COMMENCEMENT
d'une
Fortune, vray est vostre comte Que, quant voz biens donné avez.
Vous les reprenés; mais c'est honte Et don d'enfant, bien le savez.
Ainsi faire ne le devez.
Vozfaiz vous mettez à l'enchiere, Chascun ce qu'il en peut en a Et ne vous chault comment tout va; Pour Dieu, changez vostre manière
Je meurs de soif emprès de la fontaine; Suffisance ay, et si suis convoiteux; Une heure m'est plus d'une quarantaine; Droit et parfait, je chemine boiteux;
A CHARLES d'oRLÉANS. 2I3
Trespacient, plus que nul despiteux; Je retiens tout, et ce que j'ai, dépars; A moy cruel et aux autres piteux, Le neutre suis, et si tiens les deulx pars.
En doubte suis de chose trescertaine; Infortuné, je me repute eureux ; Vraye conclus une chose incertaine; Rien je ny lois, et suis adventureux ; Flebe me tiens, quant me sens vigoreux ; Plain de moisteur. tout tremblant au feu ars ; Doulx et begnin, de semblant rigoreux, Le neutre suis, et si tiens les deux pars.
Quant dueil me prent, grant joye me demaine; Par grant plaisir, je deviens langoreux ; Indigent suis, possident grant demaine; Qui n'a nul goust, je le tiens savoreux ; Qui m'est amer, de lui suis amoureux ; Ignorant suis, et si sçay les Sept Ars; En grant seurté, fort craintif et paoureux, Le neutre suis, et si tiens les deux pars.
Qui me loue, il m'est injurieux; Je ne bouge, quant d'un lieu je me pars ; Par bien ouvrer, en vain laborieux, Le neutre suis, et si tiens les deux pars.
2)^ POESIES ATlllIBUEES
Je meurs de soif au près de la fontaine; Tant plus mengue, et tant plus je me affame ; Povre d'argent où ma bourse est plaine, Marié suis et si n'ay point de tame; Qui me honnore, grandement me diffame; Quant je vois droit, lors est que me devoye ; Pour loz et pris, je tiltre de diffame; Grief desplaisir m'est excessive joye.
Quant on me toult, richement on me estmine; Dix mil onces ne me sont qu'une dragme; Sec et brahaing, je porte Heur et graine ; En reposant, sur mer tire à la rame; Actainê suis en tous lieux où n'a ame; Accompaigné, je n'ay qui me convoyé; Toute entière est la chose que je entame, Grief desplaisir m'est excessive jo'ye.
En aspirant, je retiens monalaine; Quant eur me vient, maleureux je me clame Fort et puissant, flexible comme laine; Transi d'amours sans avoir nulle dame ; Homme parfait, privé de corps et d'ame; Paisible suis, et ung chascun guerroyé ; Mes ennemis plus que tous autres ame; Griet desplaisir m'est excessive joye.
ENVOI
Mauvaise odeur m'est plus fleurant ijue basnie Pasmé de dueil, angoisseux me resjoye ; En eaue plungié, je brûle tout en flame , Griet desplaisir m'est excessive joie.
A CHARLES d'oRLÉANS. 2l5
Je n'ai plus soif, tarie est la fontaine, Repeu je suis de compétent viande, J'ai pris trêves affîn que on ne me actaine, Dissimulant, fault que le hurt acttnde ; Adjoint des deux, sans que nul vilipende, Je festie l'un, à l'austrefois la moue; En ce faisant, pour éviter escande.
Entre deux eaues, comme le poisson, noue.
En grant travail j'ai frapé la quintaine, Jusques ung temps fault qu'à repos entende; Pour obvier à voye trop haultaine, Le moien tiens, affin que ne descende ; J'ai eu delay de paier mon amende ; En courroux faint, couvertement me joue, En reculant pour mieulx saillir en lande. Entre deux eaues, comme le poison, noue.
Ne vert, ne meur, mon ble mengue en graine, Dueil et plaisir me tiennent en commande; En divers lieux çà et là me pourmaine; La moitié fois, quant tout l'en me commande ; Ademy trait lors est que l'arc débande, Pour abréger, ne l'un ne l'autre loue.
Participant de l'une et l'autre bande, Entre deux eaues, comme le poisson, noue.
Par prière de affaictée demande.
Interrogé se l'ung ou l'autre avoue, A ce respons, se aucun le me demande : Entre deux eaues, comme le poisson, noue.
2l6 POÉSIES ATTRIBUÉES
Parfont conseil eximiiim En ce saint livre, exortatiir, Que l'omme, in mali-imonium, Folement noM abutatiir; Raison? le sens hebetaliir, De omni viro quekju'il soit; Fol non crédit tant qu'il reçoit.
Et constat, par ceste leçon, Pour conserver vim et robur, Prestat ne faire mot ne "^on, Souffrir et escouter murmur.
