‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 33 sur 110 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

Ni ce moine rêveur, ni ce vietA charlatan^

N'ont deviné pourquoi Mariette est mourante.

Elle est frappée au cœur, la belle indifférente *,

Voilà son mal , — elle aime. — Il est cruel pourtant

De voir, entre les mains d^un cafard et d'un âne ,

Mourir c^te superbe et jeune courtisane.

Mais chacun a son jour , et le sien est venu ;

Pour moi , je ne crois guère & ce mal inconnu.

Tenez — la voyez-vous , seule, au pied de ces arbres,

Chercher Pombre profonde et la fraîcheur des marbres ,

Et plonger dans le bain ses membres en sueur?

Je gagerais mes os quelle est frappée au cœur.

Regardez : — c'est ici , sous ces longues charmilles ,

Qu'hier encor, dans ses bras, loin des rayons du jour,

Ont pâli les enfants des plus nobles familles.

{â s'exerçait dans Pombre un redoutable amour ;

Là , cette Mcssaline ouvrait ses bras rapaces

Pour changer en vieillards ses frêles favoris ,

Et, répandant la mort sous des baisers vivaces ,

Buvait avec fureur ses éléments chéris ,

L'or et le sang. —

Hélas ! c'en est fait, Mariette ; Maintenant te voilà solitaire et muette.

Tu te mires dans l'eau ; sur ce corps si vanté Tes yeu& cherchent en vain ta fatale beauté.

Va courir maintenant sur les places publiques. Tire par leurs manteaux tes amants magnifiques ;

Ceux qui, Thiver dcroier , t'ont bâti ton palais, T'enverront demander ton nom par leurs valets. Le médecin s'éloigne en haussant les épaules ; Il soupire, et se dit que Tart est impuissant. Quant au mbiae slupide , il ne sait que dei^ rôles, L'un pour le criminel, Tautre pour l'innoceiit; Et , voyant une femme en silence s'éteindre.

Ne sachant s'il devait ou condamner ou plaindre , D'une bouche tremblante il les a dits tous dcu\. Maria î Maria ! superbe créature , Tu seras ce chasseur imprudent que les dieux Aux chiens qu'il nourrissait jetèrent eu pâture.

Sous le tranquille abri dos citronniers eu dejurs , . L'infortunée endort le poison qui la mine ; Et, comme Madeleine , on voit sur sa poitrine Ruisseler les cheveux ensemble avec les pleurs.

Ëtaitrce un connaisseur en matière de femme ,

Cet écrivain qui dit que , lorsqu'elle sourit ,

Elle vous trompe, elle a pleuré toute la nuit?

Ahl s'il est vrai qu'un œil plein de joie et de tianune,

Une bouche riante , et de légers propos ,

Cachent des pleurs amers et dos nuits de sanglots;

S'il est vrai q«ie Tacteur ait l'âme déchirée

Quand le pnasque est fardé de joyeuses couleurs ,

Qu'est-ce donc quand la joue est ardente cl plombée,

Quand le masque lui-même est inondé de pleui's ?

Je ne sais si jamais Téternelle justice

A dy^ plaisir des dieux fait un plaisir permis ;

Mais, s'il m'était donné dédire à quel supplice

Je voudrais condamner nutn-plus fier ennemi ,

C'est toi, pâle souci d'une amour dédaignée ,

Désespoir misérable et qui meurs ignoré ,

Oui , c'est toi , ce serait ta lame empoisonnée

Que je voudrais briser dans un cœur abhorré !

POÉSIES DlVEnSKS. 14 î

Savoz-\OHS ce que c'est que ce mal solitaire? Ce quMl faut en souffrir seulement pour s'en taire? Pour que toute une mer d^nngoisses et de maux Demeure au fond du crAne entre deux faibles os?...

Et comment voudrait-il, Finsensé qu'on le plaigne? Sois méprisé d^un seul, c'est à qui Toublira. D^ailleurs Tinexorâble orgueil n'est-U pas là ? L'orgueil, qui cfiiint les yeux, et, sur son flanc qui siigne, Jlelienl, cgmme César, jusque sous le couteau , De ses débiles mains les plis de son manteau.

Sur les flots engourdis de ces mers indoîenles,

I^ nonchalant Octave, insolemment paré,

Ferme et soulève , au bruit des valses turbulentes ,

Se& yeux, ses beaux yeux bleus, qui n'ont jamais pleuré.

C'est un chétif enfant; — il commence à paraître.

Personne jusqu'ici ne l'avait aperçu.

On raconte qu'un jour , au pied de sa fenêtre,

La belle Mariette en gondole Ta vu.

Une vieille ce soir l'arrête à son passage :

« Hélas! a-t-éllc dit d'une tremblante voix,

» Elle voudrait vous voir une dernière fois; «

Mais Octave, à ces mots, découvrant son visage,

À laissé vi^ir un front où la joie éclatait :

« Mariette se meurt! est-on sûr qu^elle meure? »

Dit-il. — u Le médecia lui donne encore un heure. »

« — Alors, réplique-t-il, porte-lui ce billet. »♦

H écrivit ces mots du bout de son stylet : .

« Je sfiis fentnte , Maria ; tu m'avais offensée.

» Je puis te pardonner, puisque tu meurs par moi.

» Tu m'as vengée! adieu. — Je suis la flaaciée

»» De Petruechio Balbi, qui s'est noyé* pour toi. »

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Na. poÉSîKs i)ivi:usKs.

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