‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 43 sur 110 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

FRANK , devant une table chargée d'or.

De tous les fils secrets qui font mouvoir la vie ,

O toi , le plus subtil et le plus merveilleux I

Or! principe de tout, larme au soleil rayie!

SûfA dieu toujours vivant, parmi tant de faux dieui ! —

Méduse', .donPraspect change le cœur eo pierre ^

Et fait tomber en poudre aux pieds de la rosière

La robe d^innocence et de virginité! —

Sublime corrupteur !, — clef de la volonté I —

laisse-moi t'admirer I — parle-moi , — viens me dire

Que ^honneur n^ost qu^un mot, que la vertu n^est rien —

Que^ des qu^n te possède , on est homme de bien —

Que rien n^est vrai que toi I — qu^un esprit eu délire

Ne saurait iliventer de rêves si hardis,

Si monstrueusement en dehors du possible.

Que tu Ae puisse encor sur ton levier terrible

Soulever Tunivers , pour qu41s soient accomplis!

— Que de gens cependant n^ont jamais vuqu^en songe

Ce que j'ai devant moil — Comme le cœur se plonge

Avec ravissement dans un monceau pareil 1 —

Tout cela , c^est à moi ; — - les sphères et les mondes

Danseront un millier de valses et de rondes ,

Avant qu^un coup semblable ait lieu sous le soleil '.

^'La terre pourra faire plut de mille danses, etc.. etc.

Schiller.

Ah ! mon cœur est noyé ! — Je commence à comprendre Ce qui fait qu^un ni&iirant que le frisson \'a prendre, A regarder son or trouve en«or des douceurs y Et pourquoi les vieillards se font enfouisseui^. •

. {Comptant.) t}uiuzc mille en argent— ^ le reste en signature. C'est un coup du destin. — Quelle étrange aventure ! Que ferais-je aujourd'hui , qu^auraifrje fait demain , Si je n'avai^trouvé Stranio sur mon chemina Je lue un grand seigneur, et lui prend» sa tnaf tresse; Je m'enivre chez elle, et Ton me mène au jeu. «-

A }euu , j'aurais perdu , — je gagne dans Tivresse ; Jegagne, et je me lève. — Ah ! c'est un coup de Dieu.

•( il ouvre lu fenêtre, ) Je voudrais bien me voir passer sous ma fenêtre Tel que j'étais hier. — Moi , Frank , seigneur et maître De ce vaste logis, possesseur d'un trésor, Voir passer lànde^sous Frank le coureur de lièvres , Frank lorpauvre, Tœil morne et la faim sur les lèvres, Le voir tendre la main et lui jeter cet or.

Tiens, Frank, tiens, mendiant, prends cela , pauvre Hère.

( Il prend une poignée (Vor, ^ »

Il me semble en honneur que le ciel et la terre Ne sauraiei^ plus m'ofirir que ce qui me convient , Et que depuis hier le monde m'appartient.

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