VINGT ANS
Théo, le souTÏeDS- lu de ces verlea saisoDS Qui s'effeuillaienl si vile en ces vieilles maisoDS DoDl le fronl s'abritait sous uoe aile du Louvre 1 Ah! soulevons eocor le voile <|ui les couvre. Agitons en nos cœurs les trésors enfouis.
Plongeons dans le passé nos regards éblouis.
Chimères aux cils noirs, espérances fanées.
Amis toujours chantants, amantes profanées, Songes venus du ciel, Oottaotes visions, Sortez de vos tombeaux, vieilles illusions !
Rebâtissons, ami, ce chAteau périssable <Jue 1b souffle du monde a jeté sur le sable : Replaçons le sofa sous les tableaux flamands; Balayons à nos pieds gazettes et romans ; Ornons le vieui bahut de vieilles porcelaines, Et faisons relleurir roses et marjolaines.
, Qu'un rideau de lampas ombrage encor ces lits. Où nos Jeunes amours se sont ensevelis.
Apjiendoas nu beau jour le miroir île Venise : Ve te semble-t-tl pas y voir la CydalUe Respirant un bouquet qu'elle arail à la main. 1^1 .pressentant déjà le triste lendemain ?
Enlr'ouvrons la fenêtre où fleurit la jacinthe .. 11 m'en reste une encor 1 relique trois fois sainte : J'y trouve je ne sais quels célestes parfums. Quels doux res&ouvenirs de nos amours défunts. Passons encore ensemble une heure fortunée :
Traînons les vieui fauteuils devant la cheminée. Demandons un fagot pour rallumer le feu.
Appelons noire chat et devisons un peu :
Que dit-on par le inonde ? Eh ! qu'importe ? nous sommes Dans la verte oasis, loin du désert des hommes ! Laissons-les s'épuiser avec les vanités, Et parcourons toujours nos palais enr.hanlés -, Couvrons de notre oubli le monde et ses tourmentes ; Parlons de nos amours, parlons de nos amantes. L'amour ! pays perdu que nous cherchons toujours, Parfum des paradis, soleil d'or des beaux jours, Qui jaillit du chaos de notre Jme ravie!
L'amante I coupe d'or où nous buvons la vie !
El Gérard survenant s'asseyait prés de nous, . Et le chat en gaieté sautait sur ses genoni.
— D'où vient donc, o Gérard, cet air académique? Est-ce que les beaui yeux de l'Opéra -Comique S'allumeraient ailleurs? La reine du sabbat.
Qui depuis deux hivers dans vos bras se débat,
, Vous échapperait- elle, incoDSbiDte (Minière? Et Gérard s'écriiit : — Que la Temme est amére !
Quel<|uefois, le matin, il venait en chantant
Ces chansons de Bagdad que Beauvoir aimait tant ,
Tu l'écoulats, l'esprit perdu dans les ténèbres, Cherchant a ressaisir les images funèbres De celle que la mort sur son ptlc cheval Emporta dans la tombe nn soir de carnaval.
Tu n'as point oublié la jeune laverniére Qui tenait, ù midi, nous verser de la bière ? Quelle gorge orgueilleuse et quel œil attrayant ! Rubens eût tressailli de joie en la voyant.
Celte fille aui yeux bleus, Mlement réjouie.
Les blonds cbeveui épars, la bouche épanouie, Jetant i tout venant son cœur et sa vertu El faïKant de l'amour un joyeux impromptu.
Fui de notre jeunesse une image Gdèle ; Ami, longtemps encor nons reparlerons d'elle.
Ah ! si ces heureux jours devaienl nous revenir 1 Nous passonsi nous passons, et, sans le souvenir. Nous aurions tout perdu. Comnie les hirondelles, Déji'i l'amour Mieux s'envole à tire-d'ailes. Le temps a sous ses pieds foulé le vert sentier Et llélri de ses mains les (leurs de l'églantier ; La bise va chasser nos musiques lointaines, Le torrent vagabond va troubler nos fontaines;
Le ciel, si doux hier, se courre à l'horizon ; Voilà pour nous déjà la mauvaise saison.
Ne saurons -non s donc pas où vuus êtes allées, Sur quel songe fatal vous êtes envolées, Prêtresses qui gardiei le Teu de nos désirs, Reines de nos amours, reines de nos plaisirs?
Judith oublie Arthur, Franz, Edouard, el le reste. En donnant i son cœur la solitude agreste ) Fanny. sur la Brenta, caresse un jeuac enlànl Plus joli qu'un Amour et plus léger qu'un faon. Son lait ne larit point pour cet enlànl folAtre Qui rappelle si bien celui qu'elle idolâtre ; Imajfe d'un bonheur trop vite évanoui.
Des jardins du plaisir beau lys épanoui.
Doux portrait qui lui parle et qui dort auprès d'elle. Dernier sourire enDn d'un amant infidèle. Ninon au Jockej-Club prodigue ses beaux jours ; Charlotte danse eneore — et dansera toujours. Alice — il la faut plaindre et prier Dieu pour elle : Elle est dans le bourbier. In pauvre tourterelle; Un orage a brisé son rameau bien-aimé, El pour elle i jamais le beau ciel s'esl fermé. . Olympe — pleurons-la ! ce soir dans un passage Je l'ai vue : elle avait des fleurs à son corsage. Dont le vin et le musc étouffaient les parfums. Fille perdue, elle a de ses amours défunts Oublié h candeur, la jeunesse et la grftce;
En son cœur la verlii n'a laissé nulle trace : Le toit qui l'abritait en sa chaste saisw.
Le beau ciel de printemps si pur & l'Iioriion, Le sentier de sureaux où chantait sa chimère Et l'église rustit|ue où va pleurer sa mère, Elle a tout oublié '. tout, jusqu'au vert bosquet Où son premier amant lui cueillit un bouquet.
Gardons, ù mon ami, pour nos vieilles années, Le parfum enivrant de tant de (leurs fanées.
Gardons un épi d'or de toutes nos moissons.
Gardons le gai refrain de toutes nos chansons!
Oli ! le beau temps passé ! Nous avions la scienc< La science de vivre avec insouciance.
La gaieté rayonnait en nos esprits moqueurs.
Et l'amour écrivait des livres dans nos cœurs.