‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 39 sur 110 · POEME DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

POEME DRAMATIQUE

Entre la coupe eat les lèvres il reste encore de la place pour un malbeor.

ANClSlf rnovKABB.

Aimer , boire et chasser , voilà la vie humaine Chez les flis au Tyrd — peuple héroïque et fier ! Montagnard comme i'aigte , et libre comme Tair 1 Beau ciel , où le soleil a dédaigné la plaine , Ce paisible océan dont les monts sont les flots I Beau ciel tout sympathique et tout peuplé d'échos ! Là , siffle autour des puits Fécumeur des montagnes , Qui jette au vent son cœur ^ sa flèche et sa chanson. Venise vient au Ibin dorer son horizon; La robuste Helvétie abrite ses campagnes.

Ainsi les Tents du sud Vapportent la beauté , Mon Tyrol , et les vents du nord la liberté.

Sahit, terre de glace, amante des nuages; Terre d^bommes errants et de daims en voyages , Terre sans oliviers , sans vigne et sans moissons. . Ils snoent un sein dur , mère , tes nourrissons; Mais ils Taiment ainsi — sous la neige bleuâtre De leurs lacs vaporeux , sous ce pâle soleil QuÎTespecte les bras de leurs femmes d*albâtrc, SoQS la ronce dos champs qui mord leur pied vermeil. Noble terre, salut 1 Terre simple et naïve ,

Tu a'aimes pas les arts y toi qui n*es pas oisive.

DVfTéminés rêveurs tu n'es pas le séjour ;

Oit ne fait sous ton ciel que la guerre et Tanioui*.

On ne se vieillit pas dans tes longues veillées.

Si parfois tes enfants , dans l'écho des vallées ,

Mêlent un doux refrain aux soupirs des roseaux ,

C'est qu'ils sont nés chanteurs , comme de gais oiseaux.

Tu n'as rien, toi , Tyrol, ni temples, ni richesse,

Ni poètes , ni dieux , — tu n'as rien , chasseresse!

Mais Tamour de ton cœur s'appelle d'un beau nom :

La liberté! — Qu'importe au, fils de la montagne

Pour quel despote obscur envoyé d'Allemagne

L'homme de la prairie écorche le sillon?

Ce n'est pas son métier de traîner la charrue ;

Il couche sur la neige, il soupe quand il tue ;

11 vit dans l'air du ciel , qui n'appartient qu'à Dieu.

— L'air du ciel ! l'air de tous l vierge comme le feu ! Oui , la liberté meurt sur le fumier des villes. Oui, vous qui la plantez sur vos guerres civiles, Vous la semez en vain , même sur vos tombeaux :

Il ne croit pas si ha» , cet arbre aux verts rameaux. Il meurt dans l'air humain , plein de râles immondes. Il respire celui que respirent les mondes.

Montez, voilà lléchelle, et Dieu qui tend les bras; Montez à lui , rêveurs , il ne descendra pas I Prenez-môi la sandale, et la pique ferrée :

Elle est là sur lès monts, la liberté sacrée. C'est là qu'à chaque pas l'homme la voit venir. Ou, s'il l'a dans le cœur , qu'il l'y' sent tressaillir. Tyrol , nul barde encor n'a chanté tes contrées. Il faut des citronniers à nos muses dorée», ' Et tu n'es pas banal , toi dont la pauvreté Tend une maigre main à l'hospitalité.

— Pauvre hôtesse , ouvre-moi ! — tu vaux bien l'Italie , Messaline en haillons, sous les baisers pâlie,

Que ton père à son fils paie à sa puberté.

Moi , je te trouve vierge , et c'est une beauté ;

Cest la mienae — il nie faut , pour que ma soif s^étaoche,

Que le flot soit sans taclTe , et clair comme un miroir.

Ce sont les chiens errants qui vont à Tabreuvoir.

Je t'aime. — %Ils ne t'ont pas levé ta robe blanche;

Tu n'as pas comme Naple un tas de visiteurs^

Et des ciceroni pour tes entremetteurs.

La neige tombe en p^ii sur tes épaules nues. —

Je t'aime, sois à moi. Quand la virginité

Di^araîtca du ciel , j'aimerai des statues^

Le marbre me va mieux que l'impure Phrjné • «

Chez qui les affamés vont chercher leur pâture ,

Qui fait passer la rue au travers de son lit ,

Et qui n^a pas le temps de nouer sa ceinture *

Entre l'amant du jour et celui de la nuit.

^MMCI

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