‹ Poésies complètes de Arsène HoussayeChapitre 37 sur 102 · AUX POETES · texte numérisé non relu

AUX POETES

Quund la f«iili va crier dans les Toias el les seigles,

Fuyez, poètes ennuyés; Libres de tout souci, prenez le vol des aigles ;

Fuyei l'autre Babel, fuyez !

Allez vous retremper dans quelque solitnde.

Au bord du bois silencieui.

Où vous retrouverez la Muse de l'Elude

Dans h nature el sous les cicux.

Théôcrite et Virale ont soulevé la gerbe ;

S'ils chantaient la belle saison.

C'était cheveux au vent, les pieds cai'liés dans l'herbe,

L'Ame perdue h l'horizon.

H4 LA l'OESIE

U FoiUainc suivait la Fable, sa com|)ague.

Les (lieds dans les pleurs du malin, DaDS quelque Coin lourTu de l'agreste Champagne,

Par les bois où fleurit le Ihym.

Jcan-Jacquc étudiait, allant i l'aveolurc,

A travers vallons et forêts; Si toujours en son livre on sent bien la nature,

C'est qu'il en chercliait les secrets.

Voltaire s'exila pour vivre en solitaire;

Chez lui le soc Tut en honneur.

Et Buflbn â Ferney surprit le vieux Voltaire

Portant la Tauh du moissonneur.

Diderot travaillait pour la grande Tamille,

A l'ombre Traiche des halliers ; Boileau, Boileau lui-même, avait une charmille,

Des arbres et des espaliers.

Poètes essouDés, si vous voulez renaître,

Si In ruche manque de miel, Allez JiHic voir ailleurs que par votre fenêtre

Ce qui se passe sous le ciel.

Que bites-vous lâ-bas, insensés que vous êtes?

Enfumés comme des Lapons, Vous contemplez le monde en lisant les gazcltes

Et le ciel en passant les ponts.

Vous cherchez, dites-vous, l'amour et la science

Vous ne trouvez que tourbillons.

L'ninour! le cherchez-vous dans son

Oourw les prés cl les sillons.

DANS LES BOIS. • li;

La science, insensé» I lu science est amére,

C'est un fruit que Dieu nous détend; C'est la mort, ou plutôt c'est la mauvaise mcr<:

Qui a'allailc pas son enfant!

Vous vendez les bveurs de la Bile d'Homère,

La blanche Muse aux tresses d'or; Vous a»eï profoné cette sainte chimère

Qui, malgré tous, nous aime encor.

Vous TOUS fuites marchands et tous ouvrez boutique;

Pour voua l'art n'est plus qu'un état; Si Dieu vous demandait pour lui-même un cantique.

Il faudrait qu'il vous l'achetât!

Vous Toulei des palais où l'esprit s'abaudonoo

A tout ce qui brille ici-bas ; Mais le luie du cœur, ce que le ciel vous donne.

Aveugles, vous n'en voulez pas !

Corneille, le grand maître aux œuvres immortcllei:,

Aimail le toit humble et béni, La fenêtre où l'hiver seul suspend des dentelles.

Où le printemps apporte un nid.

L'art succombe ; l'artiste est à peine uu manœuvre

Qui sans haleine va toujours; La petite monnaie est l'Ame de toute œuvre

Qui se fait en ces tristes jours.

Que deviennent les Ocurs de ce printemps si riche

Qui se déroulait sous nos pas?

Hélas ! depuis vingt ans c'c^ en vain (|u'on défrichi:.

Car les fruits ne mûriront pas.

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