terre endormie? -.

nls je te Vois l'abaisser; ■ mélancolique amie,

î Brt'cst pi4»de s'etTacer.

iirla verte colline , L^u manteau de la nuit, |in le pâtre qui chemine , «on long troupeau le siiit; i dans celte nuit immense?

Cherches-tu sur la rive un lit dans les roseaux? ' Où t'ep vas-tn si bel|fi , à rheuro du silence , lomber'lomme une perle au sein profond des eaui ' ÀR! si lu dois mourir, 1^ astr*, el si U tétc Ifa rfanjlavaste mer plonger ses blonds cbev.eui, ut de nous qui^, un Kul instant arrête: - I^J'amour , tte descends pas dei cieux I ^

TOÊsiEs mvERsi:s

J'ai dil à nioiicwur,li môli faible vttur ; N'6sl-ce point aaaez d'aimor sa maUrewcf Et ne vois-tu pas qui , C'est pei'dre«D désin

Il m'a répondu ; Ce i tfe-n'çsl point asses ij Et ne vato-tu pasqne Nout rend doux et el^

J'aiditi mobcivur,

. N'est-ce point assez i

Et ne ïois-tu'pas que

Cesl k <ikaqu« pas Ir

ILm'a répondu : Ce n'est point asseï, " Ce n'est point assez de lant an trislelé^ ,. Et ne Tois-tu pas que changer sans cesse Naus rend doai et cters les cliagrins passés?

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