‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 130 sur 272 · RONDEAU VIII · texte numérisé non relu

RONDEAU VIII

Orléans à Nevers.

Pour paier vostre belle chiere, Laissez en gage vostre cueur,

RONDEAUX. 8j

Nous le garderons en doulceur Tant que vous retournez en arrière.

Contentez, car c'est la manière Vostre hostesse pour vostre honneur, Pour paier vostre belle chiere, Laissez en gage vostre cueur.

Et se voiez nostre prière Estre trop plaine de rigueur Changeons de cueur, c'est le meilleur, De voulenté bonne et entière, Pour paier vostre belle chiere.

Réponse de Nevers.

Mon tresbon hoste et ma tresdoulce hostesse, Treshumblement et plus vous remercie Des biens, honneurs, bonté et courtoisie, Que m' ave^ fais tous deux, par vostre humblesse.

Aussi fay je de vostre grant largesse Et tressoingneuse et bonne compagnie, Mon tresbon hoste et ma tresdoulce hostesse, Treshumblement et plus vous remercie.

Mon pauvre cueur pour paiement vous laisse, Prene\ en gré, et je vous en supplie, Enoultre plus, tant que je puis vous prie Que m'ottroye^ estre maistre et maistresse, Mon tresbon hoste et ma tresdoulce hostesse.

82 CHARLES d'oRLÉANS.

Qu'ilz ne le me font, Pour veoir que fcroye Et se je sauroye Leur donner le lient !

Puisque telz ilz sont, Affin qu'on les voye, Qu'ilz ne le me font Pour veoir que feroye !

Droit à droit rcspont, Paier les vouldroye De telle monnoye Qu'ilz desserviront ; Qu'ilz ne le me font !

A ce jour de saint Valentin Que chascun doit choisir son per, Amours, demourray je non per.

Sans partir à vostre butin ?

A mon resveillier au matin Je n'y ay cessé de penser, A ce jour de saint Valentin Que chascun doit choisir son per.

Mais Nonchaloir, mon medicin, M'est venu le pousse taster, Qui m'a conseillié reposer Et rendormir sur mon coussin, A ce jour de saint Valentin.

J'ay esté Poursuivant d'Amours, Mais maintenant je suis Hérault ; Monter me fault en l'eschaffault, Pour jugier des amoureux tours.

Quant je verray riens à rebours Dieu scet se je crieray bien hault :

J'ay esté Poursuivant d'Amours, Mais maintenant je suis Hérault

Et s'amans vont faisant les lours, Tantost congnoistray leur defFault ; Ja devant moy clochier ne fault, D'amer sçay par cueur le droit cours^ J'ay esté Poursuivant d'Amours.

Soubz parler couvert D'estrange devise Montrez qu'avez prise Douleur ; il y pert.

Du tout en désert N'est pas vostre emprise, Soubz parler couvert D'estrange devise.

Se Confort ouvert N'est à vostre guise, Tost, s'Amour s'avise.

Sera recouvert Soubz parler couvert.

^4 CHARLES d'oKLÉANS.

Laissiez aler ces gorgias, Chascun yvcr, à la pippée ; Vous verrez comme la gelée Reverdira leurs estomas.

Dieu scet s'ilz auront froit aux bras, Par leur manche deschiquetée, Laissez aler ces gorgias, Chascun yver, à la pippée.

Hz portent petiz soulers gras , A une poulaine embourrée , Froidure fera son entrée Par leurs talons nuz par embas ; Laissez aler ces gorgias.

Les en voulez vous garder Ces rivières de courir Et grues prendre et tenir Quant hault les véez voler !

A telles choses muser Voit on tolz souvent servir.

Les en voulez vous garder Ces rivières de courir !

Laissez le temps tel passer Que Fortune veult souffrir, Et les choses avenir Que l'en ne scet destourber, Les en voulez vous garder!

Au roi de Sicile.

Veu que j'ay tant Amour servy, Ne suis je pas mal guerdonné?

Du plaisir qu'il m'avoit donné , Sans cause m'a tost desservy.

Mon cueur loyaument son serf vy, Mais a tort l'a habandonné ; Veu que j'ay tant Amour servy Ne suis je pas mal guerdonné!

