‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 82 sur 110 · CHANT TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIÈME

Où valH-Je? — où suls-Je?

—Classiques Français.- —

Je jure devant Dieu que mon unique envie

Était de raconter une histoire suivie.

Le sujet de ce coule avait ^elque douceur,

Et mon héros peut-être eût su plaire au lécl^r.

Tai laissé s^'envoler ma plume avec sa vie,

En voulant prendre au vol les rêves de son cœur.

Je reconnais bien là ma tactique admirable.

Dans tout ce que je fai| j'ai la triple vérité D'être à la fois trop court , trop long et décousu. Le poÇme et le plan , les héros et la fable , Tout^'en va de travers, comme sur une^ble Un plat cuit d'un côté, pendanj que Tauire est cru.

lïf.

Le théâtre à coup sûr n'était pas mon affaire. Je vous demande un peu quel métier j'y ferais. Et de quelle façon je m'y hasarderais, Quand j'y vois trébucher ceu* qui, dans la carrière, .Debout depuis vingt ans sur leur pensée altièrc , Du pied de leurs coursiers ne doutèrent jamais.

288 ' r POÉSIES.

ns ami^ à préseui me eoDscilleni d*en rire, «• De couper sous Tarchct les cordes de martyre, Et de f*emeUre au vert Uassao et NamOttoa*

Ud jeune musulman avait don&Ia«mani£ D'acheter aux bazars deux esclaves par mois.

«L'une ci Taulre à son lit ne t(^l)!iit que trois fois. Lequatrièmejpur, Tune et Faulre bannie, Libre de toute chaîne , et la bourse garnie, Laissait'la porte ouverte à quelque nouveau choix. %.

' y. .VI.

Il se trouva du nombre une petite fille

Enlevée à Cadix ^hez un riche marj^nd. •

Un vjeui pirate grec levait trouvé gentille ,

"Et , comme il connaissait quelqu^un (Je sa famille,, «

Là voyant eu logis ^oute seule enj[)assanti|

fl r(vv.ait jk son briçk^emportée çn causant.

Hassan ioute sa vie aima les Espagnoles.

Celle-ei Tenchanla, — si bien qulen la quittant Il lui doi^na lui-même un sac plein de pisftoles', - Par-dessus le marché quelque» douces paroles, Et voulut la conduire à bord d**n bâtiment Qui pour son cher pays partait par un bon vent.

, M ^BGTACLE DANS U» FAUTEUIL. 269

VIll.'

Uais la pauvre Espagnole ati cœur étnit blessée.

Elle le laissait faire et a'j comprenait rien , »

Sinon qu'elle dtait belle

Elle lui i-épondit ; « Pd

» Si je te déplaisais, qut

'» N'as-(u rien dans le ?»

Elle s'en fut au port, et

Tenant son petit sac, et

Hais, quand elle sentit i

Le vaisseau s'émouvoir et les vents soupirer ,

Le cœur lui déraillit, et, perdant l'espérance,

Elle baissa son voile et se prit à pleurer.

Il arriva qu'alors six jeunes Africaines

Entratenldans un bazar, les bras chargés <de chainos.

Sur les tapis de soie un vieux juif étalait

Ces beaux poissons dorés, pris d'un coup de flIeL

La foule trépignait , les cages étaient pleines,

Et la chair marchandée au soleil se tordait.

Par unidouble hasard Hassan vint à paraître.

Namouna se leva , s'en fut trouver le vieux : ■ Jo suis blonde , dil-elle , et je ponrrif^s peut-Mre u Ue vendre un peu plus cher avec de faux cheveux. ' Hais je ne voudrais pas qu'on put me reconnaître. Peignez-moi les sourcils , le visage et les yeux, h

Alon, comme aulrebb ConsJpDce pour Camille, ElJe prit son poigoard et coupa ses habits.

<•' Vendez-moi maintenant, dit-elle, et, ponr leprii, » ] la pauvre &^

Tii lux d'une gritt»,

Et l'avaient prisi

Et ,

Je' mouna ;

Qu «ena;

Qu'on reconnut ti-up tard cette tite adorée; Et cette douce uuit qu'elle avait espérée.

Que pour prix de soe maux leciel la lui donna.

Je vous dirais surtout qu'Hassan dans celte allàire SenUt que lit ou lard la femme avait son tour, Et que l'amour de soi ne vaut pas l'autre amour. Mais le hasard peut tout , — et ce qu'on lui voit làire Nous a souvent appris que le bonheur sur terre Peut D'avoir qu'une nuit, comme la gloire un jour.

XROISIEJHE PARTIE.

POÉSIES 'nouvelles.

' POÉSIES NOtlVELLES.

. Qù Vénus A Secouait , vier^ encor , le«' Inrines de sa ii

Quand l'ouragan du nord sur les débris de Roinr De sa «onibrkavaiant'tio étendit le linceul —

294 POÉSIES NOUVELteS.

ItegrelU-z-vous tu temps où d'un siècle barbant

Naquit un siràle d'ur, plus fertile et plus beau?

Où le vieil UQJvers fendit a\ec Laïare

De son front jn jeu ni la piorro du lambeau?, :

Regrettez- vo|]s le temps oùjios vieilles romances

Ouvraient leurs ailrs d'or vers leur inonde enchanté?

Où loUB.nosmoaiimcnlsel toutes nos croyances

Portaient le manteau blanc de leur virginité?

Où , sous la main du Christ, tout venait de renaître?

OÇ) le palais < .prèl);^,

Porlaiil la n radieux ,

Sortaient de i les cicux?

Où Cologne ' ie et Saint-Pierre ,

S'agenoiiillai >s de pierre,

Sur Poilue » eriiés

Eutonnaiént l'hosanua des siècles nouveaii-iiés?

Le temps où so faisait re^

Oùsfar les sainU autel

Ouvraient des bras sa mme le lait;

Où la vie était jeune, ?

