‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 219 sur 272 · RONDEAU CCLVIII · texte numérisé non relu

RONDEAU CCLVIII

Response d'Orléans à Bourbon.

A voz amours hardiement en souviengne, Duc de Bourbon ; se mourez par rigueur, Jamais n'auront ung bi bon serviteur, Ne qui vers eulx tant loyaument se tiengne.

Dieu ne vueille que tel meschief adviengne, Hz perdroient leur renom de doulceur.

A voz amours hardiement en souviengne, Duc de Bourbon, se mourez par rigueur.

S'il est jangleur qui sottement maintiengne Que Bourbonnois ont souvent legier cueur, Je ne respons, fors que pourvostre honneur Espérance convient que vous soustiengne.

A voz amours hardiement en souviengne!

Par le duc de Bourbon.

Prene'^ l'ommaige de mon cueur.

En recevant sa féaulté, Et il gardera loyaulté, Comme doit le'al serviteur.

S'il se forfait en vous servant.

Et qu'il soit clerement cogneu, Ne le tene^ plus pour servant, Banny soit comme descongneu.

Mais ce pendant, toute doulceur Lui soit faitte, sans cruaulté!

Attendant que vostre beaulté Ait pouveu à sa grant douleur, Prene^ l'ommaige de mon cueur.

Descouvreur d'embusche, sot ucil, Pourquoy as tu passé le sueil De ton logis, sans mandement Et par oultrageux hardement,

244 CHARLES d'oRLÉANS.

As entrepris contre mon vueil ?

Demourer en repos je vueil, Et en paix faire mon recueil, Sans guerre avoir aucunement, Descouvreur d'embusche, sot ueil, Pourquoy as tu passé le sueil?

En aguet se tient Bel Acueil , Et se par puissance, ou orgueil, Une foiz en ses mains te prent.

Tu fineras piteusement Tes jours, en la prison de Dueil, Descouvreur d'embusche, sot ueil.

Par Fraignê.

Mon oeil m'a dit qu'il me defpe A tousjours mais, sans repentir, Se je ne lui fais ce plaisir D^amer une qu'il a choisie.

Se c' estait pour sauver sa vie, Plus ne m'en pourroit requérir; Mon oeil m'a dit qu'il me deffie A tousjours mais, sans repentir.

Je lui ay dit : Tu fais folie, Je teprjy, laisse moy dormir, Je n''ay pas à présent loisir De penser à ta resverie.

Mon oeil m'a dit qu'il me defjîe.

Par le m'me.

Mon oiieil^je te pry et requîer Que tu n'ayes plus en pensée D'aler veoir ma tant désirée, Où tu me met^ en grant dangier.

Et si te dy, pour abregier, Que c'est ma mort toute jurée.

Mon oueil,je te pry et requier Que tu n'ayes plus en pensée.

Quant tu la verras au moustier, Ou quelque part à la passée.

Ne te met:^ pas à sa visée, Car périlleux est tel archier.

Mon oueil,je te pry et requier.

Amours, à vous ne chault de moy, N'a moy de vous, c'est quitte et quitte; Ung vieillart jamais ne proutfite Avecques vous, comme je croy.

Puisque suis absolz de ma foy, Et Jeunesse m'est interditte, Amours, à vous ne chault de moy, N'a moy de vous, c'est quitte et quitte.

Jeune, sceu vostre vieille loy, Vieil, la nouvelle je despitte.

Ne je ne crains la mort subitte De Regart ; qu'en dittes vous, quoy?

Amours, à vous ne chault de moyl

J'ay pris le logis de bonne heure D'Espoir, pour mon cueur, au jourduy, Affin que les fourriers d'Annuy Ne le preignent pour sa demeure.

Veu que, nuyt et jour, il labcure De me gaster, et je le fuy, J'ay pris le logis de bonne heure D'Espoir, pour mon cueur, au jourduy.

Bon Eur, avant que mon cueur meure, L'aidera, il se fye en luy ; Autre part ne quiers mon apuy; En attendant qu'il me sequeure, J'ay pris le logis de bonne heure.

RONDEAU CCLXir.

Fyez vous y, se vous voulez, En Espoir qui tant promet bien ; Mais souventeftbiz n'en fait rien, Dont mains cueurs se sentent foulez.

Quant Désir les a affolez, Au grand besoing leur fault du sien ; Fyez vous y, se vous voulez, En Espoir qui tant promet bien

Lors sont de Destresse affolez ; J'aymeroye, pour le cueur mien, Mieulx que deux tu l'aras, ung tien.

Quant les oyseaulx s'en vont voliez, Fyez vous y, se vous voulez!

itONDEAUX. 247

Page 1