‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 191 sur 272 · RONDEAU CXCIII · texte numérisé non relu

RONDEAU CXCIII

Chose qui plaist est à demy vendue, Quelque cherté qui coure par païs ; Jamais ne sont bons marcliands esbahis, Tousjours gaignent à l'allée, ou venue.

Car, quant les yeulx qui sont facteurs du cucur, Voyent Plaisir à bon marchié en vente, Qui les tendroit d'achater leur bon eur? Et deusscnt ilz cngai^er biens et rente,

Et à rachat toute leur revenue !

De lascheté seroient bien trâys, Et devroient d'Amours estre hâys !

Marchandise doit estre maintenue, Chose qui plaist est à demy vendue.

Chose qui plaist est à demy vendue, A bon compte souvent, ou chierement; Qui du marchié le denier à Dieu prent, 11 n'y peut plus mettre rabat, ne creue.

D'en débattre n'est que peine perdue; Prenez ore qu'après on s'en repent.

Chose qui plaist est à demy vendue, A bon compte souvent, ou chierement.

S'aucun aussi monstre sa retenue.

Et au bureau va faire le serment, Les officiers n'y font empeschement.

Mais demandent tantost la bienvenue.

Chose qui plaist est à demy vendue.

Par Monseitjneur de Lorraine.

L'abit le moine ne fait pas, Pour tant se je me veis de diieil, J'ay la lerme asse^f loing de l'iteil, Passant mes ennuij au gros sacs.

Je fains d'assembler à grans tas Douleurs ; à part mais quant je vueil.

L'abit le moine ne fait pas, Pour tant se je me veis de dueil.

Conclusion, véej cy mon cas :

De nulle rien je ne me dueil, En gré prens d' Amours le recueil.

Soit beau, ou lait ; puis je di^ bas : L'abit le moine ne fait pas.

Par Orléans.

L'abit le moine ne fait pas, L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage Et Plaisant Maintien de visage Ne monstre pas toujours le cas.

Aler tout soubrement le pas, N'est que contretaire le saige.

L'abit le moine ne fait pas, L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage.

Soubtil sens couché par compas, Enveloppé en beau langage, Musse le vouloir du courage ; Guider déçoit en mains estas; L'abit le moine ne fait pas.

Par Madame d'Orléans.

L'abit le moine ne fait pas, Car quelque chiere que je face.

Mon mal seul tous les autres pace

De ceulx qui tant plaignent leur cas.

Souvent, en densant fait mains pas Qiie mon cueur près en dueil tresp.ice ; L'abit le moine ne fait pas.

Las ! mesyeulx gettent sans compas Des larmes tant par my ma face, Dont plusieurs foi^j je change place, Alant à part pour crier : las, L'abit le moine ne fait pas.

Par Guiot Pot.

L'abit le moine ne fait pas, Car tel n'est pas vestu de noir, Qui a cause de se douloir.

Par Dieu, qui congnoistroit son cas.

S'en lui fait changier ses estas Contre raison et son vouloir, L'abit le moine ne fait pas.

Quant Fortune charge le bas Au compaignon, s'il a povoir Et s'il joue ung tour de sa)oir.

Disant que de souffrir est las, L'abit le moine ne fait pas.

Par Jean de Lorraine.

De fol juge, briefve sentence; Certes bon cueur ne peut mentir; Et si ne scet du sac yssir

202 CHARLKS D 'OH l, l£ A N S.

Qiie ce qui est d'acoustumance.

Là oïl Raison pert pascience, On voit bien souvent avenir De fol juge, briefve sentence, Certes bon cueiir ne peut mentir.

Envie, atout sa double lance.

Blesse en mains lieux sans cop fcrir.

Dont il se convient repentir Aucuncffoij, qui bien y pense.

De fol Juge, briefve sentence I

Réponse par Orléans.

De fol juge, briefve sentence; On n'y sauroit remédier Quant l'advocat Oultrecuidier, Sans raison, mainteffois sentence

Après s'en repent et s'en tcnce, C'e^t tart, et ne se peut vuidier.

De fol juge, briefve sentence; On n'y sauroit remédier.

Fleurs portent odeur ; et sentence Et savoir vient d'estudier ; Ce n'est pas ne d'anuyt ne d'yer.

J'en dy ce que mon cueur sent en ce : De fol juge, briefve sentence.

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