Christ! je ne suis pas de ceux que la prière Dans les temples muets amène à pas tremblants;

De leurs illusions les mondes réveillés ;

L'Esprit des temps passés, errant sur leui's décombrc

Jetie au gouffre éternel tes anges mutilés.

Les clous du Golgotha te soutiennent à peine;

Sous ton divin tombeau le sol s'est dérobé :

>Ta gloire est morte, 6 Christ! et sur nos croix d^ébène

Ton c.adavre céleste en poussière est tombé !

Eh bien I qu'il s^ permis d'en baiser la pcyssière Au moins crédule enfant de ce siècle sans fol , El de pleurer, ô Christ l sur cette froide terre Qui vivait de ta mort , et qui mourra sans toi ! Oh ! maintenant, mon Dieu, qui lui rendra la vie? Du plus pur de ton sang tu l'avais rajeunie, Jésus ! ce que tu fis , qui jamais le fera ?

Nous, vieillards nés d'hier, qui nous rajeunira?

Nous sommes aussi vieui qu'aujour de ta naissance.

Nous attendons autant, nous a>ons plus peitlu.

Plus livide et plus froid , dans son ceimieil immense

Pour la seconde fois Lazare est étendu.

Où donc est le Sauveur, pour entr'ouvrîr nos tombes?

Où donc le vieux saint Paul, haranguant les Romains,

Suspendant tout un peuple à ses haillons divins?

Où donc est ieCénacle , où donc les Catacombes?

Avec qui marche donc l'auréole de feu?

Sur quels DJcds tombez- vous, parfums de Madeleine?

Où donc vibre dans l'air une voix plus qu'humaine?

Qui de nous , qui dé nous va devenir un Dieu?

l.a Terre est aussi vieille, aussi dégénérée,

Elle branle une tête aussi désespérée,

Que lorsque Jean parut sur le sable des mers ,

Et que la moribonde, à sa parole sainte,

Tressaillant tout à coup comme une femme enceinte.

Sentit bondir en elle un nouvel univers.

Les jours sont revenus de Claude et de Tibère;

Tout ici , comme alors, est mort avec le temps,

Et 'Saturne est au bout du sang de ses. enfants ;

306 W^SIBS NOUVELLES.

Hais r«cp49at)b huraaiue est l^sse d'être mère Et , le Kin tout meurtri d'aVotr tant allaité , Elle fait «on repos de sa stérilité.

De tous le» débauctiés de la ville du iKondB'

Où le libertioage eet à iTieJIIeur matcbé, *'

De la plus vieille en vice , et de la plus féconde , •

Je Teux dire Paris, — le plus grand dcbauclié

Etait Jacques Rolla. — Jamais dans les tavernes',

Sous les rayons tremblants des blafardes lanternes.

Plus indocile enfant ne s'était accoudé .v

SM' une table chaude , ou sur uu coup de dé.

Ce n'était pas Rolla qu^^ouveraait sa vie ,

C'étalantsespassions; — il les laissait tM 1er -- '• ''

Comme un pâtre assoupi regarde l'eau couler.

Elles vivaient; — son corps était l'hâlelierie

Où s'étaient attaMA ces pâlfs v<

Tantôt pour y briser les Ifts et l<

Pour s'y chereher daas l'ombre

Comme des cerfs en rue et des i

Tanlât pour y chanter en s'enii

Comme de gais oiseaux qu'un i

Et qui, pour vingt amours, n'on

Le père de Rolla, gentillâtraimbéeile,

L'availTait élever comme un riche héritier.

Sans songer que lui-même , â sa petite ville ,

Il avait de son bien mangé plus de moitié.

En sorte que Rolla , par uu beau soir d'automne ,

Se vit à dix-neuf ans maître de sa personne , —

Et n'ayant dans la main ni talent ni métier.

Il eût trouvé d'ailleurs lout travail impossible;

Un gagne-paia quelconque, un métier de valet,

Soulevait sarsa. lèvre un rire inexiiiiguible.

. -Moii, Il resta

Hepeuli leétemelle,

S'^ssil [re un double chen)iB.

Il vit la )daît la main :

11 suivit la Vertu, qui lui sembla pjug belle. Aujourd'hui cieD n'est beau, ai le mal ni le bien, ' Ce u'e^'^ag noire temps qui s'arrête et qui doute ; . Les siècles , en passant , « Entre les deux 'sentiers , ^

Rolla fit \ vingt ans ce qi

Cequ'on votf aux abords

Ce«ont desabattiùrs, des

C'est ainsi qu'en cDtntut dans la société.

On trouve ses égouts. — La virginitii sainte

S'y cache à tous les yeux sous une triple enceinte;

On voit la pui]eur, mais la corruption ^

Y^ise en plein soleil la prostitution.

Les Hommes dans leur sein n'accueillent leur semblable

Uoe lorsqu'il a trempé dans le fleuve fanaux

fc'atier chaste et brûlant du glaive redoutable

Qu'il a r^ du ciel pour se défendre d'eux. .

Jacque était grand , loyal , intrépide et superbe. . '

Vhabitude , qui fait de la vie un proverbe , Lui donnait la nauïée. — Heureux ou malheureux, Il ne fit ffin comme elle, et garda pour ses dieux L'audace et la fiertii; gui sont ses sœurs aînées.

Il prit trois bourses d'or, çt , durant trois années. Il vécut au soleil sans se douter des kiis; Et jamais fils d'Adam , sous la. sainte lumière , N'a , de l'est tiii couchant , promené sur la terre Un plus large mépris des^peuples et des rois.

Seul , fl marchait tout nu dans cette mascarade Qu'on appelle la \ie, en y parlant tout haut. Tel que Ja robe d'or du jeune Alcibiade, Son org^ucii4ndo1ent, du palais au ruisseau , Traînait derrière lui comme un royal manteau.

Ce n^é&it pour personne un objet de mystère

Qu'il eût trois ans à vivre , et qu'il mangeât son bien.

