‹ Poésies complètes de Arsène HoussayeChapitre 57 sur 102 · LA POESIE · texte numérisé non relu

LA POESIE

le hallali des chasseurs retentbsaient paiement sur la

Marne.

Quand l'ami Pierre arriva sous le grand saule, il (ressaillit et porla la maio à son cceur.

Il avait vu une religieuse couchée dans l'herbe, la t£te appuyée sur la pierre de la foutaine.

Jacqueline ! Jacqueline! » dit-il en tombant agenouillé.

L'écho des bois répondit tristement Jacqueline, Jac-

II la souleva dans ses bras avec effroi et avec

« Adieu, mon ami Pierre, lui dit-elle doucement; depuis que je suis à prier Dien dans le couvent, je me sens mourir d'heure en heure.

« Je suis morte, ami ; si mon cœur bat encore, c'est qu'il est prés du tien.

« J'ai une grâce à te demander ; tout i l'heure, enterre-moi ici ; je ne veuï pas retourner au couvent, où j'avais le cœur glacé.

« Eulerre-moi ici, mon ami Pi^re; j'entendrai encore couler la fontaine et gémir les branches du

« Dans les beaui i!oirs du mois de mai, quand le rossignol chantera ses tendresses, U>bas dans les \toU, je me souviendrai que tu m'as bien aimée. »

PANS LES BOIS

Quand elle eut dit ces paroles, il s'écria : « Ha belle Jacqueline est morte! »

La luoe, qui s'élsil levée au-dessus de la montagne, vint éclairer la fontaine d'une douce et triste clarté.

Pierre reprit son amie dans ses bnts, lui disant mille paroles tendres, croyant toujours qu'elle allait lui répondre.

Elle ne l'écoutait plus. Qu'elle était belle encore en penchant sa pAIc ligure sur l'épaule de l'nmi Pierre!

Durant toute la nuit, il pria Dieu pour l'Ame de sa chère Jacqueline, tantôt i genoux devant la trépassée, tanlât la pressant sur son cœur.

Au point du jour, il creusa une fosse tout en sanglotant. Quand la fosse fut profonde, il ; sema de l'herbe toute étotlée de fleurs et de perles.

Sur le lit funèbre, il coucha Jacqueline pour l'éternité; une dernière fois il lui prit la main et la baisa.

Sur Jacqueline, il jeta toutes les fleurs sauvages qu'il put cueillir au bois et dans la prairie.

Sur les fleurs sauvages, il jeta de la terre, (erre bénite par SCS larmes.

lo4 LA POÉSIE DANS LES BOIS.

Il s'éloigna lenlenieot. Leij religieuses, i leur l'éveil, pnleDdirent les sanglols de l'ami Pierre.

Depuis ce ti'iste juur, Joniats le Torgeron n'a ballu le

Depuis ce trisle jour, Jacqueline a dormi au bruit' de la Tonlaine, bruit doux i son eteur.

Dans les soirs du mois de mai, quand le rossignol cliaDte ses tendresses, là-bas dans les bois, elle se souvient que l'ami Pierre l'a bien aimée.

Et l'on voit tressaillir les petites fleurs bleues qui )iarscmenl sa tombe toujours verte.

Ici finit l'histoire de l'nmi Pierre et de ta belle Jacqueline, qu'un sculpteur, poëte de son temps , écrivit sur les bas-reliefs de l'abbaye.

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