A LE LIA
fille de l'amonr et do la liberté !
folle Madeleine, o pécheresse austère!
Ton front est dans le ciel, In bouche est sur la terv
Reine de pocsic et reine de beauté !
D,™),Prib,GOOglC
TABLEAUX ET COHTItASTES. M Tou lîéuie «dorable est un arbre enclianlé Qui déj» donne un Truil dont le suc nous altère. Quand il secoue encore aux abords d"im cratère Une neige de lleurs pleines de volufilB.
Nouvel ange déchu, nouvelle Eve punie,
femme par le cteiir, homme par le génie, .
Chante, et promène-nous dans ion cher altiambm.
Quand le souni»du monde aura brisé ton aile, Quand tu seras tombée en la nuit éternelle.
Une étoile de p1ua sur nous rayonnera.
Mis KKEX SIECLES.
Notre siècle est plus grand que le siècle passe ; Le Christ est revenu, la couronne d'é|>ines ArrOse encor nos cœurs de ses gouttes divines ; , Le rire de Vollairc a pour Jamais cessé.
galant Grébillon ! lou trône est renversé : On ne reuiltette plus tes pages libertines Sur un sor» doré, tout en faisant des mines ,\ l'abbé c|ui débite un sermon insensé.
270 TABLEAUX ET CONTRASTKS. .
La Nature aujourd'hui, voila l'enchaateresse I Oo poursuit dans les bois l'ombre de sa maîtresse Le poëme du cœur est le roman qu'on lit.
Maintenant que l'amour refleurit sur la terre, On aimé potii le ciel ; au bon temps de Voltaire, Le ciel des amoureux, c'était le ciel du lit.
J'ai vu de jolis vers dans le vieux Ponlenelle,
Huit vers, pas un de plus, mais un huilain chirraanl ;
Seule rose à cueillir en pays si normand
Où l'on Tait des bouquets avec la pimprenclle.
(juand je Tuis tout rêveur les baisers de ma belle. Quand le poète en moi l'eniporte sur l'amant Pour suivre la Sp.ience en son égarement, 11 me vient de l'alcove une voii qui m'appelle ;
— il est dqâ minuit, pourquoi toujours veiller? Viens reposer ton front sur un doux oreiller. Viens reposer ton àme en mon Ime ravie.
— Je cherche la Science en ce livre maudit.
— La Science? ignorant! lu ne sais pas la vie! La Science, c'est moi, le Serpent me l'a dit.
TABLEAUX ET CUWTHASTES. 271
LES Ql'ATRE SAISONS,
SoDuet, que chaotes-lu ? '— Je chflDtc les snisouï ; Li PiiHTRHPi en sa fleur est l'ainourèux poëte Qui Bounie dsns les lulhs de U Tor^t muette.
Depuis les cbenei! verts jusqu'aux neigeux buissons.
L'Été, c'est un penseur que tous les horizons Âppellenl. Il s'éveille aux chaots ile l'alouelte, On voit jusques au soir tloUer sa sitliouetle, Car il recueille encor la gerbe des moissons.
L'Adtohhe est un critique effeuillant la ramure Pour voir le tronc de l'arbre et rêver sous le houi ; L'aveugle! il ne voit pas que la vendange est miire.
L'IlivEB, un misanthrope, un spectateur jaloux Qui sifDe avec fureur, dans l'ouragan qui brame, Les roses, les épis, les raisins et son *me.
272 TABLEAUX. ET CONTRASTES
VOYAGE Ali PARADIS.
Oq êlait aux beaux soirs de la belle saison : La cigale en chnnlant dansait sur la gtrairie, La rosée emperlait la luzerne fleurie, Déjà le ver luisaul étoilnil le gnïon ;
Nous avions dépassé. la rustique maison.
Noire barque fuyait avec ma rêverie.
Et ta nuin dans la mienne, ô ma blanche Égérie ! Nous noua laissions aller vers un doui horizon.
Celait l'heure sereine où loule créature Prend sa part de ta vie, ô Téconde nature :
L'oiseau dans sa chanson, l'abeille dans son miel.
Je prenais un baiser por chaque coup de ranie, El comme un pur encens qui monlË dans le ciel, Le parflim de l'amour s'envolait de notre Ame.
TABLKAVX ET COHTBASTES. 27S
l/IMMORTALITlv IIK L'AMK.
Qui frappe si malin? Madame.
Eutrez donc un inslaut chez moi.
Me connais-lu ? Je suis ton Sme ; J'ai voyagé la nuil sans toi.
C'est vrai ; tu battais la cninpgtie Pendant mon sommeil accablant.
Je me b;Uissais en Espagne Quelque château de marbre blauc.
Tngrale ! n'es-lu plus contente De ce balcon ou je t'aimais?
Non, et je vais planlci- ma tenir Où les pieds n'atteindront jnniais.
D;r;>-M>,GqOglC
TABLEAUX ET CONTRASTE
mon ime, point de divorce.
Soyez l'abeille et moi le miel.
Je suis U sére et toi l'écorce , Je fleuris et je monte au ciel.