Le monde souriait en le regardant feire^ «

Et lui , qui le faisait, disait à rordinaire

Qu'il se ferait sauter quand il n'aurait plus den.

C'était un noble cœur, naïf comme l'enfance , Bon «comme la pitié , grand comme l'espéranee. Il ne voulut jamais croire à sa p^i^reté.

L'armure qu'il portait n'allait pa^'ti sa taille; Elle était bonne au plus pour un jour de bataille, Et ce jour-là fut court comme une nuit d'été. '

Lorsque dans le désert la cavale sauvage ,

Après trois jours de marche , attend un jour d'orage,

Pour boire l'eau du ciel sur ses palmiers poudreux ;

Le soleil est de plomb, les palmiers en silence

Sous leur ^îel embrasé penchent leurs longs cliAtoux ;

Elle cherche son pui(s dans le désert immense.

Le Boleil Ta srâhé ; sur le rocher brûlant

Les lions hérissés dorment en grommelant.

Elle se sent fléchir; ses narines qui saignent

S'enfoncent dans le sable, et le sable altéré.

Vient boire avidement son sang décoloré.

Alors elle se couche, et ses grands yeux s'éteignent'^

Et le pâle désert roule sur son enfant

Les fl<ts silencieux de son linceul mouvant. ..

Elle ne savait pa^, lors^que les caravanes

Avec leui^ chameliei>s piissaient.sous les platanes ^

Qu'elle n'avait qu'à suL¥^e et qu'à baiss<>i'le fnial, Pour trouyef à Bagdad de fraiolics écuries , Des râteliers dorés , des luzenies fleuries, Et des puits dont le ciel a'a jamab vu le fond.

Si Dieu nous a tirés tous de la inémc fange ,

Certe , il a dû pétrir dans une argile étrange

Et sécher aui rayons d'un soleil irrité

Cet être, quel qu'il soit, ou l'aigle, ou l'hiroudulle .

Qui no saurait plier ni son cou ni son aile ,

Et qui n'a pour tout bien qu'un mot : la liberté.

Est-ce sur de la neîgc , ou sur une statue,

Que cette lampe d'or, daiig l'ombre suspendue,

Kalt ondukr l'azur de ce rideau ti-emblant?.

Non, la neige est plus pùle , et le marbre est moins blanc.

C'est un enfant qui dort. — < Sur ««s lèvres ouvertes

Voltige par instant un faible et doux soupir ;

Un soupir plus léger que ceux des algues Milles

Q " ' ■s voltige le Zéphyi',

E ?s nilcs embaumées

S< le ses lleurs bien-aimées ,

Il ts perles des roseaux.

C sous ces épais rideaux ,

U , — presque une jeune femme ;

B ms cet être charmant.

L illc sur Son âme

Doute s'il est son frère, ou s'il est son amant.

Ses longs cheveux epars In couvrent tout entière.

La croix de son collier repose dans sa main ,

Comme pour témoigner qu'elle a fait sa prière,

Et qu'elle va la faire en s'éveillant demain.

Elle dort). regardez : — queî.front noble et candillâ! ^ Pantoul, coroitie un lait pur sjiv une onde Uijtipide , '^

*l,e cfel sur la Deâujté répandit la pudeur.

. Elle dpTt toute nue et l^ main sur son cœur, N'estrce pas que la nuit la i%nd encor plus belle? Que ces molles clartés palpitent autour d'elle Comme «i, malgré lui , le t^ibre Esprit du sofr Sentais ^r ce beau corps frémir son manteau noir?

Les pas silencieux du prêtre dans Tenceinte Font tressj^illîr îe cœur d^une terreur moins sainte, ' viergj^ (pie le bruit de tes soupirs légers. ' > ^

Regarder cette chambre et ces frais orangers, C^s^vres, ce ntiélier^ cette brancbe bénite QoiJ^ 'jonche en -pleumnt sur ce vieux crucifix ; Ne chercberait-on pa^ le rouet de Marguerite Dans (^ mélancolique et chastc^^radis ? ^ N'est-ce pas qu'il est pur, le sommeil de l'enfance?

« Que le ciel lui donna sa beauté pour défense? Que l'aitiour d'une vierge est une piété

* Comme Famour céleste, et qu'en approchant d'elle* Dans l'air qu'elle respire on sent frtsonner l'aile Du séraphin jaloux qui veille à son c6té?

Si ce n'est pas ta mère, ô pâle jeune fille.

Quelle est donc cette femme assise à ton chevet , Qui regarde l'horloge et l'âtre qui pétille, - .', • En secouant la tête, et d'un air inquiet?

Qu'attend -elle si tard? — Pour qui, si c'est ta mère , S'en va-t^lle entr'ouvrir, depuis quelques instants ,

Ta porte et ton balcon si ce n'est pour ton père?

Et ton père , Marie , est mort depuis longtemps. Pour qui donc ces flacons , cette table fumante , Que de ses propres mains elle vient de servir? Pour qui donc ces flambeaux , et qui donc va venir?... Qui que ce soit, tii dors , tu n'es pas son amante.

Les songes de tes nuits sont plus purs que le jour, Et trop jeunes enoor pour te parler d^amour.

A qui donc ce manteau que cette femme essuie ? 11 est couvert de boue et dégouttant de pluie; G^cst le tien , Maria , c^est celui d'un enfant. Tes cbeveui sont mouillés; tes mains et ton visage Sont devenus vermeils au froid souffle du vent. Où donc Ven allais-tu par cette nuit d^orage? Cette femme n^est pas ta mère , assurément.

Silence! on a parlé. Des femmes inconnues Ont entr^ouvert la porte , — et d^autres , demi-nues , Les cheveux en désordre , et se traînant aux murs , Traversaient en sueur des corridors obscurs.

Une lampe a bougé ; — les restes d^une orgie, Aux dernières lueurs de sa morne clarté.

