‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 81 sur 110 · XXXV III · texte numérisé non relu

XXXV III

Oui , don Juau. Le voilA ce nom que tout répète , Ce nom mystérieux que tout l'uniyers prend , **

ent parler , et que nul nffcomprend ; lissant , qu'il n'est pas de poêle levé dans son cœur et sa tête , tenté ne soit resté plus grand.'

luisl que fais-je ici moi-même?

Ëtait-ce doue mon tour de leur parler de loi , Grande ombre, et d'où viena-tu pour toniber jusqu'à m^i? C'est qu'avecleurs horreurs, leur doute et leur Masphérne, Pas un d'eujL ne l'aimait, don Juan ; el moi je l'aime, Comme le vieui Blondel aîmnîlson pauvy roi.

UN Si^'pCtACLE DANS UN FAUTEUIL. 283 ,

Oh! qui me jetlei^ sur ton coursier rapide! r.

O.h! qui me prêtera lemaute^^ji voyageur *, • Pour te suivre en pleurant, candide corrupteur! Qui mç déroulera cette liste hofuicide , , Celte liste d^amour isi rem^He et si vide, Et que ta main peuplait des oul^i» de ton eœurl

* Trois mille noms charmants! trois mille noms de femme !

Pas^n qu'avec des pleurs ta n'aies balbutié!

Et ce foyer d'amour qui dévorait ton âipe ,

Qui, lorsque tu mourus, de les vi^inés de flamme " ^emo^ta dans le ciel comme un ange oublié , *

De ces trois mille amours pas lAi qui l'ait noyé!

-Mt.

Elles t'aimaient pourtant, ces filles insensées '

^ue sfNT ton cœur de fer tu pressas tour à tour;

Le vent qui t'emportait les avait traversées;

Elles t'aimaient, don Juan , ces pauvres délaissées

Qui couvraient de baisers l'ombre de ton amour ,

Qui te donnaient leur vie ,^ et qui n'avaient qu'un jour!

Mais toi, spectre énervé,' toi , que faisais-tu ll'elles?

Ah! massacre et malheur ! tu les aimais aussi!

Toi , croyant toujours voir sur tes amours nouveHes

St^ lever le soleil de tes nuits éternelles ,

ïè disant chaque soir : Peut-être le voici.

Et l'attendant toujours, et vieillissant ainsi!

' Mépbistopbélës et Faust Toyagent dans un manteau magique. Voyez Faust, ire partie.

- , aw " POESIES. : . ' •

. . ■ -' xuv. . ' !^

Démaillant aux forets, à la mer, à lo plaine, --4cix brises du matin , à toute heiire, à tout lieu , " La^ femme de ton ânte et de lo/i pj^niier vof^u ! jHreDant pour fiancée \\\\ rêve, une ombre vaine, 'Et fouillant daits'le cœur d'4ine hécatombe humaiçi" , Prêtre désespéré, pour y chercher ton Dieu. , «•

JLV. t- *

El que voulais-tu donc? — Voità ce que le motfde .< Au bout de trois cei\ts ans demande encôr tout bas.

Le sphinx aux yeux perdants attend qu'on lui reponde. Ils savent compter l'heure, et mie leur terre est npmle j Ils marchent dan^ leur cfelsur ic bout d'un compas; Mais^ce que tu voulais, ils ne le savent pas. ^ *

lÉ * (« Quelle estdj^ne, disçnl-ils, cette femipe inconnue

» Qui seule ettt nus la main au frein de son^coursier?

» Qu^il appelait toujours, et qui n'est p^s venuc^

» Où l'avait-il trouvée? tù Ta vait-il perdue? '*

» Ctquel iKeudsi puissant avait su les lier,

» 'Que , n'ayant pu. venir, \\ n'ait pu Toiiblier?*

xLviî:

» N'en était-il pas une, «u plus noble, ou plus JbèUBu^^\."; »» Parmi lantde beautés , qui , de foin ou de près, . «i^^Ê- » De son vague idéal eût du moins quelques traU8f.*|î";"t-' »> Que ne la gardait-il? qu'on nous diîje laquelle. » -'{* * • Toutes lui ressemblaient, — ce n'était jamais elle; Toutes lui ressemblaient, doti Juan , et tu marchais!

UN SPECTACLE DANS Ulf FAUTEUIL. 285

XLvm.

Tu neVes pas lassé de parcourir la terre !

Ce vaÎB fantôme , à. qui Dieu t'avait envoyé , .

Tu n'en as pas'lwisé la forme sous ton pié !

Tu n'es pas remonté ,«cbmme Taigle à son aire

Sang avoir sa pâture, ou c^mme le tonnerre

Dan^ sa nue aux flancs d'or, sans avoir foudroyé! - ■ '

Tu n'as jamais médit de ce monde atupidc Qui te dévisageai! d'un regard hébété; Tu Tas vu , tel qu'il est , dans sa difformité ; Et lu montais toujours cette montagne aride, Et lu su^is toujours , plus jeune et plus avide, Les mamelles d'airain dé la Réalité.

Et la vierge aux yeux bleus, sur la souple o|tomaae,

Dans SCS bras parfumés te berçait inoUotaent;

De la fîlle de roi jusqu'à la paysanne,'

Tu ne méprisais rien , même la courtisane ,

A qui tu disputais son misérable amant;

Mineur, qui dans un puits cherehai^ un diamant.

Tu parcourais^Madrid,' Paris, Naple et Florence; ' Grand seigneur aux' palais, voleur aux carrefours; Ne comptant (y ^argent, ni les nuiis^ ni lesjottrs; Apprenant du jpassQ ni à chanter sa rpipance; Ne demandanl à Dieu , pàur aimer l'existence , Que ton large horizon et les larges ainonrs.-

286 P(lÉsn^:s.

LU

Tu retrouvais partout la vérité hideuse, -Jamais ce quMci-bas cherch|teal tes yœus «rdettls , Partout rhydrc éternel qui te montrait ^es^dçnts; Et poiii^suivant toujours ta vieavenlureuse, Regardant sous tes pieds cette^ner orageuse, Tu te disais tout bas : Ma perle est là-dedans.

Ull.

Tu mourus pteln d'fspoir dans ta n>uie infinies, Et te souciant peu de laisser ici-bas Des larmes ot dû sang aux traces de" le^ pas. , f^lus vaste qu€! le ciel et plus grand que la vie , ^ Tu perdis ta beauté , ta gloire et ton gfiiie , ^ Pour un être impossible, et qui n'existAit pas.

» ta «

IJV.

Et le pur que parut le convive de pierre , Tu vins à sa reneon^e , et lui tendis la main ; Tu tombas foudroyé sur ton dernier feslin :

Symbole merveilleux de.Fhomme sur la terre, Cherchant de ta ma;n gauche à soulever ton verre, Abandonnant ta droite 4i celle du Destin 1

Maintenant , c'e;^t à toi , lectetir, de r^connaUre Dans*que1 gouffre sans fond peut .descendre ici-f)as Le rêveur insensé qui voudrait d'un tçl maître;^ Je ne dirai qu'un mot, 'et tu le comprendras : Ct que don Juan aimait, Has^lm Taimait peut-être^ Ce (^e don Juan chorcbait, Hassan h'j croyait pas.

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