‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 242 sur 272 · RONDEAU CCCII · texte numérisé non relu

RONDEAU CCCII

Tout plain ung sac de Joyeuse Promesse, Soubz clef fermé, en ung cofïîn d'Oublié Qui ne poursuit, certes c'est grant folie, Tant qu'on en ayt par Raison, à largesse.

Craindre ne fault Fortune la diverse Qui Passe temps avecques elle alie ; Tout plain ung sac de Joyeuse Promesse, Soubz clet fermé, en ung cofEn d'Oublié.

Conseil requier à gens plains de sagesse, Qui mieulx saura, si leur plaist, c'om le die; Car Bon Espoir, quoy qu'on le contrarie, A droit vendra et trouvera richesse Tout plain ung sac de Joyeuse Promesse.

RONDEAU CCCIII.

Je n'ay deffaulte que de veue, Et ne congnois riens qu'à demy, En Non Chaloir j'ay tant dormy Qu'ay mainte chose descongneue.

Vieillesse tient mon cueur en mue, Accompaignée de Soucy ; Je n'ay deffaulte que de veue, Et ne congnois riens qu'à demy.

Plus ne suis de la retenue De Jeunesse qui m'a banny; Mais, au fort, puisqu'il est ainsi, Souffrir fault fortune advenue; Je n'ay deffaulte que de veue.

RO(NDEAU CCCIV.

Tais toy, cueur, pourquoy parles tu? C'est folie de trop parler De ce que ne puis amender, Ton jangler ne vault ung festu,

Tu pers temps, d'Espoir devestu ; Pense de toy reconforter.

y Tais toy, cueur, pourquoy parles tu? C'est folie de trop parler.

J'ay desjà plusieurs ans vescu, Et tant congnois qu'au paraler Il faut bien ou mal endurer ; Riens ne gaignes d'estre testu.

Tais toy, cueur, pourquoy parles tu ?

CHARLES d'ORLÉANS. II. 18

274 CHARLES d'ORLÈA.N •.

RONDEAU CCCV.

Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé, A faire cliançon, ou balade ?

Dieu mercy, il n'est plus malade, Tant a par eaue travaillé.

D'Orléans s'est appareillé Aler à Blois mangier salade ; Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé, A faire chançon, ou balade?

Son harnois fourbira rouillé, Quelque foiz aussi sa salade.

Mais qu'il ait joyeuse ambaxade, Tout se trouvera retaillé.

Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé?

RONDEAU CCGVI.

Dieu les en puisse guerdonner Tous ceulx qui ainsi tormenter Font, de vent, de neige et de pluye, Et nous et nostre compaignie, Dont peu nous en devons louer.

Mais il fauldra qu'au par aller.

Comment qu'il en doye tarder, Que nous, ou eulx, en pleure, ou rie.

Dieu les en puisse guerdonner Tous ceulx qui ainsi tormenter Font, de vent, de neige et de pluye.

Or ça, il fault parachever Et puisqu'il est trait, avaler.

On congnoistra qu'est de clergie D'Orléans trait de Lombardie.

Tous bien faiz convendra trouver.

Dieu lea en puisse guerdonner !

RONDEAU CCCVII.

M'appelez vous cela jeu ; En froit d'aler par pays ?

Or pleust à Dieu que à Paris, Nous feussions emprès le feu !

Nostre prouffit veulent peu, Qui en ce point nous ont mis !

M'appelez vous cela jeu, En froit d'aler par pays ?

Deslyer nous faut ce neu, Et desployer faiz et dis, Tant qu'aviengne mieulx ou pis, Passer convient par ce treu ; M'appelez vous cela jeu?

RONDEAU CCCVIII.

Prenons congié du plaisir de noz yeulx, Puisqu'à présent ne povons mieulx avoir, De revenir faisons nostre devoir, Quant Dieu plaira, et sera pour le mieulx.

Il faut changier aucunefoiz les lieux, Et essayer, pour plus, ou moins savoir. Prenons congié du plaisir de nos yeulx, Puisqu'à présent ne povons nr.jeulx avoir.

27b CHARLES D'oRLÉANS.

Ainsi parlent les jeunes et les vieulx ; Pource, chascun en face son povoir.

Nul ne mette sa seurté en Espoir, Car au jourduy courent les Eurs tieulx queulx. Prenons congié du plaisir de noz yeulx.

De Vieillesse porte livrée Qu'elle m'a, puis ung temps, donnée, Quoy que soit contre mon désir, Mais maugré myen le fault souffrir, Quant par Nature est ordonnée.

Elle est d'Ennuy si fort bordée, Dieu scet que l'ay chiere achettée, Sans gueres d'argent et de Plaisir.

De Vieillesse porte livrée Qu'elle m'a, puis ung temps, donnée, Quoy que soit contre mon désir.

Par moy puist estre bien usée, En Eur et Bonne Destinée, Et à mon souhait parvenir.

Tant que vivre puisse et mourir Selon i'escript de ma pensée.

De Vieillesse porte livrée.

Saluez moy toute la compaignie Où à présent estes à chiere lie, Et leur dictes que voulentiers seroye Avecques eulx, mais estre n'y porroye, Pour Vieillesse qui m'a en sa baillie.

Au temps passé, Jeunesse si jolie Me gouvernoit ; las ! or n'y suis je mye, Et pour cela, pour Dieu, que excusé soye; Saluez moy toute la compaignie Où à présent estes à chiere lie, Et leur dictes que voulentiers seroye.

Amoureux fus, or ne le suis je mye.

Et en Paris menoye bonne vie ; Adieu Bon Temps, ravoir ne vous saroye, Bien sanglé fus d'une estroite courroye, Que, par Aige, convient que la deslie.

Saluez moy toute la compaignie.

PIECES ATTRIBUEES

J'ay tant en moy de desplaisir, Puis qu'il me convient départir, Elas! de vous, et loing aller, Et si ne puis à vous parler, Dont j'auray maint mal à souffrir!

N'est riens oui ouist esjoïr, Si n'est le tresdoulx souvenir Que j'ay par vous bien fort amer.

J'ay tant en moy de desplaisir, Puis qu'il me convient départir, Elas ! de vous, et loing aller I

Adieu ma joye, mon plaisir.

Adieu mon loyal souvenir.

Adieu belle Dame sans per; Adieu dire m'est coup mortel, Car je m'en vois sans vous • éir; J'ay tant en moy de desplaisir!

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