Sont apparus au fond d^un boudoir écarté.

Les verres se beurtaient sur la nappe rougie; La porte est retombée au bruit d^un rire afireu^.

C^est une vision , n^est-il pas vrai , Marie?

C'est un rêve insensé qui m'a frappé les yeux.

Tout repose, tout dort; — celte femme est ta mère.

C'est le parfum des fleurs , c'est une huile légère

Qui baigne tes cheveux , et la chaste rougeur

Qui couvre ton beau front vient du sang de ton cœur.

Silence ! quelqu'un frappe — et sur les dalles sombres Un pas retentissant fait tressaillir la nuit. Une lueur tremblante approche avec deux ombres... C'est toi, maigre RoUa? que viens-tu faire ici?

Faust 1 n'étais-tu pas prêt à quitter la terre , Dans cette nuit d'angoisse où l'archange déchu ^ Sous son manteau de feu, comme une ombre légère,

T'cmporla «lans Tespacc à ses pieds suspendu ?

N'avais-tu 'pas crié ton dernier anathèfne,

Et, quand tu tressaillis au bruit des chants sacrés,

N'avais-tu pas frappé , dans ton dernier blasphème ,

Ton front sexagénaire à tes mars délabrés?

Oui , le poison tremblait sur ta lèvre livide *,

La mort, qui l'escortait dans tes œuvres^ans nom ,

Avait à tes côtés descendu jusqu'au fond

La spirale sans tin d&ton long suicide;

Et , trop vieux pour s'ouvrir , ton cœur s'était brisé

Comme un roc , en hiver, par la froidure usé.

Ton heure était venue , athée à barbe grise ;

L'arbre de ta science était déraciné.

L'ange exterminateur te vit avec surprise

Faire jaillir encor, pour te vendre au Damné ,

Une goutte de sang de ion bras décharné.

Ohl. sur quel océan , sur quelle grotte obscure ,

Sur quel bois d'aloès et de frais oliviers,

Sur quelle nefge intacte au sommet des glaciers,

Souffle-l-il à l'aurore une brise aussi pure,

Un veut d'est aussi plein des larmes du printemps ,

Que celui qui passa sur ta tête blanchie ,

Quand le ciel te donna de ressaisir la vie

Au manteau virginal d'un enfant de quinze ans !

Quinze ans! — Roméo! l'âge de Juliette !

L'âge où vous vous aimiez! où le vent du matin ,

Sur l'échelle de soie , au chant de l'alouette ,

Berçait vos longs baisers et vos adieux sans fin î

Quinze ans! — l'âge céleste où l'arbre de la vie ,

Sous la tiède oasis du désert embaume,

Baigne ses fruits dorés de myrrhe et d'ambroisie ,

Et pour féconder l'air, comme un palmier d'Asie",

N'a qu'à jeter au vent son voile parfumé !

Quinze ans ! — l'âge où la femme, au jour de sa naissance,

Sortit des mains de Dieu si blanche d'innocence,

Si liclic (II- lioaiili;, que son pèii; immorlcl De SCS pliaianec» d'or on flt l'âge éternel !

Oh! lu fleur de l'Ëden, pourquoi l'as-tu fanée, ' Insouciante enfant, belle Eve aui blonds clieveux? Tout trahir ei tout perdre était la destinée; Tu fis ton Dieu mortel , et tu l'en afinus mieux. Qu'on te rende le ciel , tu le perdras encore. Tu sais trop bien qu'ailleurs c'est toi que l'homme adore ; Avec lui de nouveau tu voudrais t'e:iilei', Pour mourir sur son cœur, et pour l'en consoler ! Kolla coDsidérait d'un œil mélancolique La belle Harinn dormant dans son grand lit; Je ne sais quoi d'horrible et presque diabolique Le Taisait jusqu'aux os frisonncr malgré lui. Harion coûtait cher. — Pour lui payer sa nnit, Il avait dépensé sa dernière pistok. , Ses amis le savaient. Lui-même , en arrivant , Il s'était pris la main , et donné sa parole . Que personne au grand jour ne le verrait vivant. Trois ans , — les trois plus beaux de la belle jeunesse , Ti-ois ans de volupté , de délire et d'ivresse , Allaient s'évanouir comme un songe léger, Comme léchant lointain d'un oiseau passager.

Et cetle triste nuit, — nuit de mort, — la dernière,— Celle où l'agonisant fait encor sa prière Quand sa lèvre est muette , — où peur.le condamné Tout est si prùs de Dieu que tout est pardonné , — Il venait la passer chez une lille infâme , Lui! < homme! Et cette femme,

Cctéi <rbc, un enfant,

Sur SI en l'attendant.

Ocba ince!

Ne va ik sans défense ,

Balafi lant d'une faux,

Prelfedre ce cou de neige ei lui tordre les os? Ne valait-il pas mieux lui poser sur la face > Un masque de chaux vive avec nn gant de fer , Que d^en faire un ruisseau limpide à la surface , Réfléchissant les fleurs et Tétoile qui passe , Et d'en salir le fond dès poisons de l'enfer?

Oh! quelle est belle encor! quel trésor, ô nature! Oh ! quel premier baiser TÂmour se préparait! Quels doux fruits eût portés, quand sa fleur sera mûre , Cette beauté céleste , et quelle flamme pure Sur cette chaste lampe un jour s^éveillerait !

Pauvreté! Pauvreté! c^est toi la courtisane;

C'est toi qui dans ce lit as poussé cet enfant

Que la Grèce eUt jeté sur l'autel de Diane !

Regarde — elle a prié ce soir en s'endormant. ..

Pjjif^ — qui donc, grand Dieu ! C'est toi qu^en cette vie%

Il faut qu'à deux genoux elle conjure et prie ;

C'est toi qui, chuchotant dans le souffle du vent,

Au milieu des sanglots d'une insomnie amére,

Es venue «n beau soir murmurer à sa mère :

Ta fllle est belle et vierge , et tout cela se vend !