Moi, je suis la maison natale, EnfiDl prodigue, où tu reviens!
iUoi, je suis l'aube matinale Qui l'éclairé, tu l'ea souviens.
Oui, ta lumière me péuèire Et m'ouvre un horiioii lointain
Gomme uu soleil à la TeDètre, Je ['apparais chaque matin.
Sous l'herbe funèbre et sanvaf[G.
mon Ame, lu me suivras I
Non, d^à j'aspire au rivage
Où les dieux me Icndent leurs bras.
TABLEAUX ET CONTRASTE
Quand h maison lombe en ruine La lampe qui brille s'éEbint. .
Je suis la lumière divine,
Je louche à tout, rien ne m'alteini.
L\ CHANSON DU VITRIEB.
Oh! vitrier!
Je descendais la rue du Bac, j'écoulai — moi seul au milieu de tous ces passauU qui allaient au but, — n l'or, à l'amour, à la vnnité, — j'écoutai cette chanson pleine de larmes.
Oh ! vitrier !
C'était un homme de trente-cinq ans. grand, pile. maigre, longs cheveux, barbe rousse : — Jésus-Christ «t Paganini. Il nljait d'une porte it une autre, levant ses yeux aballiis. Il éiail quatre heures. Le soleil cou-
276 TABLEAUX RT CONTRASTES, chanl seul se montrait aui; Tenêlres. Pas une yoîk d'en hniit ne descendait comme la manne sur celui qui i^tnit eu bm. « Il faudra donc mourir de faim, » murmurai-il enirc ses dents.
Oh ! vitrier!
« Quatre heures, poun>uivil-i]. et je u'ai pas encore déjeuné ! Quatre heures I et pas un carreau de mx sous depuis ce matin 1 » En disant ees mois, il chancelait sur ses pauvres jambes do roseau. Son Sme n'habitait plus qu'un spectre qui, comme nn dernier soupir, cria encore d'une voix éteinte :
■ Oh ! vitrier !
J.'ailai à lui: « Mon .brave homme,. il ne faut pas mourir de faim. » Il s'était appuyé sur le mur comme
■ un homme ivre, a Allons! allons! nconlinuai-je en lui prenant le bras. Et je l'entraînai au cabaret, comme si j'en savais le chemin. Un petit ciifant était au comptoiri qui cria de sa voix fraiche et gaie :
Oh 1 vitrier!
Je trinquai avec lui. Mais ses dents claquèrent sur - le verre et il s'évanouit; — oui, madame, il s'éva-, ■ nouit; — ce qui lui causa un dégitt de trois francs dix ■ sous, la moitié de son capital ! car je ne pils empêchée ses carreaux de casser. Le pauvre homme revint à lui en disant encore :
TABLEAUX ET CONTRASTES. ÏÎ7
Oh! vitrier r
11 nous racoDU comment il ctnit iiarti le matin île la rue des Anglais, — une rue ou il n'y a pas quatre feux en hiver, — comment il avait laissé la-bas une femme el sept enfants qui avaient déjà donné une année de misère i la République, sans compter toutes celles données i la royauté. Depuis le malin, il avait crié plus de mille Tois :
Oh I vitrier !
(Juoi ! pas un entant tapageur n'avait brisé une vitre de .Irente-cinq sous^ pas un amoureui, en s'envolant la nuit par les toils, n'avait cassé un carreau de six sous ! Pas une servante, pas une bourgeoise, pas une Ullelte n'avaient répondu, comme un écho plaintif:
Oh ! vitrier !
Je lui rendis son verre. — Ce n'est pas cela, dit-il, je no meurs pas de faim à moi tout seul : je meurs de faim, parce 'que, la femme et toute la niclice sont sans pain, —des pauvres galopins qiii ne m'en veulent pas, parce qu'ils savent bien que je ferais le tour du monde pour un carreau de <|uinze sou<j.
Oh ! vitrier !
Et la Femme, poursuivit-il en vidant son verre, un marmot sur les i^cnoux el une marmaille an sein 1
Ï78 TABLEAOX ET CONTRASTES.
Pauvre chère gamelle où tout le r^iment a passé ! El avec celi, coudre des jaquettes aux uns, taver le nnz aux autres ; heureusement que la cuisine ne lui prend pas de temps.
Oh ! vitrier !
J'étais silencieux deMnt celte suprême misère : je n'osais plus rien offrir A ce pauvre homme, quand le caborelier lui dit: « Pourquoi donc ne vous recommandez-vous pas à quelque bureau de charité? — Allons donc, s'écria brusquement le vitrier, est-ce que je suis plus pauvre que les autres ! Toute la vermine de la place Maiibert est logée à la même enseigne. Si nous voulions vivre à pleine gueule, comme on dit, Doui mangerions le reste de Paris en quatre repas. »
Oh! vitrier!
Il retourna à sa femme et à ses enfants un peu moins triste que le matin, — non point parce qu'il avait rencontre la charité, mais parce que la fraternité avait trinqué avec lui. Et moi, je m'en revins avec celt« musique douloureuse qui me déchire le cueur:
Oh! ïitrier!
TABLEAUX ET CONTRASTES