LE PAYS DU POETE
Ami, garde toujours ton petit horiiiOD, Ne fuis jamais le ciel de ta belle saison,
Boi^ le vin de ta vigne et l'eau de ta fontiiîni> : N'irrite point ta soif de la source lointaine. Ne dépasse jamais ce sauvage rocher Oi'i tu vois tous les soirs le soleil se coixher: Promène ta jeunesse avec ta rêverie Virs le bois ignoré d'une blanche Ëgérie; Cueille l'humble pervenche mx lisières du prv Pour parer au retour quelque sein efTaré.
Es-tu las de rêver le long de la charmillei' Appelle les cnfnnts, ces (leurs de la tamille.
El re)iose tou cœur dans leurs ébalx joyeux.
Au moiDS, quand pour jnmais lu fernteriis tes yeux, Tu pourras t'endormir, auprès de ta chimère, Dans un linceul de lin qu'aura Glè ta mère.
Moi, j'ai tui !c pays, moi, rêveur inconsLantl Dn beau matin d'avril je partis en chantant.
N'ayant que mon esprit et mon cœur pour J'ai déchiré mon cœur au début de la course, Et mes illusions, qui me donnaient la main, Ont laissé mon esprit errer sur le chemin.
Après m'avoir bercé dans toutes leurs magies. Craignant comme la mort les bruyantes orgies, Elles ont pris leur vol vers le pays natal, - Et moi j'ai poursuivi seul mon chemin fatal.
Et puis, qu'ai-je trouvé quand j'ai perdu mes rêves?
Un désert qui n'était que roches et que grèves.
De volages amis ne donnant que la main,
Des maîtresses d'un jour — plaisirs sans lendemain !
Ami, j'ai tout perdu, tout, honnis le rosaire
Où j'égrène mes jours de splendide misère.
Là-bas sur ma montagne, au val du Vietl-Arcy,
Je chantais pour mon cœur — pour qui chanlé-je ici?
Pour tous, mais non pour moi : comme la courtisane,
Je vais me dévoilant i l'œil du plus profane:
Mon c«cur est un pays ouvert à tout venant :
Hélas! qu'y trouve-t-on? Des lombeaui maintenant!
HO LES SEIfTIERS PERDUS.
' Pour coiisolalion, j'ai l'Ame parfumée D'ardeale poésie. Ah ! mauvaise fumée, Tu finiras bienlàt par ronger l'encensoir I Mille fois j'aimais Diieux celle que, sur le si Je voyais lentement couronner les vallées De mes heures d'amour oasis dépeuplées.