‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 192 sur 272 · RONDEAU CXCVII · texte numérisé non relu

RONDEAU CXCVII

Par Orléans.

Crié soit à la clochete, Par les rues, sus et jus,

Fredet ; on ne le voit plus ; Est il mis en oubliete ?

Jadis il tenoit bien conte De visiter ses amis, Est il roy, ou duc, ou conte Quant en oubly les a mis ?

Banny à son de trompeté, Comme marié confus, Entre chartreux, ou reclus, A il point fait sa retrete ?

Crié soit à la clochete!

Réponse par Fredet.

Se véoir ne vous voys plus, Helas! ce fait mariage, Qui me fait avoir courage D'estre désormais reclus.

Puis que si fort m'a confus, Ne le tenej à oultraige, Se véoir ne vous voys plus; Helas! ce fait mariage.

Mais non pourtant Je conclus Qiie ce n'est pas fait que sage, Car f en puis, à brief langage, Pour le moins perdre le plus Se véoir ne vous voys plus.

RONDEAU CXCVnio

Par Orléans.

En l'ordre de mariage A ildesduit ou courrous?

Comment vous gouvernez vous ?

Y devient on fol, ou sage ?

Soit aux vieulx ou jeunes d'âge, Rapporter m'en vueil à tous ! En l'ordre de mariage A il desduit, ou courroux?

Le premier an, c'est la rage, Tant y fait plaisant et douls ; Après fault toussir ; la tous Cesser me fait de langage, En l'ordre de mariage.

Par le caJet d'AIbrct.

Dedans l'abisme de douleur, OU tant a d'amere saveur Aussi d'angoisseuse destresse, Se trouve tourmenté, sans cesse.

Pour vous amer, mon povre cueiir

Ma Dame, par vostre doulceur, Secoure'^ ce bon serviteur

UONDEAUX.

A qui l'on fait tant de rudesse.

Dedans l'abisme de douleur.

Oit tant a d'amere saveur.

Las! oste:^ de lui tout maleur, Ou autrement il se tient seur De jamais n'avoir que tristesse , Dont fauldra que sa vie cesse Piteusement, en grant langueur, Dedans l'abisme de douleur.

De Gilles des Ormes.

Dedens l'abisme de douleur Sont tourmentés par grant foleur Maints cueurs, parfaulte de secours. Qui n'ont à personne recours Qu'à Pitié qui détient le leur.

Car, quant ilj ont servy, on leur Taille la broche sans couleur; Lors il^ s'en vont languir le cours; Dedens l'abisme de douleur Sont tourmentés par grand foleur Maints cueurs, parfaulte de secours.

Par Dieu ! c'est faulte de valeur A ceulx qui le font par chaleur, Et de fait, les tiennent si cours Qu'il leur fault user tout le cours De leur vie, en paine et maleur, Dedens l'abisme de douleur.

2o6 ciiARi.i:s d'okléans.

Par le duc d'Orlcaua.

Dedans l'abisme de douleur, Sont tourmentées povrcs anics Des amans; et, par Dieu, mes Dames, Vous leur portez trop de rigueur.

Ostez les de cestc langueur Où ilz sont en maulx et diflames.

Dedans l'abisme de douleur, Sont tourmentées povres âmes.

Se n'y monstrez vostre doulceur.

Vous en pourrez recevoir blasmcs; Tost orra prières de famés, Dangier, des dyables le greigneur.

Dedans l'abisme de douleur.

RONDEAU ce.

Que je vous ayme maintenant Quant je congnois vostre manière Venant de Voulenté Legiere, Enveloppée en Faulx Semblant !

Je ne m'y He tant ne quant, Veu qu'en estes bien coustumiere.

Que je vous ayme maintenant Quant je congnois vostre manière!

N'en peut chaloir, tirez avant, Parfaitte comme mesnagiere.

De haulte lisse bonne ouvrière ; Plus vous voy, plus vous prise tant Que je vous ayme maintenant !

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