Pour aller au sabbat, c'est toi qui Tas lavée,

Comme on lave les morts pour les mettre au tombeau ;

C'est toi qui , cette nuit , quand elle est arrivée ,

Aux lueurs des éclairs , courais sous son manteau !

Hélas ! qui peut savoir pour quelle destinée. En lui donnant du pain , peut-être elle était née? D'un être sans pudeur ce n'est pas là le front. Rien d'impur ne germait sous cette fraîche aurore. Pauvre fille ! à quinze ans , ses sens donnaient encore ; Son nçm était Marie , et non pas Marion.

Ce qui l'a dégradée , hélas! c'est la misère , Et non ramour de l'or. — Telle que la voilà ,

Sons les rideaux honteux de ce hideux repaire , ^ Daus cet infâme lit , elle donne à sa mère, ^n rentrant au logis , ce qu^elle a gagné là.

Vous ne la plaignez pas , vous , femmes de ce monde! Vous qui vivez galment dans une horreur profonde De tout ce qui n'est pas riche et gai comme vous ! Vous ne la plaignez pas , vous , mères de faniilles , Qui poussez les verrous aux portes de vos filles, Et cachez un amant sous le lit de Tépoux !

Vos amours sont dorés, vivants et poétiques; Vous en parlez du moins , — vous n'êtes pas publiques. Vous n'avez jamais vil le sceptre de la Faim Soulever en chantant les draps de votre couche, Et, de sa lèvre blême effleurant votre bouche, ^' Demander un bais^ pour un morceau de pain.

mon siècle l est-il vrai que ce qu'on te voit faire Se soit vu de tout temps? Qeuve impétueux , Tu portes à la mer des cadavres hideo'f^ Ils flottent en silence, — et cette vieille lerre Qui voit l'humanité vivre et mourir ainsi , Autour de son soleil tournant dans son orbite. Vers son père immortel n'en monte pas plus vite. Pour tâcher de l'atteindre , et de s'en plaindre à lui.

Eh bien 1 lève* toi donc , puisqu'il en est ainsi , |jève-toi les seins nus , belle prostituée.

Le vin coule et pétille , et la brise du soir Berce tes rideaux blancs dans ton joyeux miroir. C'est une belle nuit , c'est moi qui l'ai payée. Le Christ à son souper sentit moins de terreur Que je ne sens au mien de gaîlé dans le cœur. Allons ! vive l'amour que l'ivresse accompagne ! Que tes baisers brûlants sentent le vin d'Espagne !

306 POÉSrtS NOUVELLES.

Que l'esprit du vertijge et des bruyants repas * A Tau^e^u plaisir nous porte dans ses bras!

Allons! chantons Bacchus, raniour et la folie! Buvons au temps qui passe, à la mort, ù la vie ! Oublions et buvons; —r vive la liberté î Chantons Tor et la nuit, la vig;ne et la beauté!

Dors-tu content , Voltaire, et ton hideux souriue Voltige- t-il encor sur tes os décharnés?

Ton siècle était , dit-on , trop jeune pour te lire ; Le nôtre doit te plaire , et tes hommes sont nés. 11 est tombé sur nous, cetédiQcc immense Que de tes larges mains tu sapais nuit et jour. La Mort devait fattendre avec impatience.

Pendant quatre-vingts ans que tuJui fis ta cour; Vous devez vous aimer d'un infernal amour.

Ne quittes-tu jamais la couche nuptiale Où vous vous embrassez dans les vers du tombeau , Pour t'en aller tout seul promener ton front pâ!e Dans un cloître désert ou dans un vieux château? Que te disent alors tous ces grands corps sans vie^ Ces murs silencieux , ces autels désolés , Que pour Péternilé ton souffle a dépeuplés?

Que te disent les croix? que te dit le Messie? ^ Oh! saigne-t-il encor, quand, pour le déclouer^ Sur son arbre tremblant , comme une fleur flétrie, Ton spectre dans la nuit revient le secouer?

Crois tu ta mission dignement accomplie, Et comme TÈternel , à la création , Trouves-tu que c'est bien , et que ton œuvre est bon? Au festin de^ mon hôte alors je le convie.

Tu n'as qu'à le lever; — q^uelqu'un soupe ce soif Chez qui le commandeur peul frapper et s'asseoir.

Ëiiteuds-tu soupirer ces eofants qui s'embrassent?

On dirait, dans l'étreinlc où leurs bras nuss*enlacent ,

Par une double vie un seul coi^s animé.

Des sanglots inouïs, des plaintes oppressées,

Ouvrent en frissonnant leurs lèvres insensées.

En les baisant au front le Plaisir s'est pâmé.

lis feont jeunes et beaux, et, rien qu'à les entendre.

Comme un pavillon d'or le ciel devrait descendre :

Regarde ! — ils n'aiment pas; ils n'ont jamais aimé.

Où les ont-ils appris , ces mots si pleins de charmes,

Que la volupté seule, au milieu de ses larmes,

A le droit de répandre et de balbutier?

femme ! étrange oî)jet de joie et de supplice !

Mystérieux autel où, dans le sacrinoe,

On entend tour à tour blasphémer et prier !

Dis-moi, dans quel écho, dans quel air vivent-elles.

Ces paroles sans nom, et pourtant éternelles,

Qui ne sont qu'un délire, et depuis cinq mille ans

Se suspendent encore aux lèvres des amants?

profanation ! point d'amour, et deux anges!

Deux cœurs purs comme l'or, que les saintes phalanges

Porteraient à leur père en voyant leur beauté!

Point d'amour ! et des pleui*s ! et la nuit qui murmure ,

Et le vent qui frémit , et toute la nature

Qui pâlit de plaisir, qui boit la volupté!

Et des parfums fumants , et des flacons à terre,

Et des baisers sans nombre , et peut-être , ô misère !

