XXVI PREFACE
il donne neuf livres pour procurer un sauf-conduit à un Anglais. Le 9, le roi et les princes vont en pèlerinage à Notre-Dame de Cuerlu et viennent mettre le sicgc devant Bapaume. La ville prise, le 19, l'armée jui comjnait, selon Monstrelet, •2oo,o(jo personnes, se
resente devant .Xrras. Le 8 septembre l'on fit la paix.
e duc d'Orléans résista longtemps à la signer. Dans les détails qui nous sont donnés, rien n'indique le manque d'énergie que l'on aime à lui reprocher. La paix solennellement proclamée et jurée, le (; mars, Charles V'I et les princes regagnèrent, par Bapaume, Péronne, Noyon, Compiègne, Senlis, où l'on demeura le mois de septembre.
Dès le début de l'année 141 5, la veille des Rois, nous voyons Charles au service que le roi fait célJbrer à Notre-Dame de Paris, pour le repos de l'âme de Louis d'Orléans. Il avait naguère quitté les habits de deuil à la demande du duc de Guyenne. I e 10 février, il prit part à des fêtes plus brillantes encore que celles où, vêtu d'une huque violette à boutons d'argent, il avait asfistJ en 1413. Cette fois il jouta contre le duc de Bavière. Il retourna ensuite a OrlJans pour y faire tenir les Grands-Jours, comme il le ht, du reste, encore en 1438 et 14G0 Nous trouvons à cette date(i4i3) dans les comptes de sa maison bien des renseignements, celui-ci entre autres, que 43 livres parisis valaient 33 livres i5 sous tournois, et cet autre, moins important, que sa maison dépensait en deux mois pour 20 livres 9 sous 4 deniers de souliczs.et houseaulx. Arrive, avec le mois d'octobre la bataille d'Azincourt. Charles y amenait un contingent de cinq cents hommj.i d'ar.nes ou bassinets, sous le commandement de G.iluet, car il était avec le duc de Bourbon, commandant en chef de l'arm je. Le 20 octobre, il envoie trois hérauts au roi d'Angleterre pour l'avertir qu'il livrera bataille au jour que celui-ci voudra choisir. Dans la nuit du 24 octobre il détacha deux cents hommes d'armes pour observer la position de l'ennemi, le 25 octobre, au début de la bataille, il est à l'avantgarde. Quelques auteurs disent qu'on l'a trouvé blessé, sous un monceau de morts : d'autres, qu'il échappa avec peine-à la tuerie des prisonniers désarmés que le roi anglais ordonna à la fin de la bataille. On peut lire dans Saint-Remy et Juvénal des Ursins ii récit de la conversation qu'il eut avec Henri d'An-
gleterre. Les documents anglais et notamment Harris Niçois, historien de la bataille d'Azincourt, assurent que le roi lui parla avec la plus grande commisération et courtoisie. J'y vois surtout cette hypocrisie puritaine dont Cromwell n'eut pas seul le secret parmi les grands politiques d'Angleterre. Les mêmes documents nomment sir Richard Wallas, le chevalier qui le fit prisonnier.
11 reste prisonnier à Calais jusqu'au i6 novembre, et accompagne le roi vainqueur en Angleterre. J'ignore si c'est à Eltham, à Westminster, à la Tour ou à Windsor qu'il fut mené tout d'abord. J'inclin pour ce dernier endroit. 11 était sûrement à Londres à la fin de novembre. Après quoi on ne tarda pas à l'envoyer au château de Bolingbroke, où il est en mai 1423, puis à l'extrémité septentrionale de l'Angleterre, au château de Domfret. En 1430, il était à la Tour de Londres. Vallet de \'iriville nomme le château de Ampthill, parmi ceux où il fut conduit. Je le vois à Vingfield en i433, il est sous la garde du duc de Suffolk, en 1436 sous celle de sir Reginald Cobham, puis à la Tour jusqu'en juillet 1440. Nous trouvons aussi parmi ses geôliers Jean de Cornouailles.
Mais nos renseignements sur les incidents de sa vie pendant les vingt-cinq ans de sa captivité ne se bornent pas absolument à ces vagues données
La première infortune de Charles d'Orléans, en lui enlevant son père dans des circonstances aussi tragiques, lui avait fourni la chance de devenir, par la guerre et la diplomatie, l'un des plus grands hommes du siècle, et le maître de la France et l'arbitre de la royauté comme de la féodalité. Le second et le plus çrand de ses malheurs lui offrit une nouvelle chance que, cette fois, il ne manqua pas. Il devint réellement •'im des écrivains de la France, l'un des grands poètes il Moyen Age. Aussi l'historien bénit-il ces vingtcinq années de captivité, là où \p biographe compatisïint pour son héros trouve 'es preuves de tant d'angiisses. L'imagination nous aide facilement à deviner