RONDEAU LIV
Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz En Nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye ; Pource, parler de Beaulté n'oseroye , Pour le présent, comme j'ay fait jadiz.
Par cueur retiens ce que j'en ay apris , Car plus ne sçay lire ou Livre de joye , Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz En Nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye.
Chascun diroit qu'entre les rassotiz , Comme aveugle des couleurs jugeroye , Taire m'en vueil , rien n'y voy, Dieu y voye! Plaisans regars n'ont plus en moy logis, Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz.
De maistre Jehan Caillau.
Tant sont les yeulx de mon cueur endormi^ En Nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye ; Pource^ parler de Beaulté n'oseroye Pour le présent , comme f ay fait jadi^.
Joye et soula^ ne sont plus mes amis , Chose ne voy de quoy je me resjoye ; Tant sont les yeulx de mon cueur endormi^f En Nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye.
Je suis mouillé et retrait et remis.
Morne et pensif, trop plus que ne souloye , J'y voy trouble , car es yeux ay la taye , Et n'y congnois le blanc d'avec le bis , Tant sont les yeulx de mon cueur endormi:^.
110 CHARLES D ORLtlANS.
En changeant mes appetiz , Je SUIS tout saoul de blanc pain , Et de menger meurs de fain D'un frès et nouveau pain bis,
A mon gré , ce pain faitis C'est ung morceau souverain.
En changeant mes appetiz, Je suis tout saoul de blanc pain.
S'il en fust à mon devis , Plus tost anuyt que demain J'en eusse mon vouloir plain, Car grant désir m'en est pris, En changeant mes appetiz.
De Fredet.
Pour mettre à fin la grant doleur Que par trop amer je reçoy,
Secoure^ moi; Las! ou autrement, sur ma foy, Mes jours n'auront pas grant longueur.
Car si trestourmenté je suis De tant d'ennuj's Qui sans cesser me courent seure, Que je n'ay bons jours, bonnes nuys.
Et si ne puis , Trouver, fors vous, qui me sequeure.
Aide^ à vostre serviteur
Qui est mieulx pris que par le dqy,
Ou mort me voy,
Se ne monstre:^ brief, saye^ l^'oy?
Qiie vous aye^ nion fait à cueur,
Pour mettre à Jin la grant doleur.