Si conjtinx clamât ad ce mur, Fingat que pas ne le conçoit, Fol non crédit tant qu'il rc.oit.
Fortior mnlto que Sanson En cest assault conjuncitur ; Contra de Venus l'escusson Le plus fort bourdon plicatur (Le vers manque.) Sed quisqids pas ne le conçoit, Fol non crédit tant qu'il re.oit
Prince tressa ige, legitur Qiiod astucior si déçoit.
Le mieulx nagent y mergitiir; Fol non crédit tant qu'il reçoit.
A CHARLES d'orLÉANS. 21J
Je meurs de soif au près de la fontaine; J'ai tresgrant fain, et si ne puis mengier; Je suis au bas en la maison haultaine, Et enchartré en ung tresbeau vergier; En grant péril, et hors de tout dangier; Les biens que j'ay, me font povre indigent ; En beau logis, ne me sçay où logier; Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.
Je fais grant dueil, tristesse m'est loingtaine; Dormir ne puis et ne fais que songier ; Je suis tout sain et ay fièvre quartaine; Tout esdenté, mon frain me fault rongier; Vérité dy, et si suis mensongier; Je suis recluz, hanté de tout gent; Congneu de tous et à tous estrangier; Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.
Grant doubte fays de chose bien certaine; Incertain suy, et si en vueil jugier ; Ou champ estroit je jouste à la auintaine; Non offencé, je me cuidc vcngier; Ung pesant faiz me semble treslegier ; Je suy paillart et contrefay du gent; Par. trop couart, hardy comme ung Ogier; Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.
Prince, je suy siche, pour abregier, Prodigue aussi, nonchallant, diligent, Assez subtil, plus simple que bergier.
Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.
2l8 POÉSIES ATTRinUKKS
J'ay tant en moy de desplaisir Puisqu'il me convient de partir Helas! de vouset loingaler!
Et si ne puis à vous parler (Dont i'auray maint mal à souffrir) N'est riens qui me peust esjouïr !
Si n'est le tresdoulx souvenir Que j'ay par vous bien fort amer, J'ay tant en moy de desplaisir.
Adieu ma joye, mon plaisir, Adieu mon loyal souvenir ; Adieu belle dame sans per ; Adieu dire m'est coup mortel, Car je m'en vais sans vous véoir, J'ay tant en moy de desplaisir.
En ceste nouvelle saison Qui remplist jeunes cuers Je joye Et qu'Amours sault de sa maison Pour conquester aucune proye Nulle riens n'ay qui me guerroyé Se non Jeunesse qui me prie D'estre amoureux plus c'oncqucs mais,
Mais ainsi ne seray je mie :
Il me vault mieulx tenir en paix.
Je ne congnois point d'achoison Pourquoy son conseil croire doye En elle n'a riens de Raison.
Pour trop fol doncques me tiendroye S'après elle me gouvernoye.
Quel besoing est que je me lie Quant je suis franc en tous mes fais ! Pardieu, ce seroit grant folie Il me vault mieulx tenir en paix.
Je suis de ceste entencion Et seray quelque part que soye, Mais Dieu me gart de la prison Qu'Amours souventeffoys m'envoie Par mes yeulx qui trop vont envoyé; Combien que souvent je leur die Qu'ilz font mal, dont je leur desplais; Pour ce, pour avoir d'eulx maistrie, Il me vault mieulx tenir en paix.
J'ay essaie, toute ma vie, Qu'est de porter amoureux faiz, Pourquoy congnois, sans mocquerie, Il me vault mieulx tenir en paix.
220 POESIES ATTRIBUEES
Je defTy Tristesse Et tout son povoir, Car Plaisant Léesse, Par joyeux Espoir M'a fait assavoir Me faisant promesse Que de bon vouloir, Sans me décevoir, Me sera maistresse, Et fera avoir Des biens à lareesse.
C'est ce qui redresse En confort, pourvoir, Le mal qui me blesse Et me fait douloir Souvent main et soir Et sy fort me presse, Que. par nonchaloir, Je laisse manoir .^ion cuer en destresse, Loings de recevoir Des biens à largesse.
Faictes pour moy com j'ay pour vous, Retenez moy par dessus tous Amy tout seul, tresbelle Dame, Je vous jure sur Dieu, sur m'ame,
Ne vueil servir autre que vous, Faictes pour moy com j'ay pour vous.
Guérissez moy du mal d'Amour:
Et me donnez du bien de vous, Reconfort tel plus ne m'en chaille, Mon bien, m'amours, mon fin cueur doulx, A vous me rens, à vous sur tous, Faictes pour moy com j'ay pour vous.
Je vous ayme plus que autre femme N 'autre que moy n'aura la garde Helas de moy qui suis à vous, Faictes pour moy com j'ay poL.r vous.
FIN jU tome PPE.JIEa.