LA ROSE BLANCHE
Il est une lombe isolée
Au fond de 1} sombre vallée
Du vieux village d'Oberr-Haï;
Sou uroe sculptée est couverte
D'une b«rbe qui n'est jamais vene,
Méuie aui beaux jours du mois de n\
A ses {lieds un ruisseau serpente Et sanglote en suivant sa pente Sous les fljoncs et les roseaux,
LES SENTIERS PliRDUS Les sylves et les demoiselles K'eFDeurciiL jimaig de leurs ailes La sombre foce de ses eau.
De noirs ouagea la couronnent;
Les montagnes qui l'environnent Ne s'éloilent jamais de fleurs :
■ C'est la sépulture d'Hélène.
Sur t'ombre de la cbdtelaiae Un ïieuï saule répand des pleurs.
Or, quand un voyageur traverse la vallée
A l'heure tnste et sainte où la nuit se répaod,
11 n'ose regarder cette tombe isolée,
El la frayeur sur lui glisse'comme un serpent.
11 s'enfuit, il s'arrête à l'auberge prochaine. Il frappe — l'hôtesse ouvre — il la suit tout craiuUf; En le voyant passer, les chiens, mordant leur chaîne. Lui jetleot pour salut un hurlement plaintif.
Horne comme un soldat qui tombe sans victoire, ' 1! s'assied au foyer où flambe le sarment.
El l'hôtesse en émoi lui conte cette histoire IJu'au temps passé contait sa mère eu l'endormant :
LR^ SENTIERS PERDUS.
On voit sur la monligae ud vieux pan de muraille Qui semble déQer le lemps el son marleiu :
Ce géant, demeuré sur le champ de bataille, Est le dernier débris d'un gothique chAleau.
Là demeurait Hélène avec sa yieille mère ;
Ne voycinl pas encar tes ronces du chemin.
Elle entrait en riant dans celte vie amcre, Et déjà vers l'amour tendait sa blanche main.
t CHANSON. D'HÉLÈNE.
«'Petites Deurs qui croissez sur la rive, n Le vent jaloux passe ^ur vous cueillir; « J'appelle en vain, nul amoureux n'arrive, n Loin de l'amour me Taudra-t-il vieillir?
n Lys qui penchez sur le» roses vermeille.-i. « Eau qui murmure, oiseaux et papillons, Bois agités, diligentes abeilles, u Ramiers plaintifs lapin dans les sillons;
LES SEUTIKRS PERUUi.
" visions qui traverseï l'espace, n Nuagti bien par le veot emporté, « Priez le ciel qu'un jeune amourenx passe, a A lui mon cceur, mon Ame et ma beauté.
« Je De suis pas une vier;,'e rarouctic ; u Vit-OD jamais mon sourire moqueur?
« El n'ai-je pas, lout bràlant sur ma bouche, t Ud doux l)aiser qu'emprisonne mon cceur? »
Uélêne errail un jour, avec ses rêveries.
Sur un sable jonché d'étoiles de jasmiu ; Ud rosier, incliné sur le bord du cliemin, L'accrocha par la roln à ses branches fleuries.
Elle essaya de Tuir, mais en vain ; k rosier Betint avec amour wtte robe rebelle, Et pencha sous ses yeuK une rose si belle Qu'elle s'agenouilla pour mieui s'eitasier.
Longtemps elle admira celte Qeur enchantée, Sa lèvre respira ce parfum ravissant Que répand une rose en s'épanouissani, F.l qui conduit l'amour dans une Ame exaltée.
H Sépoudg-moi, réponds-moi. calice épinoui,
a D'où te vienl ce parrain qui m'altère et me charme.
•I Un sourire dn ciel arrosé d'une larme? »
La rose s'iDclina pour lui répondre : Oui.
CI rose ! sais-tu donc la triste destinée ?
IjC ?eat t'a-l-il prédit que tu mourrais fanée?
Peut-être que demain.
Par le feu du soleil tes corolles séchées.
De la tige bientôt par le vent détachées.
Jauniront le chemin.
B Où passeras-tu donc alors, âme transfuge?
Dieu veuille qne mon ima devienne ton reCuf^
Jusqu'au jour solennel Où la mort passera pour clore mes paupières El renverser mon corps dans le froid lit de pierres
Du sommeil éternel. >
Le soir, l'orage dans la n Jetait l'éclair élincelant;
Ilélëtte errait daas l'aTeaue.
Seule RvcG Mm rive brulaDt,
Quand vint à passer no poète Qui lui demanda son chemin.
Iléléne demeura muette.
El lui tendit sa blanche main.
