‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 205 sur 272 · RONDEAU CCXXXIX · texte numérisé non relu

RONDEAU CCXXXIX

L'cauc de Pleurs, de Joye ou de Douleur, Qui lait mculdre le molin de Pensée, Dessus lequel la rente est ordonnée, Qui doit fournir la despense du cueur,

Despartir fait farine de Doulceur, D'avecques son de Dure Destinée, L'eaue de Pleurs, de Joye, ou de Douleur, Qui fait meuldre le molin de Pensée.

Lors le mosnier, nommé Bon, ou Mal Eur, En prent proutBt, ainsi que lui agrée; Mais Fortune souvent desmesurée Lui destourbe mainteftbis, par rigueur, L'eaue de Pleurs, de Joye, ou de Douleur,

En verrây je jamais la fin De voz euvres, Merencolie ?

Quant au soir de vous me deslie, Vous me ratachez au matin.

J'amasse mieulx autre voisin Que vous, qui si fort me guerrie.

En verray je jamais la fin De vos euvres, Merencolie?

Vers moy venez en larrecin.

Et me robez Plaisance Lie ; Suis je destiné, en ma vie, D'estre tousjours en tel hutin? En verray je jamais la fin ?

RONDEAUX. 23l

RONDEAU CCXLI.

Qu'est cela ? — C'est Merencolie,

— Vous n'entrerez jà, — Pourquoy ? — Pour ce Que vostre compaignie acourse

Mes jours, dont je foys grant folie.

— Se me chassez par Chiere Lie, Brïef revendray de plaine course.

— Qu'est cela ? — C'est Merencolie,

— Vous n'entrerez jà, — Pourquoy? — Pource.

— Il fault que Raison amohe Vostre cueur et plus ne se cource.

Ainsi pourrez avoir ressource, Mais que vostre mal sens deslie.

— Qu'est cela? — C'est Merencolie.

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