Plus ne lui sera asservy ; Pour Dieu, qu'il me soit pardonné , Je crois que suis à ce don né D'avoir mal pour bien desservy, Veu que j'ay tant Amour servy,

Réponse par le roi de Sicile.

Pour tant se vous plaigne:^ d' Amours , Il n'est pas temps de vous retraire; Car encore il vous pourra faire Tel bien que perdrej vos dolours.

Vous congnoisse^ asse:^ ses tours.

Je ne dy pas pour vous desplaire , Pour tant se vous plaigne:^ d'Amours Il n'est pas temps de vous retraire :

Ajye^ fiance en lui tousjours Et mette:^ paine de lui plaire

86 CHARLES d'orléans.

Combien que ynieulx me vaulsit taire , Car vous pense:^ tout le rebours Pour tant se vous plaigne:^ d'Amours.

Du roi de Sicile.

Se vous estie:^ comme moi, Las { vous devriej bien plaindre Car de tous mes maulx le moindre Est plus grant que vostre ennoy.

Bien vous pourrie^, ur mafoy D'Amours alors vous couiplaindre.

Se vous estie^ comme moy, Las! vous devrie:^ bien plaindre.

Car si tresdolent me voy , Que plus la mort ne vueil craindre ; Touteffoi^ , il me faut faindre ; Aussi ferie^ vous, se crqj-.

Se vous estie:; comme moy.

Réponse au roi de Sicile.

Chascune vieille son dueil plaint ; Vous cuidez que vostre mal passe Tout autre; mais ja ne parlasse Du mien, se n'y feusse contraint.

Saichiez de voir qu'il n'est pas faint Le tourment que mon cueur enlassc ;

Chascune vieille son dueil plaint, Vous cuidez que vostre mal passe.

Ma peine pers comme fait maint Et contre Fortune je chasse ; Desespoir de pis me menasse, Je sens où mon pourpoint m'estraint, Chascune vieille son dueil plaint.

Par le roi de Sicile.

Bien deffendu, bien assailly, Chascun dit qu'il a grant dolours, Mais , au fort, je veiiil croire Amours Par qui le débat est sailly,

Affin que qui aurafailly, N'axe jamais de lui secours Bien deffendu, bien assailly Chascun dit qu'il a grant dolours.

Carsej'ay en riens deffailly De compter mon mal puis deux jours, Banny veuil estre de ses cours Com un homme lasche et failly; Bien deffendu, bien assailly.

RONDEAU XVIi.

Réponse par le duc d'Orléans.

Bien assailly, bien deffendu, Quant assez aurons débattu,

Il faut assembler noz raisons, Et que les fons voler faisons Du débat nouvel advenu,

Tresfort vous avez combattu.

Et j'ay mon billart bien tenu ; C'est beau débat que de deux bons; Bien assailly, bien defll'endu; Quant assez aurons débattu, Il faut assembler nos raisons.

Vray est qu'estes d'Amour féru Et en ses fers estroit tenu, Mais moy non, ainsi l'entendons j Il a passé maintes saisons Que me suis aux armes rendu Bien assailly, bien deflfendu.

Vous vistes que le véoye.

Ce que je vueil descouvrir, Et congnustes, à l'ueil ouvrir, Plus avant que je ne vouloye.

L'ueil d'embusche saillit en voye, De soy retraire n'eut loisir.

Vous vistes que je le véoye.

Ce que je vueil descouvrir.

Trop est saige qui ne foloye.

Quant on est es mains de Plaisir, Qui lors vint vostre cueur saisir Et fist comme pieça souloyej Vous vistes que je le véoye.

Par Fredet.

Jusques Pasques soient passées, Donne^ trieves à mes pensées , Je vous pri tant que puis, Amours; Car c'est bien droit qu'à ces bons jours En paix de vous soient lessées.

Asse:^ vo^ gens les ont lassées Et, pour ceste foij couroussées ; Alle^ ailleurs faire vos tours; Jusques Pasques soient passées, Donne^ trieves à mes pensées, Je vous pri tant que puis, Amoiirs.

Pour plus donc n'estre d'eulx pressées.

Qui tant les ont fort menassées , Faittes les crier par vos cours^ Et leur deffende^ bien tousjours Que par eulx ne soient cassées, Jusques Pasques soient passées.

Réponse par le duc d'Orléans.

