RONDEAU LXXXIX
Par vous, Regard, sergent d'Amours, Sont arrestcs les povres cueurs.
Souvent en plaisirs et doulceurs, Et mainteffbiz tout au rebours.
Devant les amoureuses cours, Les officiers et gouverneurs, Par vous, regard, sergent d'Amours, Sont arrestés les povres cueurs.
Et adjournez à trop briefz jours.
Pour leur porter plus de rigueurs.
Comme subgiez et serviteurs.
Endurent mains estranges tours, Par vous, Regard, sergent d'Amours.
S'en mes mains une foiz vous tiens, Pas ne m'eschapperez. Plaisance, Jà Fortune n'aura puissance Que n'aye ma part de voz biens.
En despit de Dueil et des siens, Qui me tourmentent de penance.
S'en mes mains une foiz vous tiens, Pas ne m'eschapperez. Plaisance.
Doy je tousjours, sans avoir riens.
Languir en ma dure grevance ?
Nennil, promis m'a Espérance Que serez de tous poins des miens, S'en mes mains une foiz vous tiens.
Payez selon vostre déserte Puissiez vous estre, faux trompeurs !
Au derrenier des cabuseurs Sera la malice déserte.
D'entre deux meures, une verte Vous fault servir, pour voz labeurs.
Payez selon vostre déserte Puissiez vous estre, faux trompeurs!
Vostre besongne est trop ouverte, Ce n'est pas jeu d'entrejetteurs ; Aux esches s'estes bons joueurs, Gardez l'eschec à descouverte, Payez selon vostre déserte.
RONDEAU XGII.
Plus penser que dire Me convient souvent.
Sans monstrer comment N'a quoy mon cueur tire,
Faignant de soubzrire, Quant suis tresdolent, Plus penser que dire Me convient souvent.
En toussant, souspire Pour secrètement Musser mon tourment.
C'est privé martire, Plus penser que dire.
Mort de moy ! vous y jouez vous Avec Dame Merencolie !
Mon cueur, vous faittes g ant folye !
C'est la nourrisse de Courroux.
Ung baston qui point à deux boutz Porte, dont elle s'escremye.
Mort de moy ! vous y jouez, vous, Avec Dame Merencolie!
Je tiens saiges toutes et tous Qui eslongnent sa compaignie ; Saint Jehan, je ne m'y mcttray mie; Que je m'y boutasse à quans coups, Mort de moyl vous y jouez, vous!
Je ne suis pas de ses gens là A qui Fortune plaist et rit.
De reconfort trop m'escondit, Veu que tant de mal donne m'a.
S'on demande comment me va, Il est ainsi comme j'ai dit :
Je ne suis pas de ses gens là, A qui Fortune plaist et rit.
Quant je dy que bon temps vendra, Mon cueur nie rcspont par dcspit :
Voire, s'Espoir ne vous mentit, Plusieurs déçoit et dcccvra.
Je ne suis pas de ses gens là.
RONDEAUX. l3l
Allez, allez, vieille nourrice De Courroux et de Malle Vie, Rassotée Merencolie, Vous n'avez que dueil et malice.
Desormaiz plus n'aurez office Avec mon cueur, je vous regnye.
Allez, allez, vieille nourrice De Courroux et de Malle Vie.
Pour vous n'y a point lieu propice, Confort l'a prins, n'en doublez mie, Fuyez hors de la compaignie D'Espoir; fais nouvel editice ; Allez, allez, vieille nourrice
Remède comment Pourray je quérir Du mal qu'à souftVir J'ay trop longuement?
Qu'en dit loyaument Conseil ? sans mentir, Remède comment Pourray je quérir ?
Pour abrègement, Guérir, ou mourir!
Plus ne puis fournir, Se Sens ne m'aprent Remède comment.
l32 CHARLES u'ORLÉANS.
Vous ne tenez cmipte de moy, Beau Sire, mais qui estes vous?
Voulez vous estre seul sur tous, Et qu'on vous laisse tenir quoy ?
Merencolie suiz et doy, En tous faiz, tenir l'un des bouts.
Vous ne tenez compte de moy, Beau Sire, mais qui estes vous?
Se je vous pinse parle doy, Ne me chault de vostre courroux, On verra se serez rescous De mes mains, par qui, et pourquoy Vous ne tenez compte de moy.