Un malheureux de plus qui maudira le jour....

Point d'amour! et partout le spectre de l'amour!

Cloîtres silencieux , voûtes des monastères, C'est vous , Nombres caveaux , vous qui savez aimer 1 Ce sont vos froides nefs, vos pavés et vos pierres Que jamais lèvre en feu n'a baisés sans pâiiicr.

Oh ! Tenejt donc rouvrir \os profondes entrailles A ces deux enfçnts-là qui cherchent le plaisir Sur un lit qui n'est bon qu'à dormir ou mourir ; Frappez-leur donc le cœur sur vos saintes murailles, Que la haire sanglante y fasse entrer ses clous. Trempez-leur donc le front dans les eaux baptismales ; Dites-leur donc un peu ce qu'avec leurs genoux Il leur faudrait user de pierres sépulcrales , Avant de soupçonner qu'on aime comme vous!

Qui , c'est un vaste amour qu'au fond de vos caljces You^ buviez à plein cœur , moines mystérieux ! La tête du Sauveur errait sur vos cilices

Lorsquç le doux sommeil avait fermé vos yeux , Et, quand l'orgue chantait aux'rayous.de l'aurore, Dans vos vitraux dorés vous la cherchiez encore. Vous aimiez ardeminentl oh! vous étiez heureux!

Vois-tu , vieil A rouet? cet homme plein de vie Qui de baisers ardents couvre ce sein si beau , Sera couché demain dans un étroit tombeau.

Jetterais-tu sur lui quelques regards d'envie? Sois tranquille, il t'a fu. Rien ne peut lui donner . Ni consolation , ni lueur d'espérance.

Si l'inerédnliié devient une science.

On parlera de Jacque , et , sans là profaner , Dans ta tombe ce soir tu pourrais l'emmener.

Penses-tu cependant que si quelque croyance ,

Si le plus léger fil le retenait encor ,

Il viendrait sur ce lit prostituer sa mort?

Sa mort! -r Ah Maisse-lui la plus faible pensée

Qu'elle n'est i]u'un passage à quelque lieu d'horreur,

Au plus affreux, qu'importe? il n'en aura pas peur;

Il la relèvera , la jeune fiancée,

POESIES NOUVELLES. 30îJ

Il la regardera, dans Tespace élancAft,

Porter au Dieu vivant la clef d'or de son cœur!

Voilà pourtant ton œuvre, Ârouet, voilà Thoinme

Tel que tu Tas voulu. — C'est dans ce siècle-ci , -i

C'est d'hier seulement qu'on peut mourir ainsi.

Quand Brutus s'écria sur les débris de Rome : «

Vertu , tu n'es qu'un nom ! — il ne blasphéma pas.

Il avait tout perdu, sa gloire et sa patrie, * «^

Son beau rêve adoré, sa libei^té chérie,

Sa Portia , son Cassius , son sang et ses soldats ;

11 ne voulait plus croire aux choses de la terre.

Hais quand il se vit seul , assis sur une pierre ,

En songeant à la mort, il regarda les cieux.

Il n'avait rien perdu dans cet espace immense ;

Son cœur y respirait un air plein d'espérance;

Il lui restait encor son épée et ses dieux.

Et que nous reste-t-il, à nous, les déicides?

Pour qui travailliez-vous, démolisseurs stupides.

Lorsque vous disséquiez le Christ sur sJtk autel?

Que vouliez- vous semer sur sa céleste tombe , . Quand vous jetiez au veut la sanglante colombe

Qui tombe en tournoyant dans l^bime éternel?

Vous vouliez, pétrir Thomnie à votre fantaisie ;

Vous vouliez faire un monde. — Eh bien l vous l'avez fait.

Votre monde est superbe , et votre homme est parfait !

Les monts sont nivelés, la plaine est éclaircie;

Vous avez sagement taillé l'arbre de vie;

Tout est bien balayé sur vos chemins de fer; ^

' Tout est grand, tout est beau, — mais on meurt dans votre air.

Vous y faites vibrer de sublimes paroles ;

Elles flottent au loin dans les vents empestés.

Elles ont ébranlé de terribles idoles; . • .

Mats les oiseaux du ciel en sont épouvantés.

L'hypocrisie est morte , on ne croit plus aux prêtres ;

Mais la vertu se meuH, on ne croit plus à Dieu.

Le noble n'est plus 6er du sang de ses ancêtres ;

Mais il le prostitue au fond d^un mauvais lieu.

On ne mutile plus la pensée et la scène ,

On a mis au plein vent rintelligence humaine;

Mais le peuple voudra des combats de taureau.

Quand on est pauvre et fier , quand on est riche et (risU*,

On n'est plus assez fou pour se faire trappistej

Mais^on fait comme Escousse , on allume un réchaud.

Quand Rolla sur les toi(s vit le soleil paraître,

H alla s'appuyer au bord de la fenêtre.

De pesants chariots commençaient à rouler.

Il courba son front pâle, et resta sans parler.

En longs ruisseaux de sang se déchiraient les nues;

Tel, quand Jésus cria , des mains du ciel venues

Fendirent en lambeaux le voile âux plis sanglant^.

Un groupe délaissé de chanteurs ambulants

Murmurait sur la place une ancienne rom«ince.

Ah!. comme les vieux airs qu'on chantait à douze àiis

Frappent droit dans le cœur aux heures de souffrance !

Comme ils dévorent tout! comme on se sent loin d'eux !

Comme on baisse la tête en les trouvant si vieux !

àSont-ce là tes soupirs^ noir Esprit des ruines?

Ange des souvenirs, sont-ce là tes sanglols?

Ah ! comme ils voltigeaient, frais et légers oiseaux ,

Sur le palais doré des ahiours enfantines!

Comme ils savent rouvrir les fleurs des temps passés,

Et nous ensevelir, eux qui nous ont bercés!

Holla se détourna pour regarder MaHe. .

Elle se trouvait lasse, et s'était endormie.

