ACTE II
Au rond, la mer, que dominent dt:s rocliert el un bois, — A droite, un temple grec. — A gaoclie, la italue de Junoi. —Déjeunes LeucsdienncH, les mains pleines de bouquets el de );uirlandes, vont de la alaluc au temple et au
SCÊ?iE PREMIÈRE.
UN PÉCUEUB.
Il vlenl de la Hier el dépose ses DJels sur le sable.
La mer sera mauvaise aujourd'hui, car les flots Chantent l'hymne des morls aux liardis matelots. A demain donc.
Il 5'ïloigni'.
PnAOH, EBINNE.
EmnUE, appuyée snr l'épaule de Fbaon, qni ne 11 regarde pas
Vois-tu les vapeurs matiiules, Que déchire le bois aux leinies aulomnales ?
Evohé I la vendange embaume le pressoir, El Bacchus chantera du matin jusqu'au soir.
Du cep le noir raisin tombe dans les corbeilles, Sur les pampres jaunis, sous les essaims d'abeilles. — Ne vois-tu pas Gréon qui va, d'un œil guerrier. Poursuivre au bois Daphné?
Qui se change en laurier!
Créou est parti seul avec nous; sa maîtresse Est partout quand elle a sur ses lèvres l'ivresse. Il ne va pas se perdre au ciel comme Uion.
Ce qu'il prend, c'est la femme et non la fiction ; El toi, prés de la femme, insensé I l'invisible Tourmeotc seul tes bras.
Je uc sais ce i|ue j'ai, mon cmur est agilù, Et je vois les pileurs de la fotalitc...
Je sens venir Sapho <lans cette solitude.
HoD cher Phaon, pourquoi la sombre inquiétude? En ce pays lointain, soramcs-nous donc venus Pour ne plus effeuiller les roses de Véuus?... Mais tu n'écoutes pas.
PHton, dislralt.
ma belle maîtresse !
Je l'aime follemeut, comme en quittant la Grèce.
EBIKNE.
Sais-tu ce que tu dis?.., Phaon, tu n'aimes plus.
FUion.
Cunnais-ln de l'amour le Uux et le rellux ?
ehinkk.
Oui : Sapho, c'est le llui ; le reflux, c'est Erinne.
Enfant! tout mon amour, c'est ta lèvre diïiiic, El ton front radieux, et tes yeni vert de mer. Pourquoi l'inquiéter d'un soufenir amer?
Sapho, c'est le passé, c'est la mort : je veux vivre ! C'est un autre horizon qui m'appelle el m'enivre - C'est loi !
188 SAPHO
Il rtiubca«ee. — Créon s'ip[HwAi-,
J'ai fui Snpho; sous ses chaioes-tle Ter, Sous ses tourments de Feu mou cœur a trop souffert !. Je ne suis plus esclave, et sens mon cœur qui vibre De jeunesse et d'amour en me retrouvant libre.
is. CRÉON, qsi Eunienu [ R G N , itésienint Erinnr.
s-lu point eDchaîné dans si
Ecoute, et si tu sais l'amour, tu m'entendras. Créon ! deux amours se disputent la terre :
I* premier jette au cœur le feu de son cratère ; Je ne dirai jamais tous ses déchirements, Mi le bonheur morte) de ses embrasements.
Les enrers n'ont pas eu de tourments comparables, On ne peut étancher ses soifs inaltérables; Ses angoisses, pourtant, on les aime : les plenrs Sont si doux a répandre en ces lAches douleurs [ L'autre amonr est charmant, c'est un éclat de rire, C'est uo bonheur plus doux que je ne saurais dire ; On s'en va deus à deux par le plus gai chemin, Et, sans s'inquiéter s'il est un lendemain,