‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 150 sur 272 · RONDEAU XCVIII · texte numérisé non relu

RONDEAU XCVIII

Quant je voy ce que ne vueil rnic, Et n'ay ce dont suis désirant, Pensant ce qui m'est desplaisant.

Est ce merveille s'il m'ennuye?

Nennil, force est que me soussie De mon cueur qui est languissant, Quant je voy ce que ne vueil mie, Et n'ay ce dont suis désirant.

En douleur et merencolie Suis, nuit et jour, estudiant ; Lors je me boute trop avant En une haulte théologie, Quant je voy ce que ne vueil mie.

RONDEAUX, l33

Ainsi que chassoye aux sangliers, Mon cueur chassoit après Dangiers En la forest de ma Pensée, Dont rencontra grant assemblée Trespassans par divers sentiers.

Deux ou trois saillirent premiers, Comme fors, orgueilleux et fiers ; N'estoit ce pas chose effrayée ? Ainsi que chassoye aux sangliers, Mon cueur chassoit après Dangiers En la forest de ma Pensée.

Lors mon cueur lascha sus lévriers, Lesquels sont nommés Desiriers ; Puis Espérance l'asseurée, L'espieu ou poing, sainte l'espée.

Vint pour combattre voulentiers, Ainsi que chassoye aux sangliers

Sot eueil, raporteur de nouvelles»^ Où vas tu (et ne scès pourquoy.

Ne sans prandre congié de moy} En la compaignie des belles ?

Tu es trop tost acointé d'elles ; Il te vaulsist mieulx tenir quoy.

Sot eueil, raporteur de nouvelles, Où vas tu? et ne scès pourquoy!

Se ne changes manières telles,

IH CHARLES d'orLÉANS.

Par Raison, ainsi que je doy, Chastier te vueil, sur ma foy ; Contre toy j'ay assez querelles.

Sot eueil, reporteur de nouvelles.

Mort de moy ! vous y jouez vous ?

— En quoy ? — Es faiz de tromperie.

— Ce n'est que coustume jolie Dont ung peu ont toutes et tous !

— Renverser s'en dessuz dessoubz, Est ce bien fait ? je vous en prie ? Mort de moy ! vous y jouez vous ?

— En quoy ? — Es faiz de tromperie.

— Laissez moy taster vostre pouls,

Vous tient point celle maladie?

— Parlez bas, qu'on ne l'oye mie, Il semble que criez aux loups :

Mort de moy ! vous y jouez vous ?

RONDEAU Cil.

Est ce vers moi qu'envoyez ce souspir ? M'apporte il point quelque bonne nouvelle ? Soit mal ou bien, pour Dieu, qu'il ne me celle Ce que lui vueil de mon tait enquérir.

Suis je jugié de vivre, ou de mourir ? Soustiendra jà Loyaulté ma querelle ?

Est ce vers moy qu'envoyez ce souspir; M'apporte il point quelque bonne nouvelle?

Et, nuit et jour, j'escoute pour ouir

S'auray confort de ma peine cruelle.

Pire ne peut estre se non mortelle; Dictes se riens y a pour m'esjouir ?

Est ce vers moy qu'envoyez ce souspir i

RONDEAU cm.

M'apelez vous cela jeu D'estre tousjours en ennuy?

Certes, je ne voy nuUy Qui n'en ait plus trop que peu.

Nul ne desnoue ce neu, S'il n'a de Fortune apuy. M'apelez vous cela jeu D'estre tousjours en ennuy.

On s'art qui est près du feu; Et pource, je suis cellui Qui à mon povoir le fui, Quant je n'y congnois mon preu.

M'apelez vous cela jeu ?

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