‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 175 sur 272 · RONDEAU CLXVIII · texte numérisé non relu

RONDEAU CLXVIII

Ou Loyaulté me payera Des services qu'ay faiz sans faindue, Ou j'auray cause de me plaindre, Qui mon gueredon délayera.

Bon Droit pour moy tant criera Qu'aux cieulx fera sa voix attaindre,

178 CHARLES d'ORLÉANS.

Ou Loyaultc me payera

Des services qu'ay faiz sans faindre.

Quant Fortune s'effrayera, Dieu a povoir de la rcffraindre, Et Raison, qui ne doit riens craindre, De moy aider s'essayera.

Ou Loyaulté me payera.

RONDEAU CLXIX.

Mon cueur, n'entreprens trop de choses; Tu peus penser ce que tu veulz, Et faire selon que tu peutz, Et dire ainsi comme tu oses.

Qui vouldroit sur ce trouver gloses, Je m'en rapporteray à eulx.

Mon cueur, n'entreprens trop de choses, -^ Tu peus penser ce que tu veulz.

Se ces raisons garder proposes, Tu feras bien, par mes conseulz; Laisse les embesoignez seulz, Il est temps que tu te reposes, Mon cueur, n'entreprens trop de choses.

Ostez vous de devant moy, Beaulté, par vostre serment, Car trop me temptez souvent ; Tort avez, tenez vous quoy.

Toutes les foiz que vous \oy, Je suis je ne sçay comment;

Ostez VOUS de devant moy, Beaulté, par vostre serment.

Tant de plaisirs j'apperçoy En vous, à mon jugement, Qu'ilz troublent mon pensement, Vous me grevez, sur ma foy ; Ostez vous de devant moy.

Comment ce peut il faire ainsi En une seule créature, Que tant ait des biens de nature, Dont chascun en est esbahy !

Oncques tel chief d'œuvre ne vy Mieulx acomply, oultre mesure ; Comment ce peut il faire ainsi En une seule créature!

Mes yeulx cuiday qu'eussent manty, Quant apportèrent sa figure Devers mon cueur, en pourtraiture; Mais vray tut et plus que ne dy.

Comment ce peut il faire amsi I

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