CHANSON III
Quelque chose que je dye D'Amour ne de son povoir, Touteffoiz, pour dire voir, J'ay une Dame choisie,
La mieux en bien accomplie Que l'en puist jamais veoir, Quelque chose que je dye D'Amour ne de son povoir.
Mais à elle ne puis mie Parler, selon mon vouloir, Combien que, sans décevoir, Je suis sien toute ma vie, Quelque chose que je dye.
N'est elle de tous biens garnie Celle que j'ayme loyaument!
Il m'est advis, par mon serment, Que sa pareille n'a en vie.
Qu'en dittes vous? je vous en prie, Que vous en semble vrayement ?
N'est elle de tous biens garnie Celle que j'ayme loyaument !
Soit qu'elle dance, chante ou rie Ou face quelque esbatement , Faittes en loyal jugement , Sans faveur ou sans flatterie, N'est elle de tous biens garnie!
Quant j'ay nompareille maistresse Qui a mon cueur entièrement, Tenir me veuil joyeusement, En servant sa gente jeunesse.
Car certes je suis en l'adresse D'avoir de tous biens largement, Quant j'ay nompareille maistresse Qui a mon cueur entièrement.
Or en ayent dueil ou tristesse Envieux , sans allégement.
Il ne m'en chault, par mon serment.
Car leur desplaisir m'est liesse , Quant j'ay nompareille ma'.stresse.
Dieu, qu'il la fait bon regarder La gracieuse bonne et belle !
Pour les grans biens qui sont en elle, Chascun est prest de la louer.
Qui se pourroit d'elle lasser!
Tousjours sa beaulté renouvelle.
Dieu, qu'il la fait bon regarder, La gracieuse, bonne et belle!
Par deçà, ne delà la mer, Ne sçay Dame, ne Damoiselle Qui soit en tous biens parfais telle; C'est un songe que d'y penser.
Dieu, qu'il la fait bon regarder!