Tant que Pasques soient passées , Sans resveiller le chat qui dort, Fredet je suis de votre accort Que pensées soient cassées;

Et enaumaires entassées Fermans à clef tresbien et fort,

Tant que Pasques soient passées Sans resveillcrle chat qui dort.

Quant aux miennes, elz sont lassées, Mais de les garder mon effort Feray, par l'avis de Confort , En fardeaulx d'espoir amassées Tant que Pasques soient passées.

Beauté, gardez vous de mes yeulx.

Car ilz vous viennent assaillir ; S'ilz vous povoient conquérir, Hz ne demanderoyent mieulx.

Vous estes seule soubz les cieulx Le trésor de parfait plaisir, Beauté, gardez vous de mes yeulx Car ilz vous viennent assaillir.

Congneus les ay jeunes et vieulx Qu'il ne leur chauldroit de morir, Mais qu'eussent de vous leur désir; Je vous avise qu'ilz sont tieulx, Beauté, gardez vous de mes yeulx.

Bien viengne doulx regart qui rit , Quelque bonne nouvelle porte, Dont Dangier fort se desconforte Et de courroux en douleur frit.

Ne peut chaloir de son dépit Ne de ceulx qui sont de sa sorte;

Bien viengne doulx regart qui rit , Quelque bonne nouvelle porte.

Dangier dist : baille par escript, Et qu'il n'entre point en la porte.

Mais Amour comme la plus forte, Veult qu'il entre sans contredit , Bien viengne doulx regart qui rit.

En la promesse d'Espérance Où i'ay tant perdu et usé, J'ay souvent conseil reffusé , Qui me povoit donner Plaisance.

Las! ne suis le premier de France Qui sottement s'est abusé En la promesse d'Espérance Où j'ay tant perdu et usé.

Et de ma nysse gouvernance Devant Raison j'ay accusé Mon cueur, mais il s'est excusé Disant que deceu l'a Fiance En la promesse d'Espérance.

Mon cueur, il me fault estre mestre A ma foiz, aussi bien que vous N'en ayez ennuy ou courroux ; Certes il convient ainsi estre,

Trop longuement m'avez fait pestre Et tousjours tenir au dessoue,

Mon cueur, il me fault eitre mestre A ma foiz, aussi bien que vous.

Allez à dextre ou à senestre, Pris serez, sans estre rescous, Passer vous fault, mon amy doulx, Ou par là, ou par la fenestre, Mon cueur, il me fault estre mestre.

Mes yeulx trop sont bien reclamés Quant ma Dame si les appelle, Leur monstrant sa grant beauté belle, Hz reviennent comme affamez.

Maugré mesdisans peu amez Et Dangier qui tient leur querelle.

Mes yeulx trop sont bien reclamés Quant ma Dame si les appelle.

Estre devroient diffamez S'ilz ne voloyent de bonne elle Vers les grans biens qui sont en elle , Mes yeulx trop sont bien reclamés.

Retraiez vous, regart mal avisé, Vous cuidez bien que nuUuy ne vous voye; Certes Aguet par tous lieux vous convoyé Privéement, en habit déguisé.

De gens saichans en estes moins prisé D'ainsi tousjours trotter par my la voye ; Retraiez vous, regart mal avisé,

RONDEAUX. aS

Vous cuidez bien que nulluy ne vous voye.

Dangier avez contre vous atisé , Quant Sot Maintien tellement vous forvoye ; Au derrenier, faudra qu'il y pour\ oye ; Il est ainsi que je l'ay devisé; Retraiez vous, regart mal avisé.

Regart, vous prenez trop de paine Tousjours coures et raccourés, Il semble qu'aux barres jouez ; Reprenez ung peu vostre alaine.

Cueurs qu'Amour tient en son demaine Guident qu'assaillir les voulez; Regart, vous prenez trop de paine Tousjours coures et raccourés.

Amours, une foiz la sepmaine C'est raison que vous reposez , Et affin que ne morfondez Il faudra que l'en vous pourmaine , Regart, vous prenez trop de paine.

Le voulez vous Que vostre soye ?

Rendu m'octroye Pris ou recous.

Ung mot pour tous, Bas qu'on ne loye :

Le voulez vous

Que vostre soye.

Maugré jalous , Foy vous tendroye; Or si\, ma joye, Accordons nous, Le voulez vous?

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