‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 132 sur 272 · RONDEAU XXXIII · texte numérisé non relu

RONDEAU XXXIII

Des maleureux porte le pris.

Servant Dame loyalle et belle,

Qui, pour mourir en la querelle, N'achevé ce qu'a entrepris.

Diffamé de droit et repris Par devant dame et damoiselle, Des maleureux porte le pris, Servant Dame loyalle et belle.

Pour quoy est d'amer si espris Quant congnoist que son cueur chancelle! En soy donnant repreuve telle Où a il se mestier apris !

Des maleureux porte le prix.

En amer n'a que martire, Nully ne le devroit dire Mieulx que moy ; J'en sauroye, sur ma foy, De ma main un livre escripre,

Où amans pourroient lire, Des yeulx larmoyans sans rire, Je m'en croy; En amer n'a que martire, Nully ne le devroit dire Mieulx que moy.

Des maulx qu'on y peut eslire Celluy qui est le mains pire, C'est Anoy

Qui n'est jamais apart soy; Plus n'en dy, bien doit souffire ; En amer n'a que martire.

98 CHARLES d'oULÉANS.

Me fauldrez vous h mon besoing, Mon reconfort et ma liance?

M'avez vous mis en oubliance Pour tant se de vous je suis loing ?

N'avez vous pitié de mon soing !

Sans vous, savez que n'ay puissance.

Me fauldrez vous à mon besoing, Mon reconfort et ma fiance ?

On feroit des larmes un baing, Qu'ay pleurées de desplaisance ; Et crie, par désespérance, Ferant ma poictrine du poing :

Me fauldrez a-qus ù mon besoing!

Cueur endormy en pensée.

En transes, moitié veillant, S'on lui va riens demandant, Il respont à la volée.

Et parle de voix cassée Sans propos ne tant ne quant, Cueur endormy en pensée, En transes, moitié veillant.

Tout met en galimafrée, Lombart, Anglois, Alemant, François, Picart et Normant; C'est une chose faée, Cueur endormy en pensée.

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