Ainsi tous deux fuyaient les cruautés du sort, L'enfant dans te sommeil , et l'homme dans 1q mort.

Quand le soleil se lève aux beaux jours de Tautomnc , Les neiges sous ses pas paraissent s^embraser ; Les épaules d^argent de la Nuit qui frissonne Se couvrent de rougeur sops son premier baiser : Tel frissonne le corps d'une cbaste pucelle, Quand dans les soirs d'été le sang lui porte au cœur ; Tel, le moindre désir qui TefQeure de Taile Met un voile de pourpre à la saihle pudeur.

Roi du monde, ô soleil l la terre est ta maîtresse. Ta sœur dans ses bras nus l'endort à ton côté ; Tu n'as voulu pour toi rélernelie jeunesse Qu'afin de lui verser TéU^rnelle beauté t

Yous qui volez là*bas , légères hirondelles , Dites-moi, dites-moi, pourquoi vais-je mourir? Oh ! Taffreux suicide! ohl si j'avais des ailes, Par ce beau ciel si pur, je voudrais les ouvrir! . Dites-moi, terre et cieux, qu'est-ce donc que l'aurore? Qu'importe un jour de plUs à ce vieil univers? Dites-moi , verts gazons , dites-moi , sombres ni«rs , Quand des feux du matin l'horizon se colore , Si vous n'éprouvez rien , qu'avez-vous donc en vous Qui fait bondir le cœur et fléchir les genoux? terre, à ton soleil qui donc t'a fiancée?

Que chantent tes oiseaux? que pleuré ta rosée? Pourquoi de tes amours viens-lu m'entretenir? Que me voulez-vous tous, à moi qui vais mourir?

Et pourquoi donc aimer? Pourquoi ce mot terrible Revenait-il sans cesse à l'esprit de Roi la?

Quels étranges accord», queU« voix invisible Venaient le murmurer, quand la mort était là?

A lui , qui , débauché jusques à la folie.

Et dans les cabarets vivant au jour le jour , Aussi facilement qu'il méprisait la vie,

Faisait gloire et métier de mépriser Tamour?

A. lui , qui regardait ce mot comme une injure ,

Et, comme un vieux soldat vous montre une blessura,

Montrait avec orgueil le rocher de son cœur,

Où n^avait pas germé la plus chétiye fleur !

A lui , qui n'avait eu ni logis ni maîtresse,

Qui vivait en plein air, en défiant son sort.

Et qui laissait le vent secouer sa jeunesse ,

Comme une feuille sèche au pied d*un arbre mort!

Et maintenant que Thomme avait vidé son verre, QuMl venait dans un bouge, à son heure dernière, Chercher un lit de mort pu Ton pût blasphémer; Quand tout était fini, quand la nuit éternelle Attendait de ses jours la dernière étincelle.. Qui donc au moribond osait parler d'aimer?

Lorsque le jeune aiglon , voyant partir sa mère ,

En la suivant des yeux s'avance au bord du nid ,

Qui donc lui dit alors qu'il peut quitter la terre,

Et sauter dans le ciel déployé devant lui?

Qui donc lui parle bas, l'encourage et l'appelle?

11 n'a jamais ouvert sa serre ni son aile;

11 sait qu'il est aiglon j' — le vent passe, il le suit.

Il naît sous le soleil des âmes dégradées^

Comme il nait des chacals, des chiens et des serpente.

Qui meurent dans la fange où leurs mères sont nées ,

Le ventre tout gonflé de leurs œufs malfaisante.

La nature a besoin de leurs sales lignées

Pour engraisser la terre autour de ses tombeaux ,

Chercher ses dia mante , et nourrir ses corbeaux.

Mais quand elle pétrit ses nobles créatures.

Elle qui voit là-haut comme on vit ici-bas.

Elle sait des secrets qui les font assez pures Pour que |e monde entier ne les lui souille pas.

Le moule en «s Elle peut les pi Elle «ait ce que Et que Ifs eaui

Il peut s'assiini

Celui que le ciseau âe la eowjjiuiie mère

A (aillé dans les flailcft de ses plus pnrs granits.

Il peut pendant trois ans éloulTer sa pensée.

Dsns la nuit de son cœur la vipère glacée

Déroule M ou tard ses ai

Nègres de Saint-Domingne , après combien d'anné«8

De farouche silence et de stupidité ,

Vos peuplades sans nombre , au soleil énchatnéos ,

Se sont-elles de terre enfln déracinées?,

Au souille de la haine et de la liberté?

C'est ainsi qu'aujourd'hui s'évetltenl tes pensées,

Holla ! c'est ainsi que hondissent les fers ,

Et que devant tesyeui des torches insensées

Courent à l'infini , traversant des déserts.

Écrase -«maintenant les débris de ta vie ;

Ëcorchc tes pieds nus sur tes flacons brisés ;

Et, dans le dernier toast de ta dernière orgie,

ËloufTe le néant dans les bras épuisés.

Le néanti le néant! vois-tu son omhre immense

Qui ronge le soleil sur son axe enflammé 7

L'ombre gagnel il s'êteini , — l'éternité commence.

Tu n'aimeras jamais, toi qui n'as point aimé.

Rolla, pâle et tremblant, referma la croisée.

Il brisa sur sa lige un pauvre dahlia.

J'aime, lui dit la fleur, et je meurs embrasée

Des baisers du léphyc , qui me relèvera.

— J'ai jeté loin de moi, quand je me suis parce,

Les éléments impurs qui souillaient ma fraîcheur.

314 POÉSIES iNOUVELLES.

Il m'a baisée au front dans ma robe dor^e; Tu peux m' épanouir, et me briser le cœuv^

J'aime! — Voilà le mot que la natureVntière Crie au vent qui l'emporte, à l'oiâeau qui le suit! Sombré et dernier soupir que poussera la terre , Quand elle topibera dans rélernelle nuit!