Le poêle, voyant Hélène, Fléléne aux beaui yeux éplorés. Lui dit : — noble châtelaine, Vous êtes belle et vous pleurez !
— Je pleure, mais que vous importe?
voyageur ! Le temps esl noir ; Suivez mes pas vers celle porte.
Venez au Fover du manoir.
Le poète au chileau suivit la chAtelaioe.
Ed le voyant si sombre : Uélas ! disait Iléléne, J'avais toujours rêvé le poêle si beauf Celui-là n'est qu'un ppectre échappé du tombeau. Le malheur sur sa face a laisse trop d'empreintes; 11 demande la mort et ses froides étreintes.
Non, je ne puis l'aimer: qu'il poursuive demain Son rêve le plus doux en son mauvais chemin.
Elle redescendit au jardin. Le poêle Tristement la suivit pas à pas, dans la nuit. Elle baisa la fleur d'une lèvre inquiète, Et, tremblante, s'enruil.
Le poète, à son lour, ivre de poésie.
S'approcha du rosier qui s'agîlait encor:
chimère d'amour, sublime fantaisie Digne des Ages d'or I
u Si j'allais le cueillir, ô rose bîeii-aiiuée ! Aurais-je sur llélêDe un telismau vainqueur?
El détachanl la Deur de sa tige alarmée, Il la mil sur son eccur.
Il partit, emportant la Qeur bientôt llétrie; Il s'en alla revoir sa lointaine patrie.
Laissant au cœur d'Hélène un charmant s( Elle pleura la rose, elle tomba malade.
Et sans cesse, s sa mère, ainsi qu'en U ballade. Elle disait : Là-bas, ne vois-tu rien venir?
LES SENTIERS i'IiinDU:^. I
Quand si'évçjlluit l'uuroré lux chantai de l'alouelte, (luand s'eDdorniait le jour aui cris de h cliouelte, Uéléne murmurail ; Il ne revient doDC pas !
tilnfin, deux voyageurs un soir se renconlrércnl Aux pentes du donjon et tous deux ils entrèrent : L'un élai't le Poète, et l'autre le Trépas.
Toi, mon poète! El lui? Quel est-il? Il m'effraie.' Hélas ! est-ce donc lui que m'annonçait rorfraie? Quel ténébreux regard ! quelle sombre pSIeur ! Quelle odeur de tombeau I quels vêtements Tunébres I Esl-ce UD mauvais génie, un esprit des ténèbres ! Réponds-moi, quel es-tu, messager de malheur?
Ud ïieux comédien envoyé sur la terre.
Qui n'apparaît jamais qu'à la tin du mystère.
Les fleurs tremblent d'erfroi quand passent les autans,
Dès que je tais un pas, toutes les cloches sonnent,
La terre ouvre son sein et les mortels frissonnent.
Uélène, je l'attends, je t'attends, je t'attends 1
Son souTtle sépulcral me glace d'épouvante.
Suis-je morte, ô Poète 1 ou suis-je eocor vivante? Je croyais être n toi, ne suis-je qu'au Trépas? Le vent plus tristement pleure sur les murailles :
106 LES SENTIERS PERDDS.
N'enteodi-tu point déjà le chant des funérailles? Approche, approche encore, etpreodg-moi dans tes bras !
Pourquoi trembler ainsi, mon Hélène, ma belle? La mort est loin de nons, car la reine Isabelle Recevra cette nuit son baiser glacial.
Pour nous je vois déjà poindre l'aube infinie ; EnivroDS-nous d'amour. — Fuis, i^ mauvais génie t N'ouvre pas un tombeau sons le lit naptial.
A peine si tes bras enlaceraient un arbre;
Moi j'enlace le monde, et sur mon sein de marbre
Les générations passent à chaque instant.
Moissonneur étemel de la vallée humaine,
Je' bûche sans relAche et jamais la semaine
N'eut UD jour de repos pour mon corps haletant.
LI POITE A lÉLinE.
Je viens à ton étoile unir ma destinée, Mon Hélène, revêts la robe d'hyménée.
Et Tais-toi belle encor comme au dernier priDlcmpx.
Je suis las de ma femme, une vieille qui louche. J'en veux, pour cette nuit, voir une autre en ma couche. Hélène, je t'attends, je t'attends, je t'attends.
Quelle adorable odeur sur ma bouche est tombée? Poète, c'est la neur que tu m'as dérobée, C'est Edî! — Je croyais t'aimer, je te maudis! Je croyais... Cette fleur que j'emporte en ma tombe, Était mon idéal. — A toi mon corps qui tombe. Trépas. — El vous, mon Ame, allei au paradis !
D,™),p-rib,GOOglC