LA POESIE DANS LES BOIS
C«r, li l'heure où les fleurs de nuit ouïreot leur calice, son ami Pierre était sous le grand saule. Son ami Pierre, un forgeron du pays, le beau forgeron au regard fier et doui.
Tous les Eoira ils cueillaient de la même main des petites fleurs bleues qui émaillaient les bords de la fontaine.
El quand les fleurs étaient cueillies, l'ami Piene les baisait et les cachait dans le sein de la belle Jacqueline.
Ah I jamais sous le ciel où est Dieu, jamais on ne s'était aimé avec une pareille joie.
Quand Jacqueline arrivait sous le grand saule, il devenait pAle comme h mort. « Ami, disait-elle, juremoi d'aimer ta Jacqueliue aussi longtemps que coulera la fontaine.»
A quoi l'ami Pierre répondait : m .\ussi longtemps que coulera In fontaine, aussi longtemps j'aimemi la belle Jacqueline aux cheveux d'or. »
11 jura, mais un jour elle se trouva seule sous le
Elle cueillit de petites fleurs bleues en l'attendant ;
iSO LA P0E.S1E
mais il ne vint pas cacher le bouquet dans lu brassière
rouge.
Elle jeta les Uears dans la fontaine et elle s'iraagiiia <|ue la foulaine pleurait avec elle.
Le lendemain elle vint un peu plus tdl et s'en alla un peu plus tard.
Elle attendit ; les rossignols chantaient dans les bois, les bœufs mugissaient dans la vallée.
Elle attendit ; la clochit de l'nbbaje sonnait l'Angelus, la meunière de Nogent chantait sa joyeuse chanson.
Huit jours encore Jacqueline vint -. « C'est Sni ! ditelle, c'est fini ! »
Les soldats du roi passaient par h rivière. nAh! oui, dit-elle, il est parti pour aller à la guerre. »
Elle alla frapper à la porte de l'abbaye : « C'est une pauvre flUe qui veut n'aimer que Dieu. »
On coupa ses beaux cheveux d'or, on renvoya à sa niére sa brassière rouge et son anneau d'argent.
Cependant il revint, lui, le forgeron. «Où es-tu, Jacqueline, Jacqueline, où es-tu? La fontaine coule lot^ours, voilà l'heure où les pigeons blancs s'en vont au colombier, l'jieure où les Qeurs de nuit ouvrent leur calice. Où es-tu, Jacqueline, où es-lu ? »
L'ami Picrra vit passer Jacqueline sous la robe noire
des religieuses,
DANS LES BOIS
<i PanTre Jacqueline, elle a perdu ses cheveux
Il s'approcha délie : a Jacqueline, Jacqueline, iju'as-tu tait de noire bonheur ? Pendant que j'étais prisonnier de guerre, le voil.i descendue au tombeau. Jacqueline, Jacqueline, que ferai-je à ma torge sans
R Toi qui m'aurais donné ton cou pour reposer mes bras, ta b3uche pour embaumer mes lèvres.
« Toi qui m'aurais donné des enfants pour égayer le
« Je les voyais déjà en songe jouant avec leurs pelits pieds roses et souriant au sein de leur mère.
« Adieu, Jacqueline, j'irai ce soir dire adieu à la fjulaine, au grand saule, aux petites fleurs bleues.
" Et quand j'aurai dit adieu à tout ce que j'ai aimé, je couperai un bSton dans la forêt pour m'en aller en d*aulrea pays, a
Le soir, quand l'umi Pierre vint à lu foutaiue, le soleil argenUit d'un pâle rayon les branches agitées du
C'était un jour de chasse; l'aboiement des chiens el