Oh! vous le merrmuwz dans vos sphères sacrées, Étoiles du matin , ce mot triste et charmant! La plus foible de vous, quand Dieu.voas a créées, A veulu traverser les plaines éthérées , ^ Pour chercher le soleil , son immortel amant. Elle s'est élancée au sein des nuits profondes. Mais un autre l'aimait elle-même; — et les mondes Se sont mis en voyage autour du firmament.

Jacque était immobile et regardait Mdrie.

Je ne sais ce qu'avait cette femme endormie

D'étrange dans ses traits, de grand, de déjà vu.

Il se sentait frémir d'un frisson inconnu.

N'était-ce pas sa sœur, cette prostituée?

Les murs de cette chambre obscure et délabrée •

N'étaient-ils pas aussi faits pour l'ensevelir?

Ne la sentait-il pas souffrir de sa torture,

Et saigner des douleurs dont il allait mourir?*

— Oui , dans celle chétive et douce créature

La Résignation marche à pas languissants.

,Sa souffrJance est ma sœur. —Oui , voilà la statue

Que je devais trouver sur ma tombe étendue.

Dormant d'un doux sommeil tandis que j'y descends.

Oh ! ne l'éveille pas! ta vie est à la terre;

Mais ton sommeil est pur , — ton sommeil est à Dieu !

LaissS*moi le baiseï' sur ta longue paupière;

C'est à lui , pauvre enfant, que je veux dire adieu;

Lui , qui n'a pas vendu sa robe d'ipnoçence,

POÉSIES NOUVELLES. ;u

Lui que je puis armer , et n'ai point acheté;

Lui qui se croit encore aux jours de ton enfance ,

Lui qui rêfe! — el qui n'a de loi que ta beauté.

Oh I mon Dieu î n'est-ce pas une forme ançélique Qui flotte mollement sous ce rideau léger?

S'il est vrai que l'amour, ce signe passager, N'ait besoin , pour dorer son chant mélancolique , Que des contours divins de la réalité , Et de. ce qui vollige autoAir de la beauté; S'il est vrai qu'ici-bas on le trompe sans cesse, Et que loi qui le sait, de peur de se guérir , Doive éternellement ne prendre à sa maîtresse Que les illusions qu'il lui faut pour souffrir ; Qu'ai-je à chercher ailleurs? la jeunesse et la vie Ne sont-elles pas là dans toute leur fraîcheur? Amour ! tu peux venir. Que t'importe Marie?

* Pend|tnt que sur sa ligq elle est épanouie, Si tu n'es qu'iui parfum , sors de ta triste fleur 1 .

Lentement , doucement , à côté de Marie , •Les yeux sur ses yeux bleus, leur fraîche lialelne unie, Rolla »'é(ait couché : son regard assoupi Flottait, puis remontait, puis mourait malgré lui. Marie en sou|])irant entr^ouvrit sa paupière. " -^ Je faisais, lui dit-elle, up rêve singulier ; J'étais là , dans ce lit; je croyais m'éveiller; La chambre me semj)lait comme un grand cimetière Tout plein de tertres verts et de vieux ossements. Trois hommes dans la neige apportaient une bière; Ils la posèrent là pour faire leur prière; Puis la bière s'ouvrit, et je vous vis dedans. Un gros flot dfe sang çoir vous coulait sur la face.' Vous vous êtes levé pour venir à ftion lit ; Vous m'avez pris la main , et puis vous avez dit :

« Qu*est-ce que tu fais là f pourquoi prendsrtu ma place? » Alors j'ai regardé , jMtais sur un tombeau. • -■

-rVraimeiit? cépondit Jaccpffî ; eh bien ! çia chère amie, ' ^Ton rêve est assez vrai du moins , s'il n'est pas beau.

Tu n'ayras pas besoiirtlemain d'être endariuiè Pour çn voir un pareil ; je me tuerai ce soie.

Mari^ftn souriant regarda son i^iiroir; ,,. Mais elle y, vit Rolla si pâle .^arrière elle, < . ^ ^Qu'elle en resta muette et plus pâle que lui.

"Ah! dit-elIeTen tremblant, qu'avez-vous a^ourd'hui/

• — €e que j'aif dit Rolla; tu ne sais pas, mabelle^

• Que jjB suis ruiné depuis hier au soir^?

- C'est pour te dire adipu que^je venais te voir. To^ le monde le sait, iV faut que je me tue. ' " .

• ^ Vous ayelÉ donc joué? -^ Noi|^ je suis ruiné. .

— ► Ruiné? dit Marie ; et , comme tme^tatue , ^- ^''^ Elle fixai t'a terre un grand œil étonné. " Ruiné? ruiné? vous n^avez jias de mère?

Pas d'amis? de parents? persontle sur la terre? , Vous voulez vous tuer? pourquoi vous tùez-voûs?

Elle se retourna sjir le bord de sa Couche. ^ **. •*. Jamais son doux regard n'avait été si doux.

Deux ou trois quêtions tlottèreiil sur sa bouché;.. Mais y n'osaat pas les faire , elle s'^n TÎnt^oser Sa tête snr là sienjie et lui prit un baiser. — Je ToudÇaîs pourtant bien te faire une demande , Murmura-t-elle enfin; moi^ JQn'ai^^a^'d'argeift, Et "àitôt qi^'e j'en'ai^ m mère me le prend. ^ .: Mais j'ai mou collier dVr ; veux-tu gi^ je le ven<te? Tu pren<Jjras ce qikfil |aut ^ et tu. Tiras jouer. .. \ .

HoUa lui répoodit par un léger sourire. Tl prit un flacom noir qaUl vida sans rien dire ; Puis, se penchant sur elle, il baisa son collier. Quand elle souleva sa tête appesantie , .

Ce n'était déjà plus qu^un être inanin\|é.

Bans ce chaste baiser son âme était partie , Et, peo(9ant un moment « tous deux avaient aimé.

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