‹ Poésies complètes de Arsène HoussayeChapitre 68 sur 102 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

PHAON, ERIHNE.

NoD. Hais mon cœur battait.

Elj'eDlendflis la voix de Phaon sur la toile. Tout à coup, comme on voit apparaître une étoile Dans le ciel nuageux, lou image, ô Pliaon !

Brilla sur le cIibok comme un divin rayon.

ViAre Mie, enfant, m'est douce et précieuse.

Hier épanouie, aujourd'hui f^oucieu^e.

La voilà dans l'abîme aux bords chargés de fleurs. Où les serpents de feu viennent boire nos pleurs.

Il appaie Erinncsar sod ttrai.

J'en jure par les yeux de la Vénus marine!

Je n'aime plus Sapho. Si tu m'aimes, Erinne.

Va porter à Sapho mon portrait, pui.'ique moi, Moi, le Phaon vivant, je serai tout à toi.

Que m'as-lu dit? Jamais !

N'es-tii pas Is plus belle' Sileuce ! je l'euLends qui revient.

Oui, c'est elle.

J'ai peur de ses yeux noirs qui vous ont lant chvroé.

Elle v«ul s'éloigni?.

Reste, el berce mon cœur par quelque rhylhim

SAPHO, PlIAOPi, ERINHE.

IKINHE, chaDlanldans leuoilf io

Id&il adoré de Zeiixis et d'Homère, Nonchalante Vénus, fille de l'onde ai

Voire reine, ô rêveurs 1 qui virez ie loisir, Vénus au seÎD de neige où ftaurit le dé^ir ;

Celle qui fuyiil Cypre eL ses «rdeaU rivages, Pour s'envoler au bord des fontaines sauvages Ou reposait le pitre aussi beau que les dieux, La Vénus d'Ionie au regard radieux ;

Celle que les piniemps ont toujours c

Quand elle Tul atteinte en protégeant Éuée,

Les Heures l'entouraient, les mains pleines de fleurs :

Soudain, le sang jaillit, tous les yeux sont en pleurs.

L'uiie cueille une rose avec sa tige verte, — Rose blaBche — et la porte A la blessure ouverte. Le sang teignit la rose g ce moment Talal, Comme un vin généreux empourpre le cristal.

El sur la rose rouge, un parrum d'ambroisie S'y répandit alors avec la Poésie.

Ce partum n'est-il pas, o Vénus Astarlé!

L'inie de la jeimesse et de la volupté ?

N'est-ce pas qu'elle est belle?

SAruo. indùittint ta porte â Erinnr.

Eriiine, on vous appelle.

scênf: VII.

■ SAPHO, PliAON.

Que me dh-tu, Phaon? tu dis qû'ËrioDe est belle? Pourquoi ce Tronl joyeux et cet air triomphant? ' Pourquoi vous attarder auprès de cette eufant? Que vous m'aimiez bien mieux, Phaon, il MUyléne I Aujourd'hni c'est Eriune ; hier, c'était Hélène. Tu me parles d'amour et ton cœur est distrait !

rSAOK, In'iDt son pariraitsons tes khi de Sapho. Sapho, que penses-tu de ce méchant portrait?

C'est toi, ce sont tes yeui que Vénus passionne. ' Qui donc a peint cela ?Phédon de Sycione?

Où donc est-elle, Erinne ? Rlle était là .

Est-ce qu'elle est partie, Erinne?

Erinni? répara tl.

SCÈ-NE VIII. SAPIIO, PHAON, ERINNE.

iaiNiii.

He voilà.

SAPUO, regardiDl Brinnc el le portrait de Ptaaon- Ah! quelportrailcharmint. liraulquetum'embrosses.

BJk embrasse Erinne,

Erioue, bloade eufant, qn'iccompagnent les GrAces...

Elle repousse Erinne.

D'où vioDl celle p&leur? — Et pourquoi ceporirail?

Je ift suis pa» un sphiox et n'ai pts de secret.

Tu mens !

Elle jplle le |Hirirail el se rcl»unie vers Pliaon.

Vous étiez là pour h regarder peiudre Celte enbut qui sait tout, tout hormis lart de Teindre ; !^Ds doute é votre école elle a pris des leçons. Klle s'éloigne turifuse.

PHAON, EBIRNE.

Ne vous eSrayei pas de ses vaines chansnns.

Pour moi, j'ai Irop longlemps subi sa violence ; Elle aime trop le bruit, j'aime trop le silence. As-tu vu sur la mer passer les alcyoïis Aux jours d'orage? Ainsi les sombres passions VoDt chantant sur son Ame. Elle est Irop familière Avec les pleurs. — Ertnne ! o ma belle écoliére, Que j'aime cent fois mieui la divine gaieté.

Qui, comme un vif royou, éclaire ta beauté ! C'est avec toi qu'il faut aimer. — La prophétesse Ne donne pas au cœur l'amonr, mais la tristesse.

Les oiseaux de Vénus ne chantent vos chansons Qu*oui branches des cyprès.

Sans aimer le soleil qui n

Sous le ciel nous passons

180 SAPUO.

Siiw nous mettre au banquet où l'amour nous convii:

Nous cherchons l'impossible et noas nous épuisons

A courir la Chimère a tous les horizons.

Il r»ut que je m'arracbe à celte imour fatale.

Si tu n'es enchaînée a la rive aatale,

nous fuirons tous les deux aux pays inconnus,

Pour nous aimer enfin comme le veut Vénus.

Je suis tout eSrayée et n'ose le répondre.

Partir seule avec loi 1 Je sens mon ccaur se Tondre

A ce rêve enivrant.

Elle croiw les miins >«r ré|i>al« Ae tMi«on.

OÙ serons-nous demain?

Qu'importe, si l'amour nous Irac« le chemin ! Phaon, dis-moi pourlaat ta rive où tu m'enlraines.

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