‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 42 sur 110 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

I Ua elkemin ef«ux dafls •■« fforAt . — Le polat ém JMir .^

FRANK, assis sur Vherbe.

— Et quand tout sera dit — quand b triste demeure De ce malheureux Frank , de ce vil mendiant , Sera tombée en poudre et dispersée au vcttt, Lui , que detlendra-t-il ? -^ Il sera temps qu'il meure ? Et ç'il est jeune encor , s!il ne veut pas mourir? Ah! massacre et walheur ! que vais-je àev^ff^f

, (A s'endort, )

UNE vopc , dans un son^i^

11 est deux routes dans la vie :

-' L'une solitaire et fleurie.

Qui descend sa pente chérie

San« se plaindre et sans soupirer.

/ Le passant la remarque k peine ,

Comme le ruisseau de la pjaine ,

Que le sable de la fontaine

Ne fait pas même murmurer. ^

UJN SPECTAOLE DANS UN FAUTEUIL. ^173

L^autre , comme un torrent sans digue , Dans une éternelle fali^ue , Sous les pieds de l'enfant prodigue Roule la pierre dMxion.

L'une tst bornée , et l'autre immense ; L'une meurt où l'autre commence; La première est la patience, La seconde est l'ambition*

FRANK , rêvant.

Esprits] si vous venez m'annonoer ma ruin^,

Pourquoi le Dieu qui me créa Fit-il , en m'animant, tomber danft ma poitrine L'étincelle divine Qui me consumera?

Pourquoi suis-je le feu qu'un salamandre babite^ Pourquoi sens* je mon ccefUr se plaindre et s'étonner, ,• Ne pouvant contenir ce rayon qui s'agite, Et qui , venu du ciel, y voddrait retourner?

LA VOIX

Ceux dont l'ambition a dévoré la vie , Et qui sur cette terre ont cherché la grandeur, Ceux-là , dans leur orgueil , se sont fait un honneur De mépriser l'amour et sa douce folie.

Ceux qui , loin des regards , sans plainte et sauf désirs , Sont morts silencieux sur le cœur d'une femme, jeune montagnard , ceux-là, diu fond de l'âme, Ont méprisé la gloire et ses tristes plaisirs.

FRANK

Vous parlez de grandeur, et vous parlez de gloire. Aurai-je des trçsors? l'homme dans sa mémoire

Gaixlera-t-il mon souvenir?

Hépondex , répondez , avant que je m'év«ille.

i)éroulez-moi ce qu» sommeille

Dans l'océan de l'avenir!

r LA VQIX.

Voici rheur« où , le cœur libre d^inquiélude , Tu te levais jadis pour reprendre Tétude , Tes pensers de la veille et les travaux du jour. Seul , poursuivant tout bas tes chimère d'amour, ■ Tu gagnais lentenhent la maison soUtaire Où ta Détdamia veillait près de sa mère.

Frank , tu venais ^asseoir au paisible foyer, Raconter tes chagrins , sinon les oublier.

Tous deux sans espérance et dans la solitude , Enfants , vous vous aimiez ^ bientôt T habitude Tous les jours , malgré toi , f enseigna ce chemin ; Car rhabîtude est tout au pauvre cœur humain.

FRANK

Esprits , il est trop tard , j'ai brûlé ma chaumière l

LA VOIX

Repens-toi 1 repens-toi !

FRANK

Nonrl non ! j'ai tout perdu.

* 1*A VOIX

Repens-toi ! repens-toi I

FRANK

Non I j'ai maudit mon père.

LA VOIX

Alors, lève-toi donc, car ton jour est venu. ( Lé soleil paraît ; Frank s'éveille; Stranio, jeune palatin , et sa maltresse, Monna Bélcolore, pcusent à cheval. )

STRANIO.

Holà ! dérange-toi , manant, pour que je passe.

FRANK

Attends que je me lève , et prends garde à tes pas.

STRANIO.

Chien , lève- toi plus vite , ou reste sur la place.

FRANK

Tout beau , l'homme à cheval , tu ne passeras pas.

Dégaioe-moi ton sabre, ou c^est fait de ta vie. Allons, pare ceci.

{lU se bcUtent , Stranio tombe»)

. BELGOLORE.

Comment t'appelles-tu ?

FRINK.

Charles Frank.

BELCOLORE.

Tu me plais , et tu Tes bien battu.

Ton pays?

FRANK

Le Tyrol.

BELCOLORE.

p • Me trouves-tu jolie?

FRANK. r

Belle comme un soleil. «

Vi»" " BELCOLORE.

% f'- J'ai dix-huit ans — et toi?

FRANK

Vingt ans.

BELCOlORE. f

Monte à cheval , et viens souper chez moi.

(Exeunt.)

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