SUZANNE
Ce b«au soir, du moins, je fus aimci Le rossigQol chantait sur la branche embaumée.
nïACINTHB.
Mon cœur chantait aussi.
sniABNE, MuUPl Bar lu pré.
Nous arrivons.
UVACINTUC.
Déjà!
N'as-tu pas reconnu l'orme qui l'ombragea Quand tu venais, enrant, cueillir la primevère, Après avoir prié la Vierge, au Grand Calvaire? suiAlinE, se rrgardantju rend du rniascau.
J'aipAli, D'est-ce pas?
Non ; le Ilot en passant Argenté avec amour ton pro&l ravissant.
Quand je suis loin de toi sur ma charrue oisive, Je te revois ainsi dans mon inie pensive.
SUZAHKE;
Moi je vois dans mon cœur, tel que l'amour l'a | Ton iHHtrail.
D,™),Prib,GOOglC
LES SENTIERS rERDUS.
Au goûter JGdooDe tout mou paici A mes [lauvres clievaui, car moi je n'y mords guère. Va, les beaaï yeux m'ont Tail une cruelle guerre.
Tu chanleii aujourd'hui de bicD vieilles clianson^j. C'est trop baguenauder ; i l'œuvre ! commençons. Que rherbe, secouée à plus d'une réprise, Reçoive leur à tour le soleil et la brise.
Vois ! ma Tourche, coupée au bois du vieux couvcnl. Esl légère en mes mains comme une plume au .venl. Commençons par ce coin, à l'ombre de ces saules.
Oui, le soleil gourmand va mordre tes épaules.
Que l'ombre est fraiche encor sous ces ombrages vcrls. IVends donc garde! voilà mon fichu de travers !
(Sonriani.) Noua parlerons d'araour quand l'herbe secouée. .. Allons, ma chevelure est toute dénouée !
Amij finissez donc avec tous vos discours...
Si tu ne finis pas, j'appelle & mon secours !
UÏACinTHE.
Eh! qui donc appeler? Le ramier qui roucoule? Le rossignol qui chante et le ruisseau i|ui coule ?
80 Les sentiers perdus.
Je suis seul iTec toi; pas même ud moissonneur Qui pURe dans les champs.
Oui, seule; mais rhomieur Eq sentinelle eut lii !
L'honneur bal la campagne.
Allons! ne bltis pas de ctUtteaui en Champagne. Alerte ! vois ce foin comme il est verl encor !
?Iolre amour est vraiment digne de l'âge d'or ; El le merle moqueur, que ta beauté régale, Va nous sinier !
SUZANNI, scjéummam pour riic.
Vois-lu bondir celte cigale?
Tiens, la voiU qui danse aui pipeaux du grillon. En face d'une abeille, avec un papillon 1 Sur elle la rosée a secoué sa perle.
NeTois-tii^asï
J'i'ntends toujours siffler le merle.
Hais, quoi ! voîd d^à l'heure du déjeuné.
La cloche du château...
D,™),Prib,GOOglC
LBS SENTIERS PERDUS. 81
SDZMIDE.
W.i pas encor sonné.
Alerte ! plus d'ardeur et moÎDs d'agacerie !
Nous ne déjeunerons qu'au bout de la prairie, L:i-bas, sous le grand orme où trembleot les roseaux . Aux parTums des buissons, à la fraicheur des eaux.
Und^euner trugal.
Et pourtant délectable.
A qui donnerons- nous les miettes de la table?
Aux oiseaun familiers.
Ah! quand un a vingt ans, Le bonheur est de vivre un peu de l'air du temps.
1^ bonheur est partout à cet âge inedable ; lllaisplust«rd, m'a-t-on dit, ce n'est plus qu'une fable, Un vrai conte de fée, une image qui fuit, lin rêve vagabond qui se perd dans la nuit.
Tu parles comme un livre.
LES SENTIEHS PERDUS.
Ah ! c'est que nin gmDd'n
L'n MVAÎt long.
Oui, oui, c'était une commère Qui parlait aussi bien que le premier venu.
— Si pour moi le boulienresl encore inconnu, Je sais où le trouver. Suzanne, ô ma mailressc ! A tes lèvres de feu je Iwirai son ivresse, Si tu VGUi m'éci)uler. Tu vois bien ce ramier Qui voltige là-bas du platane au pommier.
Qui se plaint sourdement comme la tourterelle ? Il attend sa colombs et roucoule pour elle.
Et bicDtdt tous les deui becquètcnt leur amour.
N'allons pas (aligner les échos d'alentour.
Le bonheur, avec toi, c'est un peu d'herbe fraiclic, I/iio de la grand'maman qui s'ennuie et qui prêche ; C'est l'ombre d'une branche où chantent les oiseaui, Une fleur d'or cueillie au milieu des roseaux ; Une feuille qui vole, un nunge qui passe, Une vieille chauson qui traverse l'espace ; C'est la chaumière enfouie à l'ombre du noyer, 1* souper de la Bible am flammes du foyer, C'est le petit enfant qui gazouille et qui joue.
SUZARKE.
Çn, n'allons [ins si viiel
HïACinTlIE.
Va baiser sur tn joue, Sur ta bouche qui rit, sur tou œil langoureux. Qui rae Tait vfùr le ciel quand je suis amoureux ; tiur les cheveui flotl^Dls autour de ton visage, Et sur ce cher bouquet qui sèche à Ion corsage ! Ali ! voild le bonheur, si je savais oser 1
HoU ! que fais-tu donc ?